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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 16:58

De la beauté d’un texte à l’émotion

d’un spectacle

 

J’avais adoré le roman de Stefan Zweig : enchantement d’une écriture, où l’amour et la mort se côtoient dans la révélation d’un secret, l’amour fou qu’une adolescente de treize ans éprouva pour son voisin et qu’elle choisit, adulte, d’entretenir dans l’ombre. C’est donc un peu inquiète que je me rendais hier à l’espace 44 pour assister à l’adaptation théâtrale que présentait la Cie des Licornes-Zébrées.

 

On entre. L’espace est déjà occupé dans la pénombre par un homme et deux femmes, parfaitement immobiles. Le décor, sobre, renvoie immédiatement à l’écriture dépouillée du texte. Le comédien commence à lire. Belle voix grave, bonne prestance. Il est à la fois le narrateur et l’écrivain dont la jeune fille est amoureuse. Les comédiennes incarnent toutes deux l’inconnue. Leurs voix se répondent, parfois se mêlent. Incarnation double de l’amour passion, l’amour folie. D’un double deuil aussi, celui de cet amour impossible et de l’enfant qui en est issu. Comme si un seul être était impuissant à en porter le poids. Et qu’il ne reste comme unique échappatoire que la communication de cette souffrance.


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« l’Inconnue » | © Pascal Bonnet


Tout est dans les mots comme dans les gestes d’une simplicité mais également d’une évidence bouleversantes. Amandine Vincent et Sarah Cornibert restituent avec sensibilité malgré leur jeune âge toute la puissance du verbe de Stefan Zweig, toutes les émotions qu’il soulève. La mise en scène, épurée, renforce ce sentiment d’impuissance face à un destin qui nous dépasse jusqu’à l’anéantissement. Scène magnifique où Sarah met des mots sur sa douleur tandis qu’Amandine n’est plus qu’un long cri de souffrance. Par moments, le texte est interrompu ou accompagné par de la musique, comme une respiration subtile et déchirante.


« Il sentit que quelqu’un venait de mourir ; il sentit qu’il y avait eu là un immortel amour. Au plus profond de son âme, quelque chose s’épanouit en lui, et il eut pour l’amante invisible une pensée aussi immatérielle et aussi passionnée que pour une musique lointaine. » Après ces derniers mots, le comédien enlace une des inconnues comme dans une dernière valse avec la Mort. À l’issue du spectacle, je suis restée bouleversée, autant que je l’avais été à la lecture du roman. 


Nicole Bourbon

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Inconnue, d’après Stéfan Zweig

Par la Cie des Licornes-Zébrées • 91, rue Duguesclin • 69006 Lyon

licornes.zebrees@laposte.net

Directrice artistique et metteuse en scène, Katia Charalambous : 06 64 17 90 80

Mise en scène, adaptation : Katia Charalambous

Jeu : Amandine Vincent, Sarah Cornibert, Séphane Lanos

Régie : Pascal Bonnet

Bande-son : Joris Garnier et Sarah Cornibert

Espace 44 • 44, rue Burdeau • 69001 Lyon

04 78 39 79 71

www.espace44.com

Horaires : tous les jours à 20 h 30, sauf dimanche à 16 h jusqu’au 18 novembre 2007

Tarifs : 14 € | 11 € | 9 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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