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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 16:07

Par la grâce de l’absurde

 

Quatre comédiens, quatre courtes pièces issues d’un même recueil de Jean Tardieu, reliées par quatre intermèdes musicaux. Un décor minimaliste et coloré pour un voyage dans l’univers du théâtre de l’absurde, mais aussi de la peinture de Miró ou du cinéma de Chaplin. C’est ce que propose « la Comédie de la comédie », mis en scène par Cyrille Louge, avec un spectacle qui, sans chercher à faire dans la performance, affiche une énergie presque athlétique, distillée sans compter par des interprètes très inspirés.

 

Un meurtre a été commis au manoir. Enfin, c’est ce que vous croyez, crédules spectateurs, ou du moins ce que tente de vous faire croire le détective Dubois, étrangement présent sur les lieux avant l’homicide. Oswald et Zénaïde s’aiment au point de s’attifer de la même tenue bicolore. Mais il faut rompre. Qui va le dire à l’autre en premier et comment va-t-il/elle s’y prendre ? Soudain, le coffre s’ouvre et le père de la jeune fille en sort, vitupérant contre la « nunucherie » des tourtereaux. Un plâtre au bras, il affirme qu’il sait. Elle aussi sait. Mais qui sait quoi ? Mystère…

 

Il part bosser, descend dans le métro, où l’attend la Dame du métro. Zut, c’est un jour sans métro ! Il invite la Dame à dîner. Le médecin débarque parce que le père est malade. Re-zut ! La Dame du métro n’est autre que la Faucheuse !


« J’ai découvert l’univers de Tardieu par la poésie. J’apprécie son statut très particulier, sa manière de brouiller les pistes. On retrouve chez lui des éléments de Beckett, Ionesco et bien d’autres. C’est un mélange d’absurde et d’angoisse existentielle, mais toujours avec une touche de légèreté. […] Tardieu est trop souvent mis en scène comme du théâtre de boulevard et sa folie est mal traduite si elle est montrée de manière trop classique. Mon défi était de créer quatre univers différents avec quatre comédiens sans forcément tomber dans le transformisme et la performance.


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© Vincent Champin

 

« Pour cela, le décor était prépondérant puisque c’est un coffre qui sert de lien entre les quatre pièces. Un objet existant que nous avons fait retravailler par un menuisier, un peu comme le peintre Miró partait de tableaux hollandais et les transformait jusqu’à l’épure. […] Le travail sur les couleurs est également important. Je voulais donner une touche un peu enfantine au spectacle en n’utilisant que des couleurs primaires, celles avec lesquelles les enfants commencent à dessiner. Une couleur dominante par scène. […] La musique de ragtime que l’on entend à plusieurs reprises est un clin d’œil à l’univers des films du cinéma muet et notamment de Chaplin, dont le burlesque correspond bien à l’univers de Tardieu. »


C’est bien, ainsi que nous le dit Cyrille Louge, jeune metteur en scène de trente ans, un univers qui s’ouvre à nous pendant une heure et demie. Énergique, sa mise en scène nous entraîne dans un tourbillon de situations, où poésie et burlesque se relient ou se côtoient, et que mènent quatre comédiens très inspirés. Enfantin sans être puéril, profond sans une surenchère d’intellectualisme, ce spectacle, qui prône le minimalisme du décor pour mieux valoriser le texte, offre en outre une belle occasion de découvrir un auteur trop rarement joué. 


Franck Bortelle

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Comédie de la comédie, de Jean Tardieu

Compagnie Marizibill

www.compagniemarizibill.fr

Mise en scène : Cyrille Louge

Avec : Sophie Bezard ou Katia O’Wallis, Cédrick Lanoë, Emmanuel Siret, Francesca Testi

Musiques des chansons : Romain Tintinsnaider

Costumes : Francesca Testi

Décor : Cyrille Louge

Graphisme : Patricia Pothin-Roesch

Théâtre Les Enfants terribles • 157, rue Pelleport • 75020 Paris

Réservations : 01 46 36 19 66

À 21 heures du mardi au samedi, à 15 h 30 le dimanche

Durée : 1 h 35

12 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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