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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 16:47

Sensation toute !

 

Fondé au début des années 1980 en Yougoslavie, le Théâtre Tattoo impose l’action comme élément fondamental de son langage théâtral. « Nouvelle Byzance » est sa dernière création, ainsi nommée pour être « une nouvelle Byzance de sensation » selon les mots de Mladen Materic. « Un homme traverse le plateau, une lune perchée sur son épaule ; un autre se balade avec un couteau planté dans la poitrine ; ailleurs, un arbre a poussé sur le bras d’une femme… Mladen Materic propulse ses personnages oniriques dans un espace indéfini et organique, évoluant au gré de leurs relations de séduction, répulsion, domination ou soumission… Sous le ciel percé de cristaux reflétant les lumières lointaines, “Nouvelle Byzance” sculpte dans le rêve une nouvelle géographie du réel. » Programme alléchant. Cependant…

 

Des légumes géants en flottaison signalent un paysage onirique, où devraient se jouer les combinaisons gestuelles des relations humaines. Sur la scène, les personnages se débattent dans des tensions d’attirance et de répulsion successives, au milieu desquelles les corps en action sont censés jouer la mesure intime de nos rapports sans le secours de la raison.


Nouvelle Byzance ou de la tentative de s’inscrire en deçà du territoire de la raison. Nouvelle Byzance : théâtre sans paroles, pour un théâtre d’action. Soit rejouer le geste corporel dans son rapport intime avec la percée de nos désirs. Mettre à nu la force réelle de nos rapports dans l’écran du geste sans d’autre combinaison qu’un rayonnement des sensations : montrer d’une manière directe la compulsion des rapports à autrui dans le seul registre de l’intuition. Nouvelle Byzance, théâtre de dénuement pour se loger au plus près de la vérité des rapports humains.


nouvelle-byzance-fw.jpg


Nouvelle Byzance, projet pour une nouvelle géographie du réel ? Sur la scène colorée cohabitent des schémas gestuels répétitifs, qui s’orchestrent dans le rythme saccadé des duos. Mais dans une sorte de oui-non sans cesse rejouée, le jeu des acteurs s’épuise dans un registre conventionnel de situations conflictuelles. Qu’est-ce qui se joue dans cette bataille scénique des corps aux prises avec eux-mêmes ? Qu’est-ce qui m’est dit dans ce jeu sur scène des acteurs traînant leurs objets oniriques comme des gadgets futiles (soit la lune sur l’épaule, ou une tige enfoncée dans la main).


Si le champ de forces des rapports humains ne s’inscrit que dans cette succession de gestes compulsifs mimant attirance et répulsion, alors rien ne subsiste qu’une sorte de mécanique vide du geste. Là où les corps se prennent, se tendent, se repoussent, s’attirent, se perdent, se caressent, se frappent : que m’est-il dit de plus ou de moins ? Sans paroles et sans raison(s), uniquement axé sur les gestes des corps qui s’attirent et se repoussent, le théâtre d’action pure de Mladen Materic ne renvoie qu’à l’épure du jeu indéfini des rapports humains.


Pourtant, y a-t-il autre chose à signaler que la sensation ? Pourtant le jeu scénique n’a-t-il pas forcément à voir avec l’équilibre des forces en jeu dans les émotions ? Seulement est-il possible d’envisager une nouvelle géographie du réel sur la seule base de l’intuition détachée de tout fondement réflexif ? On n’est pas auprès du réel dans un onirisme forcené. Il n’y a pas de sensation dans le dénuement pur. Je m’émeus parce que je suis un corps, une tête, du sang et de la peau, et le halo émotif corporel intense qui tourne autour de çà. Il me manque la parole et autre chose de plus qu’une gestuelle formelle sur la scène de Nouvelle Byzance


Sandrine Deumier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Nouvelle Byzance, de Mladen Materic

Théâtre Tattoo • 3, place de l’Olivier • 31300 Toulouse

05 62 21 47 62

Conception, scénographie et mise en scène : Mladen Materic

Avec : Jelena Covic, Thierry Dussout, Emmanuelle Hiron, Sandrine Nogueira, Haris Resic

Collaboration artistique : Vesna Bajcetic

Création lumière : Bruno Goubert

Création musicale : Haris Resic

Réalisation bande-son : Sylvain Lafourcade

Création costumes : Odile Duverger

Régie générale : Sébastien Betous

Régie son et lumière : Philippe Ferreira

Coproduction : Théâtre Tattoo|Toulouse, Théâtre Garonne|Toulouse, Théâtre de la Bastille|Paris, L’Agora-scène nationale d’Évry et de l’Essonne, Le Bateau feu-scène nationale de Dunkerque, La Filature-scène nationale de Mulhouse, Le Parvis-scène nationale Tarbes-Pyrénées

Théâtre Garonne • 1, avenue du Château-d’Eau • 31300 Toulouse

Réservations : 05 62 48 54 77

Contact@theatregaronne.com

www.theatregaronne.com

Du 8 au 17 novembre 2007 à 20 heures ou 20 h 30

Durée : 90 minutes

19 € | 15 € | 11 € | 9 € | 6 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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