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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 23:15

La folle passion d’une reine

 

C’est l’Inquisition. C’est l’époque où la religion occupe la première place. C’est durant cette ère que Jeanne de Castille clame son amour pour Philippe de Flandres, mort quelques jours plus tôt. Cet amour qu’elle considéra comme plus important que Dieu et qui la fit passer pour folle. Il lui en coûta quarante-huit ans d’enfermement.

 

Jeanne de Castille est l’une de ces femmes trop humaines dont les sentiments et les émotions sont toujours à vif. Bafouée par un homme qu’elle n’a que trop aimé, vivant comme mort, considérée comme folle par les siens, Jeanne se retrouve seule face à sa passion.


Dans un premier acte, elle affronte son père, fervent catholique, homme de pouvoir, qui ne comprend pas sa fille. Trônant au milieu de la scène, il l’observe, veut lui faire retrouver la raison. Mais la foi et le pouvoir ne peuvent combattre l’amour. Son regard de père ne peut s’empêcher de se teinter d’incompréhension. L’affection qu’il lui voue est trop faible comparée à la puissance qu’enfermée elle lui apportera.


Le comédien Bruno Dairou, plâtré à la suite d’un accident, a tenu à jouer son rôle malgré un immobilisme forcé sur le trône. La mise en scène changée pour l’occasion n’en est pas perturbée. Sa voix envoûtante et son regard expressif sont parvenus à nous faire oublier ce handicap ponctuel. Du fond de son fauteuil, Ferdinand devient un roi prisonnier de ses croyances et de ses ambitions tandis que Jeanne gravite autour de lui, libre de ses pensées.


jeanne-de-castille-fw.jpg


Le deuxième acte la trouve prisonnière. Sa folie est mise en avant. Comme disait sa mère Isabelle, Jeanne est une enfant fragile, elle a besoin d’être entourée. Livrée à elle-même, elle revit son passé, s’interroge, ne comprend pas ces êtres qui la disent folle et qui ne le sont pas moins. Jeanne n’est plus une reine, mais une femme qui souffre. Cette souffrance s’exprime au travers d’un désespoir proche de l’animalité. Le corps au service de l’âme meurtie se lance dans une lente chorégraphie. Tout entier, il s’étire, se crispe, bercé par une lumière adoucie, mais torturé par des paroles obscures.


C’est immobile, muette, qu’elle affronte le troisième acte et les interrogations de sa fille, Catalina. Elle est lasse de vivre, celle qui se considère comme morte depuis la mort de Philippe. Sa fille va se marier au roi du Portugal et tente de convaincre sa mère de l’accompagner. Cette dernière ne veut plus lutter. Résignée, Catalina la quitte pour une prison dorée, où elle poursuivra la « chaîne des opprimés ». La folie aura alors raison de Jeanne.


Ce destin de femme est brillamment interprété par Maria Vaz, une comédienne qui semble prendre très à cœur le rôle qu’elle a à interpréter. Prise par la folie de l’amour de Jeanne de Castille, Maria Vaz nous fait partager ses propres émotions. Elle se transforme sous nos yeux en plusieurs Jeanne : celle prise dans ses souvenirs baignés par un éclairage orangé ou rouge ; la Jeanne perdue dont les yeux sont constamment baignés de larmes ; mais aussi une Jeanne vieillie en robe noire, aux cheveux tirés. C’est grâce à toutes ces interprétations différentes que la comédienne nous rapproche de cette reine trop fragile. Il est toutefois dommage que le texte soit si explicatif parfois, qui nous fait soudain revenir à la réalité, alors qu’on était si bien à déanmbuler dans la folie de Jeanne.


Pièce historique rappelée par les costumes et certains détails, mais portrait intemporel surtout. Car si Jeanne de Castille représente la femme opprimée, elle est plus généralement la représentation de tous les êtres humains qui ne peuvent s’exprimer à leur gré. 


Chloé Chochard-Legoff

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Jeanne de Castille, la reine qui n’aimait pas Dieu, de Christine Wystup

Compagnie du Vieux-Balancier • 10, rue de la Coutellerie • 95300 Pontoise

06 03 20 83 15

christine.wystup@free.fr

www.levieuxbalancier.net

Mise en scène : Christine Wystup

Avec : Maria Vaz, Bruno Dairou, Alexandra Wisniewski

Création costumes : Anita Mac Grath

Création lumière : Thomas Merland

Théo Théâtre • 20, rue Théodore-Deck • 75015 Paris

Réservations : 01 45 54 00 16

Du 14 octobre au 16 décembre 2007, le dimanche à 14 h 30

Durée : 1 h 15

20 € | 16 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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