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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 16:46

Une pièce étonnante


Par Cendrine Flores

Les Trois Coups.com


Programmée et jouée depuis déjà plusieurs saisons au Théâtre de la Croix-Rousse, cette pièce étonnante mérite son succès. Au célèbre proverbe de Musset, Philippe Faure répond par une formule scénique surprenante qui tranche – version moderne oblige – avec la tradition d’un texte quasi bicentenaire. Une pièce renouvelée et émouvante, dont le drame sentimental est porté par une poésie véritablement inédite.

Pour panorama initial : une plateforme massive et géométrique, agrémentée d’herbe. Un haut plafond noir attire l’œil, magnétiquement, sur cet îlot de verdure, que pas un mur n’entoure. Entre en scène le premier personnage, le chœur, modernisé de chapeau melon et collerette de clown, qui annonce la scène d’exposition.

Perdican, nouvellement diplômé, accompagné de son précepteur, maître Blazius, est de retour au château paternel. Le retour simultané de sa jeune cousine Camille, accompagnée de sa gouvernante, dame Pluche, est organisé par le baron et père de Perdican, qui projette de les marier. Mais les retrouvailles sont difficiles : piqué de la froideur de Camille, Perdican courtise Rosette, jeune paysanne du village…

Cette pièce est avant tout une comédie du langage. L’action relate les effets d’un amour qui ne parvient pas à s’avouer. Cette difficulté du dialogue est le moteur de la pièce : le langage déguise le sentiment et se fait source du tragique. Tout dialogue est malentendu et mensonge.

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Le langage est aussi mis à mal par des personnages pédants et guindés. Le burlesque est retranscrit par l’excentricité comique d’une dame Pluche travestie et chauve, dont les éclats de voix fondent une bonne part du rire. Les autres fantoches, Blazius et Bridaine, rivalisent de propos de gloutons et d’ivrognes… L’amour impossible entre Camille et Perdican, définitivement interdit par la mort de Rosette, est dépeint, quant à lui, d’une manière émouvante par le jeu sobre des comédiens, source d’une poésie bien contemporaine.

Le ton est moderne, le jeu est juste, l’œuvre n’a jamais été aussi actuelle et accessible grâce à une mise en scène étonnante : une scène qui est comme un échiquier ou un damier, où tous les personnages, en costume noir, sont des figures de toutes tailles qui se déplacent, tels de grands pions droits. Tout l’espace est occupé, et la répartition précise des distances fait ressortir la solitude profonde des personnages. Les comédiens tournent autour du plateau, le traversent. Il apparaît parfois à l’arrière-plan une tête, un buste, les trois-quarts d’un corps. (On ne peut alors s’empêcher de penser à une scène d’Oh les beaux jours de Beckett.) Se figent alors de brefs tableaux, qui peuvent même évoquer une troupe de marionnettes.

Au sortir de la pièce, il n’y avait pas pour moi d’autre formule que celle de pièce étonnante. Celle-ci commence bien avant l’apparition sur scène des personnages : pendant que les derniers spectateurs s’installent encore bruyamment, commencent à jouer les ombres imaginaires des comédiens sur cet intriguant plateau de jeu. On s’imagine alors toutes sortes de choses, sauf ce que l’on va voir. Et il est à la sortie bien difficile d’en parler tant l’émotion est manifeste et recueillie. 

Cendrine Flores


On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset

Mise en scène : Philippe Faure

Assistant à la mise en scène : Emmanuel Robin

Avec : Pascal Carré, Claudine Charreyre, Anne Comte, Olivier Hémon, Jean-Claude Martin, Gilles Olen, Marc Voisin

Lumières : Jean Tartaroli

Décor et costumes : Alain Batifoulier

Réalisation des costumes : Mathilde Grébot

Direction technique : Gilles Vernay

Régie son : Pascal Krieg-Rabeski

Régie plateau : Laurent Patissier

Régie lumière|régie générale : Sébastien Béraud

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69371 Lyon

04 72 07 49 49

infos@croix-rousse.com

Du 13 au 22 novembre 2007

Durée : 1 h 35

Tarifs : 13 € | 15 € | 18 €

Spectacle à partir de 12 ans

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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