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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 15:31

Un coup au plexus solaire

 

Faut-il être malheureux pour être un artiste ? À cette question Anne-Marie Cellier tente de répondre par l’écriture et la mise en scène du spectacle « Vincent ou l’Âme bleue ». La scène est nue, un décor sobre proche du théâtre asiatique. Tout comme au théâtre nô, nous allons assister au destin d’une âme. Une âme traversée par un désir de reconnaissance, condition sine qua non à un bien-être humain.

 

Ce bien-être, Vincent Van Gogh n’y a pas droit. Tel un animal assoiffé, il recherche cette reconnaissance, cette eau, source de vie. Il la mendie auprès de sa mère, auprès des femmes, auprès de ses contemporains. Mais toutes les sources sont taries. La jalousie remplace l’amour, le désir de vengeance se substitue à la piété filiale. Anne-Marie Cellier nous emmène au centre de l’âme humaine, où tout se joue. Le poids d’un prénom porté par un frère mort peut fait chavirer le fragile équilibre qu’est la raison. Nous assistons impuissants à la chute de Vincent. Vincent pleure. Vincent crie. Vincent peint.

 

La souffrance et la folie sont-elles la source du génie, ou ne sont-elles que handicaps ? Sont-elles entraves ou carburant ? La recherche de ce bleu, où couleurs et lumières s’entremêlent, est-elle solution apaisante ? Ou bien est-elle la cause d’une solitude dévorante, qui jour après jour façonne la folie ? Ni les monologues de Van Gogh, joué par Mathieu Lané, ni les dialogues avec Elle, interprétée par Lætitia Bégou, ne nous fournissent d’indices pour répondre à ces questions.

 

 

Le spectateur occidental tout comme son frère japonais n’a aucune intrigue à laquelle il peut s’accrocher. Seule la vie du peintre nous guide, tel un fil d’Ariane. Impuissants nous sommes, impuissants nous restons, victimes d’un trop-plein de désespoir. Dès les premières secondes du spectacle, tel un coup de poing dans le plexus solaire, ce désespoir nous fait perdre le souffle. Seule la voix off du poète hollandais Rutger Kopland nous offre une bouffée d’oxygène. Les minutes passent et nous nous asphyxions. Plus le temps s’écoule, plus le spectateur se protège de ce déferlement de douleurs et de cris. Il se laisse de moins en moins toucher.

 

L’engagement physique et la diction parfaite de Mathieu Lané, qui nous ont charmés dès son entrée, deviennent répétitifs. La respiration saccadée du comédien, épuisé par tant d’efforts, donne un rythme invariable qui lasse. De fou, Van Gogh devient surexcité. La créativité du génie passe au second plan. Le spectateur ne voit plus qu’un pantin agité de soubresauts. Une direction d’acteur plus avisée, couplée à une plus grande variété de tableaux, n’auraient pas banalisé la puissance d’évocation exceptionnelle de Mathieu Lané. La théâtralité en aurait bénéficié.

 

Car, malheureusement, d’empathique, le spectateur devient hermétique. Et il est fort dommage que nous ne puissions goûter jusqu’au bout la beauté du texte. Seule la première demi-heure enchante pleinement. 

 

Franck Lavigne

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Vincent ou l’Âme bleue, d’Anne-Marie Cellier

Les Bouffons du soleil • Les Loubatières • 30125 Saumane

04 66 83 92 62 | 06 89 14 50 80

paul@starosta.fr

www.paulstarosta.com

Mise en scène : Anne-Marie Cellier

Avec : Mathieu Lané, Lætitia Bégou, Lionel Astier, José Devron, Rutger Kopland

Création musicale : Frédéric Cellier

Création lumière : Maurice Fouilhé

Théâtre Mistral • 35 bis, rue d’Annanelle • Avignon

Réservations : 04 90 86 08 56

Du 6 au 28 juillet 2007 à 17 heures

Durée : 1 heure

13 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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