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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 10:17

Le testament de Zorro : quand Zorro

se venge !

 

Estelle Gapp, jeune metteuse en scène de la compagnie Les Balbucioles a toujours été passionnée par les mots fort goûteux de l’écrivain Henri-Frédéric Blanc. Elle a choisi de l’adapter pour la deuxième fois et offre un magnifique « Testament de Zorro » aux spectateurs curieux de leur époque ; prouesse à saluer pour la qualité du jeu scénique et de l’interprétation. Après un beau succès d’estime durant le Festival de Paris au mois d’août, le Théâtre Tallia a décidé de commencer sa rentrée avec ce petit bijou de création et c’est là un véritable cadeau !

 

Zorroaffiche-web.jpgAtmosphère intimiste dans la petite salle du Théâtre Tallia : un drap, une baignoire avec son résident endormi et un voilage sensible à la moindre inspiration. La nuit peut reprendre ses droits. Ce serait sans compter le défilé d’images ensoleillées sur fond d’éclats de rire appartenant à la mémoire d’un vieil acteur qui divague depuis sa baignoire, étrange radeau immaculé en dérive sur le fil de ses souvenirs d’avant le naufrage.


On achève bien les chevaux, comment opère-t-on pour les artistes ayant fait leur temps, les acteurs dépassés ? Tout s’anime et le ranime. Celui qui a été Zorro de toute son âme sort de l’ombre une dernière fois, malgré les « outrages du temps » et les « outrances de rage ». Son ultime combat ? Pourfendre l’injustice et dénoncer la perfidie des calculs intéressés de la société compromise. Quelques accalmies s’inviteront le temps d’un possible mirage nommé Katalin. Cette muse onirique fut en effet son « coup de réalité » dans tous ses « coups de théâtre » joués avec ferveur, et pourtant si rapidement déjoués par les mesquineries de la petitesse humaine.


Adapter une pièce sans trahir le texte de référence n’est pas aisé, et l’exercice de style peut vite devenir périlleux lorsqu’il s’agit de donner à vivre un monologue dialogué. Ainsi, il faut être habitée comme Estelle Gapp pour animer des mots qui sont déjà si vibrants. En effet, faire se côtoyer, sans aucune redondance avec le dire, des images projetées, des notes cristallines et des figures de danse au ralenti participe d’une maîtrise de la mise en scène particulièrement rare.


Merci donc à cette magicienne, qui a su créer une alchimie merveilleuse que l’on pourrait retrouver dans les brumes poudrées d’un David Hamilton intemporel. Car voilà : l’ensorcellement dure, et il est surprenant de constater que plus tard, plus loin, le jeu scénique que l’on se repasse en mémoire expose de nouveaux niveaux de lecture, révèle en pointillés d’autres subtilités que l’on a plaisir à savourer, encore.


Chapeau bas à Jean-Pierre de Lavarene, qui réussit à dompter un texte si contrasté. Avec panache, il module emphase et ironie, jusqu’au moindre détail mesquin, qui engendre le rire complice. L’ennui n’est pas de mise ! Impossible ! Le « démasqueur masqué » déclame, éructe, raconte, oublie, explique, se souvient, rêve à demi, revit ses drames, mais espère encore et toujours. Les situations s’esquissent et se vivent tour à tour, dans une fabuleuse mise en abyme habilement orchestrée. Ce vieux comédien abandonné sur sa voie de garage comme à ses voix sans sevrage entraîne le spectateur, avec fougue et douceur savamment mêlées, au cœur des faux-semblants.


Le regard bascule alors dans le miroir incisif de la société, qui ne cesse d’entretenir les frustrations et les fourberies des calculateurs aigris et patentés. La gravité des propos est relevée par la grâce aérienne de Coralie Bonnemaiso, une Katalin inondant d’arabesques légères et de boucles d’air évanescentes les cloisons poreuses d’une mémoire meurtrie, qui se défait de ses dernières ombres avant de rejoindre les limbes de l’oubli. Un peu de beauté et d’éternité dans ce monde de brutes, quelles bouffées d’oxygène !


Incontestablement un joyau de théâtralité, qui n’a pas fini de faire parler de lui ! À voir et à revoir, ça aide à garder espoir et ça, ça fait du bien ! 


Cynna

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Testament de Zorro, comédie noire de Henri-Frédéric Blanc

Compagnie Les Balbucioles • 20, rue du Maréchal-Juin • 94700 Maison-Alfort

06 64 43 65 50

contact@lesbalbucioles.com

Adaptation et mise en scène : Estelle Gapp

Avec : Jean-Pierre de Lavarene et Coralie Bonnemaiso

Création visuelle : Isabelle Lassalle

Diffusion : Estelle Gapp

Théâtre Tallia • 40, rue de la Colonie • Paris XIIIe

Métro Tolbiac ou Corvisart ou Place-d’Italie

Réservations : 01 45 80 60 90

ou www.tallia.fr ou www.lesbalbucioles.com

Du 9 au 23 septembre 2007

Les mardis 11 et 18, les mercredi 12 et 19 septembre 2007 à 20 heures, les dimanches 9, 16 et 23 septembre 2007 à 18 heures

Durée : 1 heure

16 € | 10 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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