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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 19:37

Chapeau, championne !

 

Championne de France 2007 de slam, Lauréline Kuntz, alsacienne de son état, choucroute brune (naturelle !) sur la tête, nous fait partager durant quarante-cinq trop courtes minutes, son amour des mots. Entremêlements d’adjectifs, sujets, verbes : compliments ! C’est drôle, rythmé, rimé, bien arrimé. Elle hisse la grand-voile d’un humour fécond pas con, entre Céline et Desproges, et nous embarque dans son monde fracassé, fracassant. Pas la peine de lui sortir les vers du nez : ils fusent de sa bouche en tranches de vie décrites avec brio et interprétées avec une étonnante maestria. Une performance !

 

La « slameuse » slalome. Entre salons chics et salmigondis chocs d’un monde toc, d’un monde glauque, cloaque où Gégé qui pue le putois côtoie la pimpante pomponnée et parfumée en pompes à pouf, rêvant que sur les Champs-Élysées un racaille craignos lui sorte le grand jeu. Banlieues, beaux lieux. Champs-Élysées, direction la Dame de fer. Non, pas la Maggie de cette Albion qu’on dit perfide. La nôtre, diantre ! Celle ou des tas d’chair s’agglutinent pour monter au septième ciel, où les jours brouillardeux on ne voit plus ses mains. Là, nous y attend la liftière, qui, une minute et demie durant, le temps de l’ascension, un Bukowski à la main, va vivre un orgasme grâce à un bel Anglais. Il la dessape. Elle dérape. La porte de l’ascenseur se rouvre. Oups !

 

Ce soir, il va devoir se laisser faire parce qu’elle pensait pas aimer « ça comme ça ». C’est toi qui diriges d’ordinaire ? Mais ce soir, au placard, au rencard, l’ordinaire ! C’est la Marie-Madeleine attitude ! C’est « Mari-couche-toi-là », je m’occupe de tout, je te fais ton affaire ! Ma violence te fout la trique ! Ce soir, Ève prend le dessus et tu te brosses, Adam, pour me faire changer de position. Ça parle cul, ça parle cru. Ça cause de pipe, ça jacte du pape. Du Saint-Père et des paires de seins. Ah, l’essaim bourdonnant où s’agglutinent ces mots chocs et ces mots chics comme un miel apaisant qui coule dans la gorge que des rires déploient !

 

dixlesic.jpg

© Chantal Depagne

 

Elle s’ennuie. Chez elle, ça sent le net, le nec plus ultra. Marrie d’être une épouse parfaite, nantie d’un marmot parfait, d’un canapé parfait, d’un home parfait ! Et si on conjuguait tout ça à l’imparfait ? Et si on se faufilait dans l’ombre de soi-même, si on se faisait malmener, maltraiter ? Comment ? En faisant le plus vieux métier du monde. Et si…

 

« J’aime les filles ! » Non, c’est pas du Dutronc. Pas assez hardi, le Jacques pour leur apporter un bonheur aussi entier, total, définitif, les sauver de la débauche. Elle a la solution : le couteau, le hachoir, le collant, que sais-je, moi ? Juste un mauvais moment à passer et en route pour le paradis…

 

Le temps d’une mi-temps, elle houspille, Lauréline, elle torpille, elle titille, elle fonce, elle dribble, elle plaque, elle claque, elle vocifère, elle vitupère, elle embrasse, elle embrase, elle met le feu, elle a le feu, la braise, les charbons sont ardents, les chardons sont piquants…

 

Hélas, elle ne joue pas les prolongations. Le dernier mot est lâché. Dixlesique ! Elle est dixlesique ! De mère en fille. Point barre. Point virgule ? Point final ! Quoi, déjà ? Résignons-nous. Chapeau, championne… 

 

Franck Bortelle

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Dixlesic, de Lauréline Kuntz

Mise en scène : Lauréline Kuntz

Création lumière et regard extérieur : Nicolas Clerc

Production : Jean-Marc Ghanassia,

Créations Productions Management, 69 rue de la Boétie • 75008 Paris

Théâtre du Point-Virgule • 7, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie • 75004 Paris

Métro Hôtel-de-Ville

Réservations : 01 45 80 96 09 | 06 80 27 46 33

Du 26 septembre au 29 décembre 2007 à 22 h 15

Durée : 45 minutes environ

18 € | 14 € (forfait pour une personne dans la même soirée 29 € pour 2 spectacles, 36 € pour 3 spectacles)

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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