Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 17:20

Oncle Vania cherche
le bonheur, tonton Ivan
nous l’offre


Par Arnaud Agnel

Les Trois Coups.com


Une histoire d’amour. Une histoire d’amour infini, c’est à peu près ce que vit Ivan Romeuf avec Tchekhov. Après avoir d’abord créé « la Cerisaie » au Théâtre de Lenche et « les Trois Sœurs » au Gyptis, Ivan Romeuf aurait pu choisir d’en rester là avec l’auteur. Il n’en est rien. Il a préféré s’obstiner à faire évoluer le point final en points de suspension. Il nous livre aujourd’hui « Oncle Vania ». Nous ne pouvons dire qu’une chose : il a bien fait d’insister…

Simplicité, lucidité, humanité… Voilà les maîtres mots qui caractérisent l’écriture tchékhovienne. Oncle Vania est un chef-d’œuvre dans le sens où chaque parole non dite est aussi importante, voire plus, que celle qui est dite. On y rencontre une atmosphère singulière, dans laquelle se heurtent des personnages grands théoriciens omniscients et néanmoins en quête d’idéal, pour qui le bonheur, si palpable soit-il, n’en est pas pour autant accessible. La pièce évolue, les masques tombent, la lumière se fait sur les intentions, l’essence profonde de l’âme naît pendant que la jouissance perverse du désir agonise.

Pour impliquer les spectateurs et les inviter à se sentir proches des personnages, le choix d’une mise en scène inventive s’imposait. C’est donc avec un certain intérêt que nous nous laissons emporter au plus proche des artistes, grâce à une architecture du parterre en « U ». Nous nous retrouvons ainsi sans cesse face à l’action, sur ses côtés ou dans son dos. Tous ensemble, autour de la maison Tchekhov, nous vivons les conflits internes propres à chacun des personnages et notre œil, sollicité en permanence, est rivé sur le cœur de l’action.

oncle-vania2-fw.jpg

« Oncle Vania » | © Catherine Rocchi

Et des actions, il y en a de tous les côtés. Ce n’est plus du théâtre : l’illusion disparaît et laisse place au réalisme. Ce parti pris de mise en scène ne nous offre pas la possibilité de tout voir, mais seulement des bribes de jeu, juste ce que nous saisissons à un moment X… C’est très agréable. On est captivés. À l’affût de tout. Il se passe toujours quelque chose. Ici ou bien là-bas.

La distribution, d’une homogénéité parfaite, permet à chaque comédien d’habiter son personnage complètement et, même si tous sont à féliciter, nous sommes obligés de mettre en avant Jacques Germain (Vania), Michel Bellier (Astrov) et Catherine Swartenbroecks (Sonia) pour leur jeu raffiné, tout en délicatesse, en justesse et en profondeur. Tous trois interprètent avec une étrange facilité des rôles complexes, qu’ils habitent de bout en bout.

Pour être sincère, nous pourrions passer de longs moments à dire tout le bien que nous pensons de ce spectacle. Mettons de côté un rythme qui pêche parfois, uniquement dû au texte de Tchekhov et non à l’investissement des acteurs. Cette réserve mise à part, nous ne pouvons qu’être élogieux tant le travail est approfondi sur les costumes – qui évoluent de la couleur de l’ange à celle du démon –, sur le choix des lumières, sur le choix de la musique, sur le texte, sur le jeu… Oncle Vania est réellement un spectacle qui fait que nous savons pourquoi nous aimons le théâtre, à mi-chemin entre le grand Racine et le géant Shakespeare, et réellement servi avec une équipe de talent ! 

Arnaud Agnel


Oncle Vania, d’Anton Tchekhov

Cie L’Égrégore – troupe résidente du Théâtre de Lenche – 4, place de Lenche • 13002 Marseille

Traduction, adaptation, mise en scène : Ivan Romeuf

Avec : Maurice Vinçon, Alice Mora, Catherine Swartenbroecks, Joëlle Cattino, Jacques Germain, Michel Bellier, Denys Fouqueray, Joêlle Brover, Ivan Romeuf

Scénographie, création lumière : Jean-Luc Martinez

Costumes : Joëlle Brover

Assistante stagiaire : Nathalie Dutour

La Friche du Panier • 96H, rue de l’Évêché • 13002 Marseille

www.theatredelenche.info

lenche@wanadoo.fr

Réservations : 04 91 91 52 22

Du 23 novembre au 22 décembre 2007

Mardi, mercredi, vendredi à 21 h, jeudi, samedi à 19 h, dimanche à 16 h, relâche le lundi

Durée : 1 h 50

12 € | 7 € | 2 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher