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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 17:49

Plaisir des yeux et des oreilles


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Écrit en 1763, « le Malade imaginaire » est la dernière pièce de Molière. Il s’y était réservé le rôle-titre, celui d’Argan. Il mourra après la quatrième représentation. Troublante prémonition ? Sur le beau plateau du Théâtre du Chêne-Noir, le Kronope tente de moderniser la pièce pour l’adapter aux spectateurs de notre époque. Tentative parfaitement réussie, je dois dire.

maladeimaginaire-web.jpgArgan est « un homme incommode à tout le monde, de mauvaise humeur, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours ». On ne peut rêver meilleure description de cet hypocondriaque. Le portrait reste douloureusement actuel. Toutefois, en 2007, on dirait beaucoup plus lapidairement : « C’est un chieur ! ».

Le problème, avec ces gens-là, c’est que, non contents de se pourrir la vie, ils pourrissent aussi celle des autres et, notamment, celle de leur entourage. C’est le cas dans le Malade imaginaire, où Argan prétend en outre régner sur les cœurs. Il décide ainsi de marier sa fille Angélique à un médecin, qui, espère-t-il, sera aux petits soins pour lui, à domicile. Joindre l’utile à l’agréable ou comment faire d’une pierre deux coups ! C’est ce que j’appelle de l’égoïsme bien compris. Mais Toinette, servante au cœur d’or et à la langue bien pendue, veille au grain de l’amour…

La difficulté de cette pièce, comme de beaucoup de classiques, c’est de dépoussiérer les scories afférentes au xviie siècle pour que l’œuvre nous concerne ici et maintenant. C’est, précisément, ce qu’a tenté et réussi haut la main Guy Simon. Le rythme de la mise en scène, d’abord, est enlevé, pétillant, et ne nous laisse aucun répit, ne permet aucune bulle d’ennui. De même, l’intégration de la vidéo – qui pallie trop souvent un manque de confiance dans le texte ou une imagination défaillante – est ici totalement justifiée et se glisse naturellement dans les draps de l’action dramatique. Le jeu, ensuite, fondé sur la bouffonnerie et le masque, fait feu de tout cuir et de tout corps. Je trouve aussi un bel aspect pictural à ce Malade par la façon d’occuper l’espace, par les décors inventifs (ah, quelle belle idée que ce lit-maison !) et les costumes somptueux – marque de fabrique du Kronope. Les musiques pertinentes ajoutent enfin au plaisir des yeux celui des oreilles.

Quant à l’interprétation elle-même, c’est un régal, car les comédiens s’amusent tous comme des fous. Guy Simon interprète avec beaucoup de saveur un tyran domestique, qu’il réussit à nous rendre attachant malgré tout. Joëlle Richetta impose élégamment une Toinette tout en rondeurs, tout en séduction et tout en malice. La jolie Anaïs Richetta est très étonnante en Angélique, mais surtout en Béline, qu’elle croque à pleines dents gracieuses en une stupéfiante marâtre. Martine Baudry et Jérôme Simon ne sont pas en reste et composent une galerie de comparses truculents avec maestria. 

Vincent Cambier


Le Malade imaginaire, d’après Molière

Théâtre du Kronope • 10, route de Lyon • impasse Favot • Avignon

04 90 27 14 31 | télécopie : 04 90 85 93 50

Contact Festival : Damien Baillet 06 74 78 37 35

kronope@club-internet.fr

www.kronope.com

Adaptation et mise en scène : Guy Simon

Assistante à la mise en scène : Joëlle Richetta

Avec : Martine Baudry, Joëlle Richetta, Anaïs Richetta, Guy Simon, Jérôme Simon

Création musicale : Fødør

Création et réalisation de masques et accessoires : Martine Baudry

Création costumes : Laura Tavernier et Joëlle Richetta

Réalisation costumes : Laura Tavernier, assistée d’Aline Pichon

Stagiaires-assistantes costumes : Séverine Didier, Alexia Lanchon, Gaëlle Jacquin, Sonia Pautas, Justine Fectay, Sandra Lopez, Johanna Bontemps

Décors : Jacques Brossier

Création lumière : Jean-Claude Delacour et Fødør

Création visuelle : Vivien Simon

Diffusion : Bérangère Daris

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • Avignon

Réservations : 04 90 82 40 57

Du 6 au 28 juillet 2007 à 14 heures

Durée : 1 h 30

20 € | 14 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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