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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 01:38

Hamlet, Valya, Olga
et les autres…


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Une réécriture russe d’une tragédie shakespearienne montée par un Lituanien sur une scène de la banlieue parisienne ? Tout est possible, on est au théâtre. Cette petite rencontre impromptue et explosive se déroule au centre dramatique de la Commune d’Aubervilliers. Mise au point sur cette commedia, entre grosse farce déjantée et satire burlesque.

Le synopsis indique : Valya rêve de son père mort, une apparition spectrale qui dénonce, comme dans Hamlet, son assassin. Assassin qui n’est autre que sa femme, amante de son frère. Valya est étudiant, il joue le rôle de la victime dans les reconstitutions bancales de la police criminelle véreuse pour payer ses études. L’inspecteur salace est entouré d’une pin-up et d’un adjoint maladroit. Quand on mime la femme défenestrée, le noyé sur le bord d’une piscine ou l’homme flingué dans un sushi bar, vous comprendrez aisément que le souci de la vérité, pour l’inspecteur comme pour les spectateurs, est franchement secondaire. Il suffit que l’on trouve un coupable, une victime et que chacun joue son rôle. Hamlet, Valya, Olga et tous les autres.

Forme de réécriture d’Hamlet, Dans le rôle de la victime est prétexte à une multiplication de situations burlesques souvent cocasses. La mise en scène évoque la commedia dell’arte. Les acteurs « surjouent » sur une scène légèrement surélevée, comme dans les farces sur tréteaux. Les costumes sont bigarrés, on porte des perruques. On chante, on danse. On ne s’embarrasse ni de vraisemblance ni de détails.

dans-le-role-de-la-victime.jpg

« Dans le rôle de la victime » | © D. Matvejev

L’art d’Oskaras Korsunovas est de manier le symbole de façon réellement « étonnante », voire détonante, par l’usage de généralisations métaphoriques. Les personnages sont des types. Il révèle dans sa mise en scène, par-delà le burlesque et l’excès grand-guignolesque, des motifs qui imprègnent l’inconscient collectif. Il réussit, en somme, à signifier l’essence de la réalité. De même que le surréalisme entendait « exprimer » – « essorer » ? – la réalité en explorant les voies de l’inconscient, Korsunovas semble manifester les problèmes de notre temps par une « hyperréalité », un « réalisme abstrait ». C’est un fonctionnement étrange et singulier, mais tout à fait clair lors de la représentation. Un fonctionnement qui ne peut pas se passer de l’interaction avec un public et qui fait donc du théâtre un véritable spectacle vivant. « J’ai toujours été intéressé par un certain aspect du théâtre : la possibilité d’exprimer ce qui ne peut pas être transmis par les mots, et créer une mystérieuse communication interne entre le public et la scène. [Sur le plateau], la divergence entre les mots et l’action, tout comme entre les mots et les images, est très importante pour moi. Cette divergence facilite l’émergence de nouvelles significations. » (Oskaras Korsunovas.)

Bien que l’on s’amuse de situations franchement cocasses, qu’il y ait de vraies réussites dans la chorégraphie ou le choc des images (images « explosantes-fixes » aurait pu dire Breton), que les comédiens soient truculents, il reste cependant que le texte manque de profondeur. La portée de la satire, le diagnostic fait de la société russe notamment, de ses maux, apparaissent en filigrane, mais restent bien loin de la satire virulente. La succession de ces petites scènes finit par tourner à vide. L’on pourrait un peu caricaturalement distinguer une « forme » efficace d’expression théâtrale et un « fond » satirique moins pertinent ou, du moins, pas très percutant. Cela donne à la pièce quelques longueurs. 

Cédric Enjalbert


Dans le rôle de la victime (Playing the Victim), des frères Presniakov

Traduction de Gilles Morel (pour les surtitres)

Production : Oskaro Korsunovas Teatras, ministère lituanien de la Culture et municipalité de Vilnius avec le soutien de l’O.N.D.A.

Mise en scène : Oskaras Kosunovas

Interprètes : Darius Gumauskas, Dainius Gavenonis, Dalia Brenciute, Remigijus Vikaitis, Ruta Butkute, Vaidotas Martinaitis, Dalia Micheleviciute, Rytis saladzius, Audrius Nakas, Julius Zalakevicius, Ramunas Rudokas, Egle Mikulionyte

Scénographie : Jurate Paulekaite

Musique : Mickluckho Mc Laren et Gintaras Sodeika

Lumières : Eugenijus Sabaliauskas

Costumes : Agne Kuzmickaite

Chargée de tournée : Audra Zukaityte

Théâtre de la Commune, C.D.N. d’Aubervilliers • 2, rue Édouard-Poisson • 93300 Aubervilliers

info@theatredelacommune.com

www.theatredelacommune.com

Réservation : 01 48 33 16 16

Du 9 au 14 novembre 2007 à 20 h 30, le dimanche 11 à 16 h, le mercredi 14 à 19 h 30

Spectacle en lituanien surtitré

Durée : 2 h 15

Tarifs : 22 € | 16 € | 11 € | 7 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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