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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
On vous connaît, vous les poètes…
L’Odéon, épisode deux. Même lieu, même heure. Se jouait la semaine passée « Moby Dick », premier élément d’un « triptyque de la connaissance » imaginé par Latella. Voici le deuxième volet, « la Cena de le ceneri » (« le Banquet des cendres »). Pas mieux.
La Cena de la ceneri est un dialogue « métaphysique » dû à un honnête homme de la Renaissance, Giordano Bruno. Par métaphysique, comprendre ésotérique. Si ésotérique qu’il s’avère difficile d’en donner la teneur. Il conviendrait donc de faire état de ses impressions. Malheureusement les miennes se résument à presque rien.
Le spectacle débute par une prise de parole en forme de logorrhée, que chacun des quatre personnages reprend et entretient, façon canon musical. La logorrhée ne s’arrêtera plus, prenant parfois des accents philosophiques, mais souvent absconse. L’échange entre Teofilo le philosophe, Smitho le gentleman éclairé, Prudenzio l’érudit pédant et Frulla le serviteur inculte met en question le rapport de l’homme à son monde, la place de l’humanité au cœur de l’univers, son rôle. Que sais-je ? Que m’est-il permis d’espérer ? Que dois-je faire ? Qu’est-ce que l’homme, en somme ? Ce n’est là rien d’autre que la métaphysique kantienne. Eh oui, rien que cela, et en moins de deux heures, s’il vous plaît. C’est un peu ambitieux, d’autant que l’inélégance de la traduction n’aide pas beaucoup (elle est tout aussi laide que pour Moby Dick). L’on retiendra que l’homme est un être de paradoxe enserré dans un dualisme matière/esprit…
© Antonio Turchetti
Dualiste, soyons-le un instant. Si l’on oublie le contenu (on le fait d’ailleurs aisément tant le propos est abstrus et la traduction maladroite), la forme est fort belle. La mise en scène comme les jeux de lumière créent une atmosphère baroque un peu inquiétante. La scène est couverte d’eau et cernée d’une série d’ampoules. L’eau comme le feu des lumières figurent les éléments primordiaux, les reflets et les miroirs au sol métaphorisent la réflexion de l’homme sur lui-même. Des marionnettes à taille humaine prennent vie. On nage dans l’ésotérisme et l’alchimie. la Renaissance et l’humanisme, le développement des sciences et l’émergence de l’idée d’individu, l’univers de Giordano Bruno, le contexte de création de l’œuvre. Tout cela est bien rendu par une scénographie élégante. Les costumes réellement « bizarres », baroques et biscornus (mention spéciale pour la collerette géante), et les déplacements erratiques dans l’eau, au rythme de gestes incontrôlés, évoquent un thème cher au xvie siècle : la nef des fous. C’est donc un beau tableau. Un tableau, pas du théâtre.
Car le texte, on l’oublie, et les déplacements sont plus que limités. Hormis quelques beaux moments chorégraphiés, le jeu des acteurs confine au statisme. Ils barbotent dans la belle flaque et s’épuisent en discours philosophico-verbeux. De fait, cette odyssée de la connaissance semble être un parcours bien fumeux. Mais peut-être faut-il entendre ce que nous dit l’un des personnages lors du banquet. Il nous explique ainsi la nature du triptyque : un, celui qui parle ; deux, la parole ; trois, la signification. Moby Dick mettait en scène le capitaine Achab comme dramaturge de sa propre histoire, image de l’auteur dans sa cabine/bibliothèque (celui qui parle ?). Ce Banquet des cendres est une longue logorrhée « philosophique » (la parole ?). Attendons un troisième épisode (la signification ?) avec l’espoir de découvrir a posteriori le sens de ces deux pièces pour le moins obscures. Mais, méfions-nous, car « on vous connaît, vous les poètes, vous troublez les eaux pour les faire paraître profondes ». ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
La Cena de le ceneri (« le Banquet des cendres »), d’après Giordano Bruno
Production Teatro Stabile dell’Umbria
Créé le 3 octobre 2005 au Théâtre Mercadande de Naples
Mise en scène : Antonio Latella
Libre adaptation de Federico Bellini
Interprètes : Marco Foschi, Danilo Nigrelli, Fabio Pasquini, Annibale Pavone
Scénographie : Antonio Latella
Costumes : Emanuela Pischedda
Lumières : Giorgio Cervesi Ripa
Son : Franco Visioli
Chorégraphie : Deda Cristina Colonna
Odéon – Théâtre de l’Europe • place de l’Odéon • 75016 Paris
Réservation : 01 44 85 40 40
Du 14 au 17 novembre 2007 à 20 h, le dimanche 18 à 15 h
Durée : 1 h 45
Tarifs : 30 € | 22 € | 12 € | 7,50 €
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