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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 12:26

Quand la barbarie nazie violait

l’innocence juive

 

Créé au Théâtre Off en avril 2005, « Étoiles jaunes », texte écrit à partir du témoignage de Ruth Freschel, évoque avec réalisme, pudeur et horreur le parcours d’une jeune enfant juive, Marika Janik, de son départ pour la France, à celui pour Auschwitz.

 

On pourrait s’attendre à une histoire sur la Seconde Guerre mondiale. Une histoire traitant de celle des juifs durant cette période. Avec tout ce que cela pourrait comporter de romance et de pathos. Il n’en est rien. Tout au long de son écriture, Frédéric Ortiz (également metteur en scène) nous fait vivre les évènements de manière abrupte, telle que les a vécus Ruth Freschel. Frédéric avertit : « Il ne s’agit pas de l’histoire abstraite de six millions de juifs, mais bien de l’histoire de un plus un, plus un… Comment raconter ces lieux du néant dont le propre est de ne pas laisser de témoin ? » Le style émeut, souvent, choque parfois, bouleverse toujours.


Lorsque nous pénétrons dans le théâtre, des photocopies d’arrêtés contre les juifs ainsi que des photos de déportés décharnés recouvrent les murs et accueillent le spectateur. Nous ne pouvons pas dévier notre regard sans être rattrapé par ces temps terribles de l’Histoire. La célèbre citation de Primo Lévi, « Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre », est la dernière chose que nous voyons avant de pénétrer dans la salle.


Au milieu de la scène, un grand vide noir est transpercé en son cœur par un étendard nazi. Ces couleurs vives, cette croix gammée, ce spectre de l’infini nous narguent et nous glacent. La lumière se tamise, puis s’éteint. Des grincements, des bruits de métal, des chants mélangés, toute une violence sonore ouvre le spectacle. Une petite fille apparaît, petites nattes, béret et grand chemisier immaculé. Elle s’appelle Marika, Marika Janik (Cécile Vigne, interprète magistrale). Son regard nous captive. Ses deux billes noires enfantines se posent sur tout avec ingénuité ; la vie est facile, gaie, et son ton d’enfant charme. Marika est dans le train de la vie : celui en direction de Paris…


etoiles-jaunes-fw.jpg


En contraste absolu à cette enfant, apparaît sur scène le fantôme d’une femme bourgeoise (tous les codes y sont : accent parisien, manteau de fourrure, hauts talons, collier de perles de culture, gants en cuir…), haineuse, pétainiste et raciste. « Il faut exterminer les juifs, mauvais pour notre race », dit-elle. Comment de tels propos ont-ils pu être tenus ? Le sont-ils toujours aujourd’hui ?


Marika, enfant du monde, est, malgré elle, souris d’un tigre nazi féroce et dévastateur. Très vite, cette idéologie barbare fait de l’enfant une martyre. Sans détours, tous les détails sont présentés. Elle souffre, traumatisée par ce qu’elle voit, par ce qu’elle vit. De l’insouciance et de l’innocence, elle glisse vers l’abandon et la solitude. D’abord déportée à Drancy, son terrible voyage vers l’enfer s’achève à Auschwitz-Birkenau…


La mise en scène est comme le texte : concrète. Pas de fioritures. Le tout est bref, direct, marqué, marquant. Les effets de lumières sont ajustés afin de mettre en exergue le texte et les situations. La bande-son nous plonge dans cet enfer de la guerre par le biais d’archives.


L’alchimie totale de tous ces éléments fait d’Étoiles jaunes un spectacle remarquable, pour plusieurs raisons. La première de toutes, c’est le traitement du sujet et cette sobriété qui rend les choses si violentes. La deuxième est à mettre au crédit de Cécile Vigne, jeune comédienne de talent, qui interprète avec brio un rôle extrêmement difficile. Enfin, la mise en scène sobre et efficace, et les interventions pondérées d’Anne-Marie Ortiz permettent la force émotionnelle d’Étoiles jaunes.


En ces temps de tension où nous pouvons entendre un président iranien déclarer sans complexes qu’« il faut rayer Israël de la carte », ou lorsqu’en France une polémique stérile naît à propos de la lecture d’une lettre d’un défenseur de la liberté, nous ne pouvons pas ne pas trouver de lien avec Étoiles jaunes et la folie barbare qui y est dénoncée.


À la fin du spectacle, le spectateur reste collé à sa chaise. On sort du théâtre en prenant conscience de la chance que l’on a de vivre libres et de ne pas avoir connu Auschwitz. Car, on ne revient pas d’Auschwitz… 


Arnaud Agnel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Étoiles jaunes, de Frédéric Ortiz

Théâtre de Lenche • 4, place de Lenche • 13002 Marseille

04 91 91 52 22 | télécopie : 04 91 90 96 16

lenche@wanadoo.fr

www.theatredelenche.info

Mise en scène : Frédéric Ortiz

Avec : Cécile Vigne et Anne-Marie Ortiz

Investigations : Anne-Marie Ortiz

Décors : Ateliers du Off

Costumes : Anne-Marie Ortiz

Production 2005 | Théâtre Off

Spectacle écrit à partir du témoignage de Ruth Freschel, déportée à Auschwitz en 1944, entretiens réalisés en juillet et août 2004.

Le texte de Frédéric Ortiz est répertorié aux archives Yad Vashem de Jérusalem

Mini-Théâtre du Panier • 96d, rue de l’Évêché • 13002 Marseille

Réservations : 04 91 91 52 22

Du 2 au 17 novembre 2007 à 20 h 30 (mardis, vendredis, samedis), à 19 heures (mercredis, jeudis) et 16 heures (dimanche 4 novembre 2007)

Durée : 1 h 10

12 € | 7 € | 2 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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