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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 17:29

Une efficacité dramatique redoutable


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Un nouveau théâtre est né à Avignon. C’est Le Verbe fou, dédié avant tout, comme son nom l’indique, au texte. Le Théâtre littéraire de la Clarencière, de Fabienne Govaerts, y présente un classique du théâtre du xxe siècle, « la Leçon », d’Eugène Ionesco. Grâce à une mise en scène intelligente et des comédiens excellents, j’ai pu me régaler d’un petit bijou d’efficacité dramatique, durant ce Off 2007 d’Avignon.

Au départ, il s’agit d’une situation banale. Une élève vient prendre sa première leçon particulière auprès d’un professeur privé. L’Élève (1) est fraîche, enjouée, « motivée », comme on dirait maintenant. Le Professeur (1) est timide, maladroit, sanglé dans sa blouse grise, un peu obséquieux et fuyant. Pas vraiment franc du collier, voyez.

On se dit, imperceptiblement, que le cours ne va pas forcément être un long fleuve tranquille. Le pire n’est jamais sûr, dit-on. La suite des évènements démontrera le contraire.

lecon-web.jpg

« la Leçon » | © Marc Weideman

Le grand danger de la Leçon, c’est que cette pièce a été maintes et maintes fois représentée, dans des mises en scène très différentes l’une de l’autre. Bernard Lefrancq l’a parfaitement compris. C’est ainsi qu’il fait brillamment ressortir la dimension humoristique et absurde de la pièce, sans négliger pour autant son soubassement tragique.

Il a, en outre, l’intelligence de ne pas « la ramener », de faire totalement confiance au texte d’Ionesco – d’une efficacité dramatique redoutable – et de se concentrer sur la direction d’acteurs.

À cet égard, Philippe Sassoye et Frédérique Panadero sont parfaits. Lui construit subtilement son personnage – cette figure terrifiante du pouvoir. Et en révèle, avec un art consommé de la progression, toutes les pulsions sadiques et criminelles, comme une évidence. De son côté, la comédienne apporte une présence charnelle et une touche de sensualité à l’Élève. Elle invente par ailleurs une petite peste d’une fraîcheur bienvenue. Et griffe la peau de son rôle d’une entaille de fascination hypnotisée par la soumission. 

Vincent Cambier


(1) Je mets une capitale à Élève et Professeur, car il est évident qu’Ionesco les utilise comme des archétypes.


La Leçon, d’Eugène Ionesco

Création saison 2006-2007

Théâtre littéraire de la Clarencière • rue du Belvédère 20
1050 Bruxelles

+32 (0)2 640 46 70

fabienne.govaerts@skynet.be

www.laclarenciere.be

Mise en scène : Bernard Lefrancq

Avec : Frédérique Panadero et Philippe Sassoye

Le Verbe fou • 95, rue des Infirmières • Avignon

Réservations : 04 90 85 29 90

Du 7 au 28 juillet 2007 à 20 heures

Durée : 1 heure

14 € | 9 € | 6 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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