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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 15:41

Incursion douce-amère au cœur

de la féminité

 

« Un jour seront là la jeune fille et la femme dont le nom ne marquera plus seulement l’opposition au masculin et aura une signification propre, qui n’évoquera ni complément ni frontière, simplement vie et existence : l’être humain dans sa féminité. » C’est à partir de ces vers de Rainer Maria Rilke que Cristina Comencini a écrit « Jeux doubles », une comédie grinçante où huit femmes, à travers deux époques différentes, nous entraînent au cœur de l’âme et du corps au féminin. Une exploration où, derrière l’apparente légèreté, se dissimulent les doutes, les peurs, les questionnements, et ce sentiment de solitude inhérent à tout être humain.

 

La pièce se décompose en deux instantanés. Dans le premier, quatre amies, comme chaque jeudi, se réunissent pour une partie de cartes pendant que leurs filles jouent ensemble dans la pièce d’à côté. On est au début des années soixante, à une époque où la vie d’une femme est avant tout celle d’une épouse et d’une mère – une époque où il n’est pas facile d’être vue pour ce que l’on est, sauf peut-être, justement dans ces moments-là, « entre femmes ». Oh, ne croyez pas qu’il y soit question de révolution ni même de revendications féministes. Juste de confidences, d’échanges banals, où chacune parle de son quotidien, ses renoncements, sa manière à elle d’exister dans l’espace qui lui est octroyé.


Second instantané : les quatre filles se retrouvent à l’occasion de l’enterrement de la mère d’une d’entre elles. Elles sont médecin, pianiste, etc. À l’âge de leurs mères autrefois, aucune d’elles n’a encore d’enfant. Certaines en veulent, d’autres pas. Quelle est leur part dans leurs choix ? Celle de la société ? De l’héritage maternel ? Vers où conduit cette évolution ?


jeux-doubles-web.jpg

« Jeux doubles » | © C. Ganet


Bien sûr, Cristina Comencini n’apporte pas de réponses. Elle préfère illustrer, poser des questions. Nous faire réfléchir, l’air de rien, sans lourdeur ni visée didactique. Car, même s’il y a beaucoup de mots, il ne s’agit pas d’un théâtre bavard. Ici, le non-dit compte plus que le dit, et comme dans la vie, le superficiel et le trivial servent surtout à dissimuler l’essentiel.


Claudia Stavisky l’a bien compris, et le souligne avec une belle clarté, grâce à une mise en scène qui s’appuie en grande partie sur la disponibilité des corps et la vivacité des déplacements. Ainsi, en mettant un disque pour se trémousser dessus en silence, Sofia (interprétée par Luce Mouchel, fabuleuse) parvient à exprimer à la fois son envie de faire taire l’autre, son exaspération face à la condition féminine et l’ardeur de sa sensualité. On regrette juste que les moments d’accalmie ne soient pas plus nombreux, pour venir en contrepoint, mais aussi, peut-être, permettre plus de chaleur entre les personnages.


Car à se couper sans cesse la parole, à se répondre sans s’écouter vraiment, ces femmes donnent parfois l’impression d’une certaine indifférence. Si leurs gestes ou leurs mots, surtout dans la seconde partie, révèlent l’amitié qui les lie, la rapidité avec laquelle elles se détournent de l’autre pour revenir à elles-mêmes empêche parfois de croire à la profondeur de leurs sentiments. Certes, on ne s’ennuie jamais et on sourit beaucoup, mais prendre le temps de vrais pleurs ou de vrais instants de tendresse apporterait une note supplémentaire d’humanité à cette comédie douce-amère. 


Patricia Lavigne

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Jeux doubles, de Cristina Comencini

Texte français : Jean Baisnée

Mise en scène : Claudia Stavisky, assistée de Marjorie Évesque

Avec : Ana Benito, Marie-Armelle Deguy, Corinne Jaber, Luce Mouchel et Jean Picquet

Décors : Christian Fenouillat, assisté de Catherine Floriet

Costumes : Agostino Cavalca

Lumières : Franck Thévenon

Son : André Serré

Vidéo : Laurent Langlois

Chorégraphie et danse : Nina Dipla

Théâtre des Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

Réservations : 04 72 77 40 00

courrier@celestins-lyon.org

Du 4 au 27 octobre 2007 à 20 heures, dimanche à 16 heures

Relâche le lundi

Durée : 1 h 30

15 € à 32 € | 13,50 € à 29 € | 7,50 € à 16 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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