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19 septembre 2007 3 19 /09 /septembre /2007 23:00

« Fallait pas descendre »


Par Catherine Hendrick

Les Trois Coups.com


« Fallait pas descendre »… Comme une réplique d’un film de Michel Audiard : c’est le refrain de cette allégorie sur la condition sociale des « marginaux », disséquée magistralement par Stephan Wojtowicz (molière 2006 pour « la Sainte Catherine »)…

Rencontre improbable entre un trio de forains et deux personnages égarés, venus se réfugier près de leur caravane le temps d’une nuit noire, dans un subtil renversement des genres, qui démontre une fois de plus que l’habit ne fait pas le moine. Les dialogues sont ciselés, le réalisme assumé, jusqu’aux aboiements du chien (pardon, de la chienne…) : « Dragonne, ta gueule » !

forains-leroux-web.jpgFace à l’hypocrite et fausse urbanité d’Olivier (Matthieu Rozé), qui se révèle un fieffé salaud, très beauf dès qu’il a un coup dans le nez, ce n’est peut-être pas le fruste Nono (Didier Brice) qui est le plus primaire. Il a beau répéter en boucle d’une voix avinée qu’« elle est belle, Hélène » et lui tourner autour avec l’obstination du poivrot, il se révélera un attachant escogriffe, poète rotant ses mots d’amour, et ne touchera pas un seul des cheveux de la belle. Celle-ci (Aliénor Marcadé-Séchan), naïve boboïsante, découvre que l’aventure simple et crue des relations humaines n’a rien à voir avec son désir de recentrage « new age »…

Nous comptons les wagons avec l’impressionnant Eddie (Maxime Leroux). Nous comptons aussi sur lui pour régler les conflits et faire taire le chien. Et quand la généreuse Jackie (Nathalie Cerda), infatigable gardienne de ce troupeau disparate, vient le consoler de ce que plus aucun train ne passe, nous compatissons à la tendresse désespérée qui les unit…

Nous sommes vraiment émus par ces personnages qui s’appliquent à croire en leur destin… difficile partition à jouer pour les comédiens. Une interprétation sur le fil, entre caricature et psychologie, mise en valeur par le très beau travail de Panchika Velez à la mise en scène.

Une nuance à mon enthousiasme : le titre les Forains, renforcé par une affiche représentant un imposant tatouage, m’avait laissé imaginer les cris, la poussière, les mouvements de foule, les odeurs de sueur et de sucre chaud. J’ai donc été surprise, même si j’ai bien compris qu’il s’agissait là de l’envers du décor, par le choix souligné du réalisme et de la morale politique…

Le conflit entre les « socialisés » du dehors et les « asociaux » du dedans reste en fait un leurre en comparaison du formidable conflit interne au trio de forains, qui puise sa force dans leur enfermement et fonde leur improbable « liberté ».

C’est le leitmotiv envoûtant de ce spectacle qui, depuis quelques jours, m’accompagne… preuve qu’il a atteint sa cible. Bravo. 

Catherine Hendrick


Les Forains, de Stephan Wojtowicz

Par Arguia Théâtre

Mise en scène : Panchika Velez

Avec : Didier Brice, Nathalie Cerdà, Maxime Leroux, Aliénor Marcadé-Séchan et Matthieu Rozé

Assistant à la mise en scène : Aurélien Chaussade

Son et musique : Michel Winogradoff

Décors : Claude Plet

Lumière : Philippe Lacombe

Costumes : Marie-Christine Franc

Régie générale : Thomas Bordelais

Texte publié aux éditions de l’Amandier

1 h 40 sans entracte

Théâtre 13 • 103A, boulevard Auguste-Blanqui • 75013 Paris

Réservations : 01 45 88 62 22

(du lundi au samedi de 14 h à 18 h 30,

le dimanche de 13 h 30 à 14 h 30)

Représentations du 4 septembre au 14 octobre 2007,

les mardi, mercredi, vendredi à 20 h 30,

les jeudi et samedi à 19 h 30, le dimanche à 15 h 30

Prix des places : 22 € ; tarif réduit 15 €

(le 13 de chaque mois, tarif unique à 13 €)

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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