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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 17:56

Un bilan sans concession


Par Patricia Lavigne

Les Trois Coups.com


S’il est des sujets périlleux sur scène, l’ennui, la monotonie et la vacuité de la vie sont sans conteste les pires. Comment en parler, les montrer et, donc, les faire ressentir au public sans qu’il y succombe, et ne déserte la salle ? Avec « Retour à la citadelle », François Rancillac nous prouve qu’il est possible de relever le défi.

Tout débute (et finit) lors de la cérémonie de bienvenue du nouveau gouverneur de La Cité, une petite colonie oubliée de tous à des milliers de kilomètres de la métropole. Le jeune homme dépositaire de cette fonction est un enfant du pays, parti depuis dix ans sans donner de nouvelles. Sont là pour l’accueillir autour de la table dressée ses parents et sa sœur, l’ancien gouverneur congédié et son épouse, un fonctionnaire prêt à toutes les compromissions pour asseoir sa position, et un soi-disant ami d’enfance. Ce retour deviendra alors pour chacun l’occasion de se retourner sur sa vie, dresser des bilans, se justifier, s’enliser dans des explications sans fin, des discours bredouillants…

Pas de climax ni de véritable évolution au cours de l’heure et demie qui va suivre. Ni même de réel échange entre les personnages. Dans cette atmosphère asphyxiante où tout semble tourner en rond, le contact entre les protagonistes a du mal à passer. On est toujours dans l’excuse et la justification, jamais dans le partage ni l’action. Et pourtant, les regrets, les rancœurs, les attentes, tout est là, exprimé maladroitement par ces êtres pathétiques empêtrés dans leur solitude et leurs petits arrangements avec la vie. Même si, parfois, un surgissement de lucidité incontrôlable vient troubler le ronron des discours.

retour-a-lacitadelle-fw.jpg

« Retour à la citadelle »

L’art de François Rancillac est justement d’avoir su saisir le moindre de ces surgissements afin de créer du mouvement au cœur de cet immobilisme. Grâce à la disponibilité des corps et à une scénographie ingénieuse, il nous révèle toute la profondeur d’un texte écrit au scalpel, noir et tendre à la fois. Comme au cinéma, les scènes sont présentées sous différents angles, tandis que les actions possèdent une double lisibilité : celle des apparences (ce qui se voit et s’entend) et celle de la vérité (ce qui se passe vraiment pour et entre chacun.)

L’humour tout en nuances de Jean-Luc Lagarce se retrouve dans la finesse du jeu des acteurs, capables de suggérer la moindre variation d’humeur ou de sentiment, et d’insuffler à leurs personnages une énergie intense et pleine de retenue à la fois. Le résultat est d’autant plus impressionnant que pas un des huit comédiens n’échoue dans sa tâche. Tels des instruments de musique entre les mains d’un virtuose, ils vibrent, résonnent, sonnent sans une seule fausse note. Ils nous rappellent ainsi que le premier talent d’un metteur en scène consiste à savoir reconnaître celui des hommes et des femmes avec qui il travaille.

Une combinaison parfaite, donc, pour cette pièce sans concession, mais jamais cynique, parcourue de sourires et de ces lueurs de tendresse qui donnent envie de s’accrocher à la vie même au cœur de la citadelle. 

Patricia Lavigne


Retour à la citadelle, de Jean-Luc Lagarce

Mise en scène :François Rancillac

Avec : Olivier Achard, Martine Bertrand, Danielle Chinsky, Yves Graffey, Christine Guênon, Christian Scelles, Flavien Tassart, Bernard Waver

Scénographie : Laurent Peduzzi

Lumière : Marie-Christine Soma

Son : Michel Maurer

Théâtre Jean-Dasté-La Comédie de Saint-Étienne

7, avenue Émile-Loubet • Saint-Étienne

Réservations : 04 77 25 14 14

Du 16 au 27 octobre 2007

Durée :1 h 25 environ

18 € | 14 € | 10 €

La tournée :

– 20 novembre 2007 – Scène nationale d’Aubusson

– 29 et 30 novembre 2007 – Scène nationale de Cavaillon

– Du 5 au 20 décembre 2007 – Théâtre de la Ville-Paris

– 8 janvier 2008 – Scènes du Jura-Dôle

– 11 janvier 2008 – Théâtre du Palais-des-Arts-Vannes

– 15 janvier 2008 – Scène nationale d’Angoulême

– 23 janvier 2008 – A.T.A.O.-Orléans

– 31 janvier et 1er février 2008 – Le Fanal-Saint-Nazaire

– 5 et 6 février 2008 – L’Hexagone-Meylan

– 13 et 14 février 2008 – Théâtre de Bourg-en-Bresse

– 21 février 2008 – L’Avant-Seine-Colombes

– 27 février 2008 – Le Granit-Scène nationale de Belfort

– Du 4 au 6 mars 2008 – Théâtre de l’Espace-Scène nationale de Besançon

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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