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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 23:58

Le même choc

que lorsque j’ai découvert Picasso

 

« Bérénice », tragédie de Jean Racine, fut créée pour la première fois à Paris, le 21 novembre 1670. Elle fut publiée en 1671. Quinze-cent-six vers composent cette tragédie intemporelle. Jean-Marc Avocat nous les offre un par un avec bienveillance et générosité, sans aucune adaptation.

 

Un seul homme prête vie aux personnages de ce texte. Un seul homme nous parle de l’amour impossible de Bérénice pour Titus, de l’amour sacrifié de Titus pour Bérénice, de l’amour secret d’Antiochus pour Bérénice. Ce fut un moment de bonheur. Ce fut la redécouverte d’un texte, grâce à l’épure de la représentation. D’abord il y a le parti pris de départ, être seul en scène. Puis, il y a le jeu du comédien, simple, avec une diction favorisant la musique des vers. La mise en scène est sobre. Le décor est réduit à une chaise centrale. À cour, la coulisse à vue du comédien avec une chaise, une serviette et une bouteille. Les couleurs sont chaudes : noir et or. Nous les retrouvons dans les lumières et les costumes. Pantalon, tee-shirt noirs et, comme un boxeur livrant son combat, des protège-poignets noirs et un kimono de soie, noir et jaune or. Nous sommes dans un écrin portant un texte précieux.


berenice-fw.jpg

« Bérénice » | © Bruno Amsellem|Signatures


Dans la petite salle du Théâtre de la Croix-Rousse au confort spartiate, en parfaite intimité avec son public, Jean-Marc Avocat nous donne à voir un texte classique comme rarement nous ne l’avons vu. Nous aurions pu imaginer que deux heures cela risquait d’être long. En fait, pas du tout. La performance est telle que l’on se laisse happer par le texte et son interprétation.


Le spectacle m’a produit le même choc que lorsque j’ai découvert Picasso. Je m’explique. Après avoir travaillé l’apprentissage de son art avec acharnement et brio, Picasso a libéré sa peinture de ce qui l’encombrait, ne lui apportait rien et l’alourdissait à ses yeux de visionnaire. Ainsi, il est parvenu à l’épure de la ligne, à la représentation de l’âme des gens et des choses. Le musée Picasso à Barcelone, nous aide particulièrement bien à comprendre ce processus. Eh bien, là, il en va de même. L’épure des lumières, du décor, des costumes, du jeu et des comédiens (réduits à un seul) redonne la place au texte pour nous transporter vers son intemporalité. Nous avons eu deux heures pour le constater. 


Esther Mano

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Bérénice, de Jean Racine

Mise en scène et jeu : Jean-Marc Avocat

Création lumière : Justine Nahon

Régie lumière : Lise Poyol

Crédit photo : © Bruno Amsellem|Signatures

Production : La Croix-Rousse/scène nationale de Lyon

Avec la participation artistique de l’Ensatt

La Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

04 72 07 49 50 | télécopie : 04 72 07 49 51

infos@croix-rousse.com

www.croix-rousse.com

Billetterie : 04 72 07 49 49

Du 20 au 24 novembre 2007 à 20 h 30 ou 19 h 30

Durée : 2 h 10

17 € | 14 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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