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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 20:05

L’improvisation ou la création éphémère

 

Le théâtre improvisé est le règne de l’éphémère. Le festival annuel Spontanéous pour sa première journée de sa troisième édition nous en apporte encore la preuve.

 

Lors de Spontanéous, la compagnie organisatrice, Et Cie, se donne pour mission de continuer le travail des précurseurs de l’improvisation qu’ont été Robert Gravel et Keith Johnstone, en ouvrant l’improvisation théâtrale aux autres disciplines artistiques. La règle y est de se mettre en danger, d’être spontané, de continuer à faire évoluer l’improvisation théâtrale. Ce lundi soir, l’association vidéo-théâtre est la forme qui va être explorée.


À tout seigneur tout honneur, la troupe québécoise Le P’tit Rire jaune ouvre le festival avec ses Doubleurs brodeurs. Le principe du spectacle est simple : la postsynchronisation. Les improvisateurs se voient proposer des extraits de films, d’émissions télévisuelles, d’évènements sportifs. Ils ne les ont jamais vus et se doivent de les doubler par des dialogues improvisés. Mais ils partent d’une contrainte donnée par le public, appelée catégorie dans le jargon d’improvisateurs (ex. : western, Shakespeare, mafia) ou à partir d’un thème (ex. : bucolique, le petit poussin jaune).


Le décalage entre les univers des images projetées et des dialogues improvisés crée l’effet comique. Par l’imaginaire décalé de nos improvisateurs, et par le choix judicieux des extraits, l’ineptie de ces différentes émissions télévisées contemporaines est mise en lumière. Une bonne sœur devient actrice de film d’horreur. Un entretien entre trois amis est devenu rencontre de mafiosi, puis annonces médicales, ou enseignement animalier. Le public rit beaucoup, même si ce séduisant principe d’improvisation s’essouffle quelque peu au bout d’une heure. Il est cependant à noter que la transposition créée par cet effet est d’autant plus efficace lorsque l’univers enfantin, via les marionnettes, est à l’écran.


improjection-fw.jpg


Si lors de la première partie de soirée, nous n’avons pu voir de corps en mouvement, le second spectacle, Improjection, va combler ce manque. Quatre comédiens (une Japonaise, un Belge, et deux Français) improvisent à partir d’une ambiance suggérée par une image vidéo. Cette image est diffusée et animée en direct par les vidéastes de l’association AliceA. Le groupe d’improvisateurs s’est ajouté une contrainte supplémentaire, qui se révélera une chance : la comédienne japonaise ne parle pas notre langue.


L’image d’une fonderie la nuit accueille nos improvisateurs. Le spectacle commence. Les comédiens créent sous nos yeux des histoires, mais surtout une suite de rencontres, plus attachantes les unes que les autres. Ici, il n’y a pas de place pour les personnages caricaturaux de certains matchs d’improvisation. Les protagonistes sont dessinés corporellement, les émotions sont à la source de la création des dialogues. C’est ainsi que nous nous trouvons pris d’empathie pour ce manager d’hôtel de luxe à Taïpei, qui n’existe que comme un automate. Par la qualité de leur écoute, les comédiens Gilles Delvaulx et Alexandre Chetail vont nous donner accès à « la fêlure des sentiments » de ce personnage. Les émotions et le jeu sont vrais. Le dialogue se crée avec justesse et drôlerie. Nous partageons leurs échanges. Et nous nous sentons concernés lorsque le manager déclare cette phrase, que Cioran n’aurait pas reniée : « On commence à mourir quand on commence à vivre. ».


De Taïwan, nous passerons par le Pérou, après avoir assisté à la conférence de plusieurs mathématiciens ivres de compétition. Mathématiciens danseurs, qui dessinent par leur corps les figures géométriques. Le concept du huit infini, des parallèles perpendiculaires, et du rond dans le carré seront déclinés également verbalement, tantôt en français, tantôt en japonais, tantôt en anglais.


Ce mélange des langues, où le silence garde toute sa place, participe à l’originalité de ce spectacle. La comédienne japonaise Yuri Kinugawa a été continuellement au service des improvisations sans comprendre forcément ce qui s’y est dit. Mais par sa présence et son jeu, elle a créé des incidents, accueillis et magnifiés par le chef d’orchestre de ce groupe (Alexandre Chetail). Il en a fait son miel.


Cette première soirée d’improvisation a réjoui l’ensemble des spectateurs. 


Franck Lavigne

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Spontanéous

Organisé par Et Compagnie • 52, rue Franklin • 69002 Lyon

+33 (0)4 78 28 50 83

Matthieu.loos@improetcompagnie.com

+33 (0)6 82 12 65 87

http://www.improetcompagnie.com

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi

La Plateforme • berges du Rhône • face au 4, quai Victor-Augagneur • 69003 Lyon

Lundi, nuit du vendredi au samedi

Cinéma Comœdia • 13, avenue Berthelot • 69007 Lyon

Réservation : 04 78 28 50 83

Location FNAC, Virgin, Le Progrès, Ticketnet

Du 29 octobre au 3 novembre 2007 à 15 h 30, 20 h 30, 22 h 30

Spectacle enfant : 7 € | 5 €

Soirée : 18 € | 15 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

improvisation 27/05/2008 03:03

merci pour cette belle critique. j'étais dans la salle ce soir-là et je trouve votre analyse très pertinente sur les enjeux du theatre d'impro.

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