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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 23:00

Un essai de théâtre sacré. Raté

 

En octobre 2007, au Théâtre de l’Avant-Scène à Colombes, Alfredo Arias, fameux metteur en scène argentin et fondateur du groupe théâtral T.S.E., installé depuis 1985 à Paris, crée son nouveau spectacle. Entouré de talentueux chanteurs de comédie musicale, tous d’origine sud-américaine.

 

En face de ces artistes complets réunis ensemble sur la scène théâtrale, le spectateur est peut-être plus exigeant et plus sévère. Il attend beaucoup de ce metteur en scène connu et veut croire profondément en l’excellence de son spectacle. Il se retrouve alors confronté à un décor kitchissime, constitué des restes d’ornements et d’accessoires et qui, comme du pain perdu – selon la nonne – couvrent les planches. Malgré quelques discours sur la théâtralité et sur la lutte entre le théâtre sacré et le spectacle contemporain, on croirait assister à une (anti)comédie musicale plutôt qu’à une œuvre théâtrale.


En effet, depuis 1992, Alfredo Arias cherche à inventer un nouveau langage théâtral. Ou, dans Divino amore, à l’effacer quasiment, en lui substituant des pastiches de chansons italiennes des années 1960 et 1970, ainsi que des morceaux de répertoire du disco américain. Tout cela interprété heureusement avec beaucoup de talent par Sandra Guida, Antonio Interlandi, Marilù Marini et Alejandra Radano. Dommage seulement que les voix des artistes soient amplifiées – inutilement dans cette petite salle intime – tout au long du spectacle ! Cela rend la pièce criarde. Ou alors peut-être a-t-on voulu atteindre une sorte de grandeur ou de sacralité ? Si c’est le cas, c’est en vain.


Car, malgré cette quête constante du nouveau langage et des nouvelles formes d’expression scénique, nous avons l’impression d’assister à une sorte de spectacle classique raté, qui, par pudeur ou par lâcheté, ne nous montre pas la corporalité, mais en parle sans cesse. Le metteur en scène choisit ainsi de ne pas mont(r)er la danse de Salomé et en fait l’ellipse. Mais il n’hésite pourtant pas à entrelarder l’expression verbale et gestuelle de ses artistes d’une part de vulgarité et même d’humour obscène.


divino-amore-fw.jpg


Un théâtre de simplicité, des solutions de facilité et des chorégraphies dépouillées s’entremêlent étrangement avec un spectacle de démesure et d’exagération, si propre à la vision artistique d’Antonin Artaud. Le spectacle intrigant au départ et ayant recours à des costumes bizarres et à des perruques gigantesques, se tourne malheureusement vers une tentative désespérée de faire un grand show sur une trop petite scène.


Ainsi, le discours intéressant de la comédienne-nonne (Marilù Marini) sur le théâtre religieux, auquel elle a sacrifié sa vocation, ou le recours à la mise en abyme d’un spectacle dont se remémore celle-ci et que les comédiens sont en train de jouer devant nous – la danse de Salomé –, sont éclipsés par une histoire banalisée. La comédienne-nonne attend ainsi le retour de sa fille, Celestina, qui (malheureusement) revient à la fin de la pièce, transformée, d’ailleurs, en une diva américanisée… L’histoire se termine (trop) bien : la fille prodigue revient, la Vierge apparaît, le théâtre sacré triomphe, l’amour divin se propage autour de nous… Une fin quasiment issue d’une série télévisée brésilienne.


Se disant inspiré par une troupe italienne des années 1960-1970, Origlia Palmi, persuadée qu’à travers ses représentations, elle pouvait convoquer sur scène la présence divine, le metteur en scène de Divino amore semble ne reprendre que la naïveté et la rude simplicité de cette troupe, confrontée d’ailleurs constamment aux railleries du public. Néanmoins, la présence sacrée et la grandeur se sont déjà échappées sûrement du spectacle. Et cela, même avant le début. 


Maja Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Divino amore, d’Alfredo Arias et René de Ceccatty

Livret : Alfredo Arias et René de Ceccatty (publié aux éditions Actes-Sud Papiers)

Le Groupe T.S.E. • 99, rue de Sèvres • 75006 Paris

www.alfredo-arias.com

Mise en scène : Alfredo Arias

Assistant à la mise en scène : Hadrien Forestier

Avec : Sandra Guida, Antonio Interlandi, Marilù Marini, Alejandra Radano

Décors : Larry Hager

Costumes : Pablo Ramirez

Accessoires : Daniel Cendron

Arrangements musicaux : Diego Villa

Lumières : Cesare Accetta

Maquillages : Jean-Luc Don Vito

Régie son : Julius Tessarech

Régie lumière : Patrick Debarbat

Couturière : Véronique Pouzou

Habilleuse : Élise Deneuville

Production : Marie-Dominique Besson

Coproduction Groupe T.S.E., Théâtre du Rond-Point, avec la participation de L’Avant-Seine | Théâtre de Colombes, en résidence à La Comète | S.N. de Châlons-en-Champagne

Cette œuvre a bénéficié de l’aide à la production et à la diffusion du fonds S.A.C.D.

Durée : 1 h 25

Théâtre du Rond Point • salle Jean-Tardieu • 2 bis, avenue Franklin-D.-Roosevelt • 75008 Paris

Métro Franklin-D.-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau

www.theatredurondpoint.fr

Réservations : 01 44 95 98 21

Du 9 novembre au 31 décembre 2007 à 21 h, dimanche à 15 h 30 (relâche les lundis (sauf le 31 décembre 2007), les 11 novembre, 25 et 26 décembre 2007)

28 € | 24 € | 20 € | 16 € | 14 € | 10 € (représentation du 31 décembre : 50 € | 25 €)

Grand Théâtre de la ville de Lorient • place de l’Hôtel-de-Ville • 56315 Lorient

http://grandtheatre.lorient.fr/

grandtheatre@mairie-lorient.fr

Réservations : 02 97 02 22 77

24 janvier (à 19 h 30) et 25 janvier 2008 (à 20 h 30)

25 € | 19 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Janine Dubois 01/12/2007 13:05

Bravo à Maya Saraczynska qui dit (ecrit)  haut et fort ce que le 99% des spectateurs ont pensé de cette piece au gout si douteux.... et ce nonobstant les applaudissements.... j'ai trouvé cette pièce vulgaire, kitch, completement dépassée. bref, une perte de temps et 'argent. le rond-point aurait mieux fait de programmer quelque chose de plus interessant.

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