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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 21:12

« Le Molière imaginaire »

ou l’imaginaire de Molière ?

 

Une entrevue imaginaire entre Molière et Louis XIV, prétexte à la création d’un univers fictif entre les deux personnages. Du jeu dans le jeu.

 

moliere-imaginaire-fw.jpgPour la première fois, un site Internet a été créé pour faire entrer le spectateur dans les coulisses d’une pièce de théâtre. L’un des comédiens relatait tous les jours l’évolution de la pièce au cours des répétitions. Le fait est assez unique pour être mentionné.


Au préambule, Louis XIV se rend chez Molière pour lui expliquer l’interdiction des représentations publiques de son Tartuffe. La réponse est simple : le pouvoir du roi lui vient de Dieu ; qui donc critique l’Église remet en cause le roi.


On s’attendait à une joute verbale entre les deux hommes sur ces propos, mais les auteurs n’ont pas souhaité se contenter de l’attendu. S’ensuit un échange plutôt amical, où Louis XIV avoue à Molière son admiration pour les valets ! Les rôles changent, les costumes s’intervertissent et nous voilà en présence de Molière et Sganarelle, puis Molière et son jeune apprenti comédien.


Jusque là, nous sommes toujours dans le jeu et savons encore qui joue qui. Tout est perturbé quand le jeune comédien avoue à Molière n’être justement « qu’un » comédien qui lui a joué le roi. Jean-Baptiste Poquelin est déstabilisé et nous aussi. Cependant, Molière réalise qu’il a sûrement devant lui le meilleur comédien qui soit, puisque lui-même l’a cru ! Il l’embauche. Mais lorsque le comédien veut jouer au roi, il devient alors mauvais.


Comment se fait-il que le comédien soit bon lorsqu’il ne joue pas et qu’il devienne mauvais quand il veut jouer ? Les comédiens nous font alors une parodie endiablée et brillante du jeu poussiéreux des acteurs qui surjouent (et qu’il nous arrive malheureusement de voir encore dans certains théâtres). Mais ils posent surtout la question, si chère aux comédiens, « dois-je être moi quand je joue l’autre ? ».


Néanmoins, les auteurs n’en restent pas là, ce serait trop simple. Lorsque Molière commence à prendre ses aises avec le jeune comédien, celui-ci redevient le roi. Et avoue n’avoir été qu’un roi qui « jouait » au jeune comédien. Qui est qui ? Qui manipule qui ? Qui est dans l’imaginaire de qui ? On se pose la question, mais on est déjà trop perdu pour chercher la réponse.


Vous l’aurez compris, cette pièce est une suite de rebondissements et de surprises. Elle est servie par une mise en scène originale, légèrement chorégraphiée. Elle agit comme un coup de dépoussiérant sur le xviie siècle. C’est un réel plaisir d’entendre Louis XIV et Molière utiliser le franc-parler d’aujourd’hui. Les costumes sont sobres et s’inversent aussi facilement que les personnages.


Pour réussir ce pari, il fallait d’excellents comédiens. C’est le cas. Benoît Solès et Roger Miremont passent d’un personnage à l’autre en un mouvement du visage et nous emportent dans ce tourbillon. Humour et autodérision sont leurs maîtres mots et nous rions de bon cœur.


Malheureusement, trop de surprises tuent la surprise. Le texte oscille entre coups d’éclat et coups « à plat », qui donnent à la pièce un effet « soufflet ». Le texte est souvent trop dense et le spectateur peut facilement perdre le fil. Les explications entre les personnages sont parfois longues et nous font décrocher. Il n’était pas rare d’entendre les gens se retourner dans leur fauteuil aux moments les plus creux.


Les personnages virevoltent, les idées fusent, mais nous nous envolons aussi un peu trop souvent. Ce sont les comédiens qui, par leur énergie et leur talent, nous rattrapent au vol, avant que nous ne soyons trop loin… dans « notre » imaginaire… 


Anne-Laure Fournier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Molière imaginaire, d’Yvan Varco et Jean-Michel Beriat

Mise en scène : Roger Louret

Avec : Roger Miremont et Benoît Solès

www.moliere-academie.com

Théâtre des Mathurins • 36, rue des Mathurins • Paris VIIIe

Réservations : 01 42 65 90 00

À partir du 9 octobre 2007, du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 17 h 30

Durée : 1 h 30

Plein tarif 34 € | 24 € | 15 € | Groupes 20 € | Tarif réduit 15 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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