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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 21:36

Mort sur fonds de bossa à Bahia

 

La nouvelle de Jorge Amado, « les Deux Morts de Quinquin la Flotte » est à la fois un drame réaliste et un conte philosophico-poétique. Avec un humour ravageur et irrésistible, il oppose la société brésilienne petite-bourgeoise au monde des poètes traîne-savate, amateur de femmes et de tafia. « L’humour, cela ne s’acquiert qu’avec le temps, avec l’âge… Il s’est mis à exister dans mon œuvre et à être utilisé comme une arme – la plus efficace de toutes – pour dénoncer le présent et défendre les intérêts du peuple, une constante de tous mes livres. » J. Amado.

 

Une belle lecture pour une interprétation virtuose, qui se situe entre le marathon et la performance de clown. Martin Béziers et Stéphane Dunan Batandier, deux spécialistes du rythme et de la composition musicale, ont mis leur talent au service de la musique brésilienne et du bruitage, pour accompagner Jeanne Béziers, metteuse en scène et comédienne hors normes.


Après avoir avalé un p’tit verre de rhum (juste pour se mettre au diapason), nous entrons de but en blanc dans l’histoire de la mort de Joaquin Suarez de Cueva (signifie « Cave » en portugais…). En effet, une première réplique va donner le ton : « Il y a tant de gens qui refusent toute authenticité ! » Et cela va aller loin… : la mort de Joaquin , situé dans le camp de sa famille petite-bourgeoise, hypocrite par essence, va être peu à peu récupérée par les amis de Quinquin la Flotte. Ces derniers vont ainsi peu à peu le ramener à son authentique vie de la rue de Bahia, à coups de rasades de tafia, le « remontant » par excellence…


Nous voilà entraînés, sur fond de samba et de bossa (réellement jouées au clavier et à la batterie, et chantées par les comédiens) dans la sinistre mort de Joaquin. Car il n’arrive pas, malgré le costume neuf, à être un mort présentable : son gros orteil sort d’un trou de sa chaussette et un sourire goguenard ineffaçable lui dessine une face de débauché…

 quinquinlaflotte-fw.jpg


La veillée funèbre tourne petit à petit à la farce burlesque. On fait ainsi appel à un perroquet (« le père Roquet !) pour réciter la prière des morts, la sœur du mort est pétomane, et, hallucination ou pas, Quinquin se remet à donner des signes de vie : il traite sa fille de « harpie » et sa sœur de « gros sac à pets ». Ses amis sont arrivés : Cosmétic, Bel Oiseau et Martin le Caporal. Ils sont bien décidés à lui faire une mort digne de lui : ils vont « ressusciter » Quinquin au tafia !


Évocation tantôt tonitruante, tantôt tendre et nostalgique de Bahia en musique sous la pleine lune, la transition est faite par un « Notre Père » qui vaut son pesant d’or : … que ta volonté soit la fête… et parmi toutes tes femmes pleines de seins, que les fruits et les volailles soient bénis ! Et comme personne n’a jamais pu dire comment Quinquin la Flotte s’était remis sur ses jambes, la joyeuse bande l’emmène manger une bouillabaisse à la raie… Au comble de la joie, Quinquin fait des crocs-en-jambe et tire la langue aux passants… Jusqu’à ce qu’un violent orage éclate, que la petite embarcation menace de faire naufrage, et que je ne sais plus qui (J. Amado) lance : « Que chacun s’occupe de son propre enterrement. Rien n’est impossible ! » Mais qui aurait pu les entendre par une telle tempête ?!


Magnifique performance des trois comédiens qui ne changent pas de place, mais donnent l’impression de circuler dans les rues de Bahia. Il ont une dizaine de personnages à faire exister et le font avec une énergie explosive. Tout cela au milieu des vapeurs de rhum, que tout le monde boit beaucoup dans cette histoire, comédiens et spectateurs. 


Nadine Fourdraine

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Deux Morts de Quinquin la Flotte, d’après une nouvelle de Jorge Amado

Récit musical de Jeanne et Martin Béziers

Avec : Jeanne Béziers, interprétation et chant ; Martin Béziers, clavier, arrangements musicaux et bruitages ; Stéphane Dunan Battandier, batterie, percussion

Administration : Julie Rouge

Communication : Carine Steullet

Lieux de représentation :

– Cruis, le 13 octobre 2007

– Banon, le 19 octobre 2007

– Le Brusquet, le 20 octobre 2007

– et Niozelles, le 26 octobre 2007

Prix des places : 5 €

Réservations : 04 42 38 94 38

www.theatredumaquis.com

 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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