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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 12:46

« Mesure pour mesure » ou l’art de trouver la juste mesure


Par Anne-Laure Fournier

Les Trois Coups.com


Une tragi-comédie dans une Vienne imaginée par Shakespeare, où se côtoient maquerelles, religieuses, hommes de pouvoir et citoyens honnêtes. Une pièce sur la justice, qui ne manque pas de couleurs.

En tout premier lieu, le duc de Vienne annonce un voyage urgent qui l’éloignera de son duché pour une durée indéterminée. En son absence, il confie le pouvoir à un jeune homme de vertu, Angelo. Ce dernier entend rétablir l’ordre et la morale dans la ville. Pour l’exemple, il fait arrêter et condamner à mort le jeune Claudio, pour avoir eu des liens charnels avec sa jeune amie Juliette, avant le mariage, et l’avoir par la même occasion, mise enceinte. Angelo ordonne également la fermeture de toutes les maisons closes de la ville.

Emprisonné, Claudio demande à Lucio d’aller requérir l’aide de sa sœur Isabella, jeune novice. Par sa pureté et sa force de conviction, celle-ci devrait obtenir la clémence du jeune dirigeant. Mais qui croyait prendre est pris. Angelo, devant tant de pureté, redevient homme, et éprouve un vif désir pour la jeune femme. Il lui propose un marché : Claudio aura la vie sauve si elle lui livre son corps.

Le tiraillement commence alors pour Isabella. Elle ne peut admettre un tel sacrifice pour son frère. Mais le duc, en réalité caché pour observer la manière d’exercer le pouvoir de son jeune remplaçant, va créer une intrigue subtile afin que la justice retrouve sa vraie place. Il avouera tout de même qu’il préférait faire faire par un autre les réformes qui s’imposaient, mais qui auraient pu entacher son règne…

Les hommes sont-ils réellement capables d’exercer un pouvoir juste ? Comment imposer à l’autre ce que je ne suis pas capable de faire moi-même ? Partant d’évènements tragiques, nous assistons davantage à une comédie grâce à l’imaginaire de Shakespeare et à la savoureuse mise en scène d’Adel Hakim.

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« Mesure pour mesure » | © Bellamy

On le doit d’abord aux personnages. Ils ont le trait grossi, et ce qui pourrait agacer à bien des moments ailleurs est ici délectable, car peut-être à la juste mesure. Shakespeare a créé des personnages truculents et hauts en couleur, qui sont ici mis au goût du jour, telle la maquerelle, le gendarme simple d’esprit ou le gentilhomme niais. On aime l’accent énergique du duc, et on est interpellé par Lucio, qui semble sorti d’un film américain des années cinquante.

Ces personnages presque caricaturaux trouvent pourtant leur vérité. Par le jeu des acteurs, mais sans doute aussi grâce à la traduction de la pièce. Adel Hakim souhaitait retrouver la complicité avec le public que recherchait à l’époque Shakespeare en rendant le texte accessible. Il n’est plus question de s’ennuyer devant des pièces de théâtres poussiéreuses ! On est même parfois étonné d’entendre de pareils mots au théâtre.

Par ailleurs, les scènes s’enchaînent allègrement grâce au rythme apporté par la musique et la danse, qui apportent également des éléments d’humour. On ne peut oublier Angelo réfléchissant en patins à roulettes ou encore la « danse des bourreaux ». Cette « mise en corps » des acteurs leur permet d’interpréter plusieurs personnages, sans que nous ne les reconnaissions.

Au final, on assiste à une pièce rafraîchissante, pleine d’audace et de parti pris, à qui on ne reprochera qu’une légère longueur et une articulation parfois débordée par la vitesse et la densité du texte. 

Anne-Laure Fournier


Mesure pour mesure, de William Shakespeare

Traduction, adaptation et mise en scène : Adel Hakim

Assistante à la mise en scène : Isabelle Cagnat

Avec : Philippe Awat, Thierry Barèges, Isabelle Cagnat, Frédéric Cherbœuf, Étienne Coquereau, Jean-Charles Delaume, Malik Faraoun, Nigel Hollidge, Catherine Mongodin, Julie-Anne Roth

Chorégraphie : Véronique Ros de la Grange

Scénographie et lumière : Yves Collet

Assistante à la scénographie : Perrine Leclere-Bailly

Musiques originales : Marc Marder

Costumes : Agostino Cavaica, en collaboration avec Dominique Rocher

Son : Anita Praz

Maquillages : Nathy Polak

Accessoires : Mathieu Blanchi

Assistant lumière : Nicolas Batz

Direction technique : Dominique Lerminier

Construction décor : Espace et Cie

Théâtre d’Ivry - Antoine-Vitez • 1, rue Simon-Dereure • 94200 Ivry

Métro : ligne 7 - Mairie-d’Ivry

Réservations : 01 43 90 11 11

www.theatre-quartiers-ivry.com

Du 8 novembre au 5 décembre 2007, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 heures, jeudi à 19 heures, dimanche à 16 heures

Durée : 2 heures sans entracte

Plein tarif 19 € | Ivryens, seniors, groupes 12 € | tarif réduit 9 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Gostain 24/05/2009 19:16

Fallait-il jouer cette pièce sans grande densité, où tout est dit très vite, effaçant ainsi les maigres enjeux possibles ?

Fallait-il la mettre en scène avec une telle dérision et dans la plus grande caricature de jeu des personnages ?

Je ne le pense pas.

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