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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 22:30

Une merveilleuse « Cantatrice chauve »

 

Il est toujours difficile d’apporter du nouveau lorsqu’on monte un classique. Cette pièce a été de si nombreuses fois jouée depuis 1950 (plus de 20 000 fois rien qu’au Théâtre de la Huchette à Paris), que l’on pourrait même se demander si elle a sa place au Off d’Avignon. Gérard Col, qui œuvre depuis de nombreuses années au Théâtre de la Citadelle, à Bourg-en-Bresse, assure que oui. Il relève le défi.

 

Aller voir la Cantatrice chauve, c’est prendre rendez-vous avec un genre théâtral qui a fait l’effet d’un ovni dans les années 1950 : le théâtre de l’absurde. À ses débuts, les critiques l’ont qualifiée d’antipièce. André Breton, Armand Salacrou, Raymond Queneau, Jacques Audiberti, Albert Camus l’ont soutenue. Elle est toujours d’actualité. Ionesco était en avance.

 

Les mises en scène contemporaines de cette pièce nous ont habitués à des décors et des costumes excentriques. Gérard Col se passe de canard en plastique ou de chapeaux enguirlandés pour mettre en valeur l’extravagance britannique, ou la folie d’Ionesco. L’originalité de la mise en scène se trouve ailleurs. Gérard Col se concentre sur le texte. Tous les comédiens sont habillés de noir. Le décor du salon bourgeois est également sobre. L’espace scénique principal se veut délimité par un carré. Les couples Smith et Martin restent continuellement sur le plateau. Ils sont acteurs principaux ou secondaires de la scène. Même le pompier se fait régisseur visible du public.

 

cantatrice-chauve-web.jpg

 

Le danger de ce choix de mise en scène se trouve dans les échanges de regards entre comédiens. Les personnages extérieurs à l’action principale peuvent s’y trouver amenés malgré eux. Cependant le metteur en scène fait entièrement confiance à sa troupe. Cette confiance est parfaitement justifiée. Par leur énergie, la recherche d’une diction parfaite, une chorégraphie des déplacements parfaitement exécutée, les acteurs nous permettent d’avoir accès aux joies de l’absurde. Les spectateurs sont pris de crises de rire.

 

Mais au-delà des non-sens, les comédiens reflètent les difficultés de communication que nous rencontrons dans nos relations sociales, ou matrimoniales. Même si nous veillons à être compris, nous ne pouvons être certains que notre parole ne sera pas interprétée à notre insu. Et nos explications ou clarifications peuvent aussi bien simplifier qu’accentuer le problème.

 

Si notre langue française peut parfois nous trahir, elle peut également nous réjouir. Ionesco, relayé magistralement par Gérard Col, nous invite à en explorer toutes les richesses comiques, qu’elles soient phonétiques, rythmiques ou grammaticales. Ce spectacle du Théâtre de la Citadelle permet à chacun de découvrir ou de redécouvrir cette merveille qu’est la Cantatrice chauve

 

Franck Lavigne

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Cantatrice chauve, d’Eugène Ionesco

Théâtre de la Citadelle • 3, rue de la Citadelle • 01000 Bourg-en-Bresse

04 74 32 69 76

www.theatredelacitadelle.com

administration@theatredelacitadelle.com

Mise en scène : Gérard Col

Comédiens :

Mr Smith : Pierre Esposito

Mme Smith : Valérie Guillon

Mr Martin : Matthieu Loos

Mme Martin : Aurélie Girodon

La bonne Mary : Julie Doyelle

Le pompier : Thierry Bianchi

Mise en son : Joël Grizeau

Scénographie et graphisme : Michel Suret-Canale

Théâtre des Corps-Saints • 76, place des Corps-Saints • Avignon

Réservations : 04 90 16 07 50

Du 6 au 28 juillet 2007 à 15 h 30

Durée : 1 h 5

13 € | 9 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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