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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 23:23

Déméter ou la colère d’une mère :

que les dieux se compliquent l’existence !

 

Le Théâtre de la Vieille-Grille, à l’angle de la Mosquée de Paris, a une nouvelle fois été l’escale atemporelle de la conteuse Karyn Mazel-Noury venue avec David Kpossou, son complice musicien, pour que revive le mythe de Déméter, cette déesse grecque incarnant de la terre nourricière. Ce récit adapté des « Hymnes homériques » permet un retour aux sources cosmogoniques des saisons, mais illustre également toute la complexité contemporaine liée au statut de la femme, à ses combats, à sa légitimité.

 

demeter2-web.jpg

Sœur de Zeus et mère de leur fille, Déméter est cette déesse qui engendre abondance et jouissance, prospérité et subsistance pour l’espèce humaine. Elle n’offre pas seulement le blé qui nourrit, mais aussi le pain qui civilise. Elle a ainsi permis aux hommes nomades de se sédentariser en développant l’agriculture.

 

Cependant, dès qu’elle apprend la disparition, puis l’enlèvement de sa fille Perséphone, par Hadès le frère de Zeus, son chagrin alimentera sa détermination à ne plus répondre à ses obligations tant que sa belle enfant ne lui sera pas rendue. La menace de la famine pour les hommes va contraindre Zeus à trouver un arrangement avec Hadès par l’intermédiaire d’Hermès. Perséphone pourra revenir auprès de sa mère, mais selon certaines conditions…

 

Belle déesse que cette conteuse qui sait nous emmener au cœur de la Grèce antique dès les premiers mots. Il y a d’abord ce blanc immaculé d’un drap tout plissé, aux ombres hétérogènes, qui couvre tout l’espace scénique, laissant deviner ici et là de petits monticules tout proches de l’arbre aux branches forgées : monochrome évanescent à peine modelé, que vient déjà rejoindre la conteuse incarnée en vermillon.

 

L’arbre ébène aux feuilles tactiles musicales est immédiatement présenté, en hommage à celui qui lui a permis de nous raconter le combat de Déméter pour ne pas se soumettre à l’extravagant complot qu’avaient concocté Zeus et Hadès. « Parce que Homère s’accompagnait d’une lyre, un arbre-lyre vous accompagnera dans le récit ». Et le conte commence, par une journée ensoleillée, dans de beaux jardins où, en toute innocence, une jeune fille et des Océanides s’adonnent au plaisir de la cueillette de fleurs. Déjà, la scène dépouillée s’habille d’ombres et de lumières terrestres, puis devient tour à tour vaste univers, palais du soleil, Olympe ou royaume des morts.

 

Karyn Mazel-Noury donne à vivre l’hymne homérique avec un souffle, une émotion, une rage qui emportent loin. Zeus, Hélios, Hécate, Hermès, Perséphone, Hadès, elle parvient à incarner chacun. Le dire, celui de sa narration, sa geste, ses mots en modulation sur les notes de quelques instruments traditionnels comme le gatam ou l’harmonica favorisent cet envol, et le rythme de cette prestation tient le spectateur en écoute comme en imaginaire.

 

Étrange sensation que celle d’avoir l’impression de voir se profiler les hautes colonnes du palais du roi Kélios, où Déméter, métamorphosée en une vieille nourrice du nom de Doso, est accueillie pour s’occuper de leur dernier fils, auquel elle ne pourra cependant lui donner l’immortalité. Déjà les paroles s’élèvent en grec ancien, reprennent les dires entendus en français. L’écho guttural de cette langue ravivée est démultiplié et les flammes des torches que l’on imagine vibrent d’un souffle neuf. L’espace est pluriel et les dimensions se chevauchent, se relancent, s’accompagnent, se répondent.

 

demeter1-web.jpgLa voix, les voix tiennent le fil. Et les ponctuations de grec ancien sur de hauts épisodes s’inscrivent en complète harmonie dans le récit ici rapporté. De temps à autre, la musique, d’abord en sourdine, résonne en accord avec la parole, dédouble la voix, fait entendre la chamade d’un cœur qui souffre, mais aussi rythme autrement les mots dits, les délie de leurs normes langagières et les délivre pour que la parole s’envole encore. Tout fusionne et l’auditeur se concentre encore sur ce que les mots engendrent comme situations, comme images. Tout défile, se libère, s’étire, ébauche de surprenants univers, dessine de nouveaux échanges. « Voir » par l’écoute, n’est-ce pas rare ?

 

D’autant plus que Karyn Mazel-Noury ne tombe pas dans le piège du dire à tout va, où l’exagération discréditerait le message. En effet, lorsqu’il s’agit de donner aux personnages l’entière dimension à leur emportement, elle ne s’emporte pas, n’endosse en aucune façon ce rôle, mais le raconte, en observatrice fine, dans l’intimité de la famille de spectateurs réunie ce soir-là à la Vieille-Grille.

 

Karyn Mazel-Noury, une conteuse à suivre de près, dans ses vagabondages de théâtres en petites salles : son sillage n’a pas fini de semer de belles étoiles dans les regards hypnotisés, comme d’incroyables sourires à la seule évocation de ses représentations ! 

 

Cynna

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Déméter ou la colère d’une mère, conte de Karyn Mazel-Noury

Karyn Mazel-Noury • 33, rue Victor-Hugo • 78700 Conflans-Sainte-Honorine

01 39 19 91 80

nourymazel@free.fr

http://www.zanzibart.com/karyn/accueil.htm

Récit : Karyn Mazel-Noury

Création sonore : David Kpossou

Diffusion : Karyn Mazel-Noury

Théâtre de la Vieille-Grille • 1, rue du Puits-de-l’Ermite • 75005 Paris

Métro : Place-Monge

Réservations uniquement par téléphone : 01 47 07 22 11

Programmation : http://vieille.grille.free.fr/program.htm

vieille.grille@free.fr

Le dimanche 16 septembre à 20 h 30

Durée : 50 minutes

16 € | 11 € | 7,70 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

mazel noury 27/09/2007 21:11

Bonjour,Un grand merci pour cet article pour le moins élogieux ... et pour ne pas s'arrêter en si bon chemin, nous vous informons que ce spectacle sera rejoué les 16 mars et 20 avril sur la même scène du Théâtre de la Vieille Grille.Cordialement Karyn Mazel-Noury

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