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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 11:17

Une liaison pas très dangereuse


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Rendez-vous était pris en cette froide soirée d’octobre, salle Popesco, dix-neuf heures pour « Une liaison pornographique ». Intimité du lieu, en cette discrète – si ce n’est secrète – petite salle du Théâtre Marigny, heure digne d’un cinq à sept, titre évocateur… C’est en voyeur patenté que je pénètre dans la salle, espérant – petit théâtreux pervers que je suis – quelque exhibition licencieuse dans ce commerce amoureux que jouent Judith Magre et Jean-Claude Jay. Et alors ? Ils « l’ont fait » ?

Un homme. Une femme. Annonce, rencontre dans un café, consentement mutuel, chambre d’hôtel. Processus hebdomadaire. L’on pourrait facilement faire un résumé clinique de l’histoire dans la froideur descriptive et « sans histoire » propre à la pornographie. Cette courte pièce ne « raconte » en effet pas grand-chose en somme, mais dit pourtant beaucoup dans ce qu’elle donne à voir.

L’exhibition, le « tout-voir », la mise à nu, voilà l’obscène de la liaison pornographique. Judith Magre et Jean-Claude Jay dévoilent une sexualité vieillissante, mais bien présente. Et c’est même vulgaire, mais entendons-nous, de cette « vulgarité » qui est celle de tous, celle du vulgus, celle de vous et de moi. Car les personnages n’ont pas d’identité, ils ne sont que leur rôle, entendent rester l’un pour l’autre anonyme. La sexualité donc, rien que la sexualité sans risque de se compromettre en amour, en liaison dangereuse. Et ça, c’est obscène.

Pas d’insanité donc, mais, oui, de la vulgarité qui dérange. En un peu moins d’une heure se déploie un suspens érotique, qui, de la relation exclusivement et explicitement sexuelle à la liaison tendre et doucement sensuelle, tient la curiosité éveillée. Un rythme s’impose, organique. En flux et reflux. Et la liaison pornographique devient amusée, et malgré tout, amoureuse peut-être…

une-liaison-porno.jpg

Les deux acteurs, leur voix suave, leur interprétation – véritable incarnation – donnent corps à l’impalpable, exhibent avec humour et tendresse une douce obscénité. Mais si les deux acteurs sont justes dans leur rôle, la mise en scène et le décor semblent un peu datés dans un design digne des années soixante-dix. Car de décor, il n’y a rien qu’une table de bistrot noire, deux chaises noires que l’on oublie et un mur gris fendu d’un néon.

Quant à la mise en scène, elle est aussi fort dépouillée, faite de quelques déplacements cycliques, d’une musique en forme de « jingle » et d’un jeu de lumières réduit. Mais alors que cette liaison pornographique met au clair avec la sexualité, lui donne du corps, crûment, la mise en scène semble y mettre un voile, la ternir, y mettre des formes un peu convenues. Plus que sobre, cela semble morne et ce qui était un peu lascif devient un poil lassant. Quand la liaison évolue imperceptiblement, la mise en scène ne fait que se répéter et l’on en vient à se dire que l’on assiste à des histoires de vieilles personnes. Ça radote.

La présence manifeste de deux acteurs talentueux pallie l’ennui d’une mise en scène sans relief et permet de passer un bon moment. L’on rit un peu, l’on sourit souvent, amèrement parfois, mais à la façon de ces pièces de café-théâtre, divertissantes, courtes, faciles mais un peu vite oubliées. Et si Une liaison pornographique n’était que cela finalement ? Un coup pour voir, tout simplement. Pour voir « s’ils l’ont fait ». 

Cédric Enjalbert


Une liaison pornographique, de Philippe Blasband

Une production Société nouvelle du Théâtre Marigny et A.T.C. Productions

Mise en scène : Steve Suissa

Interprètes : Judith Magre et Jean-Claude Jay

Théâtre Marigny-Robert-Hossein, salle Popesco • Carré Marigny • 75008 Paris

Mº Champs-Élysées-Clémenceau

Réservations : 01 53 96 70 20

tmarigny@theatre-marigny.fr

www.theatremarigny.fr

À partir du 16 octobre 2007, du mardi au samedi à 19 heures

Durée : 55 min

37 € | 27 € | 20 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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