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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un essai de théâtre sacré. Raté
En octobre 2007, au Théâtre de l’Avant-Scène à Colombes, Alfredo Arias, fameux metteur en scène argentin et fondateur du groupe théâtral TSE, installé depuis 1985 à Paris, crée son nouveau spectacle. Entouré de talentueux chanteurs de comédie musicale, tous d’origine sud-américaine.
En face de ces artistes complets réunis ensemble sur la scène théâtrale, le spectateur est peut-être plus exigeant et plus sévère. Il attend beaucoup de ce metteur en scène connu et veut croire profondément en l’excellence de son spectacle. Il se retrouve alors confronté à un décor kitchissime, constitué des restes d’ornements et d’accessoires et qui, comme du pain perdu – selon la nonne – couvrent les planches. Malgré quelques discours sur la théâtralité et sur la lutte entre le théâtre sacré et le spectacle contemporain, on croirait assister à une (anti)comédie musicale plutôt qu’à une œuvre théâtrale.
En effet, depuis 1992, Alfredo Arias cherche à inventer un nouveau langage théâtral. Ou, dans Divino amore, à l’effacer quasiment, en lui substituant des pastiches de chansons italiennes des années 1960 et 1970, ainsi que des morceaux de répertoire du disco américain. Tout cela interprété heureusement avec beaucoup de talent par Sandra Guida, Antonio Interlandi, Marilù Marini et Alejandra Radano. Dommage seulement que les voix des artistes soient amplifiées – inutilement dans cette petite salle intime – tout au long du spectacle ! Cela rend la pièce criarde. Ou alors peut-être a-t-on voulu atteindre une sorte de grandeur ou de sacralité ? Si c’est le cas, c’est en vain.
Car, malgré cette quête constante du nouveau langage et des nouvelles formes d’expression scénique, nous avons l’impression d’assister à une sorte de spectacle classique raté, qui, par pudeur ou par lâcheté, ne nous montre pas la corporalité, mais en parle sans cesse. Le metteur en scène choisit ainsi de ne pas mont(r)er la danse de Salomé et en fait l’ellipse. Mais il n’hésite pourtant pas à entrelarder l’expression verbale et gestuelle de ses artistes d’une part de vulgarité et même d’humour obscène.
Un théâtre de simplicité, des solutions de facilité et des chorégraphies dépouillées s’entremêlent étrangement avec un spectacle de démesure et d’exagération, si propre à la vision artistique d’Antonin Artaud. Le spectacle intrigant au départ et ayant recours à des costumes bizarres et à des perruques gigantesques, se tourne malheureusement vers une tentative désespérée de faire un grand show sur une trop petite scène.
Ainsi, le discours intéressant de la comédienne-nonne (Marilù Marini) sur le théâtre religieux, auquel elle a sacrifié sa vocation, ou le recours à la mise en abyme d’un spectacle dont se remémore celle-ci et que les comédiens sont en train de jouer devant nous – la danse de Salomé –, sont éclipsés par une histoire banalisée. La comédienne-nonne attend ainsi le retour de sa fille, Celestina, qui (malheureusement) revient à la fin de la pièce, transformée, d’ailleurs, en une diva américanisée… L’histoire se termine (trop) bien : la fille prodigue revient, la Vierge apparaît, le théâtre sacré triomphe, l’amour divin se propage autour de nous… Une fin quasiment issue d’une série télévisée brésilienne.
Se disant inspiré par une troupe italienne des années 1960-1970, Origlia Palmi, persuadée qu’à travers ses représentations, elle pouvait convoquer sur scène la présence divine, le metteur en scène de Divino amore semble ne reprendre que la naïveté et la rude simplicité de cette troupe, confrontée d’ailleurs constamment aux railleries du public. Néanmoins, la présence sacrée et la grandeur se sont déjà échappées sûrement du spectacle. Et cela, même avant le début. ¶
Maja Saraczynska
Les Trois Coups
Divino amore, d’Alfredo Arias et René de Ceccatty
Livret : Alfredo Arias et René de Ceccatty (publié aux éditions Actes-Sud Papiers)
Le Groupe TSE • 99, rue de Sèvres • 75006 Paris
Mise en scène : Alfredo Arias
Assistant à la mise en scène : Hadrien Forestier
Avec : Sandra Guida, Antonio Interlandi, Marilù Marini, Alejandra Radano
Décors : Larry Hager
Costumes : Pablo Ramirez
Accessoires : Daniel Cendron
Arrangements musicaux : Diego Villa
Lumières : Cesare Accetta
Maquillages : Jean-Luc Don Vito
Régie son : Julius Tessarech
Régie lumière : Patrick Debarbat
Couturière : Véronique Pouzou
Habilleuse : Élise Deneuville
Production : Marie-Dominique Besson
Coproduction Groupe TSE, Théâtre du Rond-Point, avec la participation de L’Avant-Seine|Théâtre de Colombes, en résidence à La Comète|SN de Châlons-en-Champagne
Cette œuvre a bénéficié de l’aide à la production et à la diffusion du fonds SACD
Durée : 1 h 25
Théâtre du Rond Point • salle Jean-Tardieu • 2 bis, avenue Franklin-D.-Roosevelt • 75008 Paris
Métro Franklin-D.-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau
Réservations : 01 44 95 98 21
Du 9 novembre au 31 décembre 2007 à 21 h, dimanche à 15 h 30 (relâche les lundis (sauf le 31 décembre 2007), les 11 novembre, 25 et 26 décembre 2007)
28 € | 24 € | 20 € | 16 € | 14 € | 10 € (représentation du 31 décembre : 50 € | 25 €)
Grand Théâtre de la ville de Lorient • place de l’Hôtel-de-Ville • 56315 Lorient
http://grandtheatre.lorient.fr/
grandtheatre@mairie-lorient.fr
Réservations : 02 97 02 22 77
24 janvier (à 19 h 30) et 25 janvier 2008 (à 20 h 30)
25 € | 19 €
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