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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 22:49

Dilemme fort en thèmes

 

Le metteur en scène flamand Guy Cassiers, directeur du théâtre Toneelhuis à Anvers, a travaillé avec Tom Lanoye à l’écriture de « Mefisto » – en s’inspirant du roman pamphlétaire de Klaus Mann (le fils de Thomas) –, qui se situe dans les années 1936 en Allemagne.

 

mefisto1-web.jpgIl s’agit d’un texte original d’après l’œuvre romanesque – qui retrace les affres, les dilemmes et les arrangements de l’acteur, metteur en scène et directeur Kurt Köpler avant, pendant et après le nazisme. Une fable contemporaine sur l’intégrité et la trahison, la passion déçue et l’opportunisme récompensé.

 

Toute la pièce se déroule dans le théâtre, sur la scène du théâtre. On y croise l’histoire vraie des personnages du roman : un sympathique gauchiste, une vedette étrangère, un militant communiste, une tenancière de bar, un fasciste prolétaire, un général aviateur et « le Boiteux », ministre de la Propagande, figure lisible de Goëbbels, durant les répétitions d’Hamlet, de Faust, de la Cerisaie, de Richard III (superbe interprétation des scènes en néerlandais).

 

Grandeur et misère d’un théâtre, où les artistes sont « outils de propagande » en 1936, puis « ingénieurs de l’âme », à l’Est, après la guerre. Quelle position adopter ? Faut-il jouer ? Quel répertoire ? Pour qui ? Faut-il être partisan de l’art pour l’art ? Voila le dilemme. Certains décident de partir, d’autres choisissent de rester. Kurt Köpler mène le combat de l’intérieur. Le théâtre devient un bunker de résistance, où l’acteur parle à travers le personnage qu’il incarne. La scène devient l’arène où art et politique se combattent. (Étrange fascination des politiciens pour les acteurs et réciproquement.)

 

L’histoire impose sa progression dramatique. En première partie, les caméras suspendues aux cintres à l’aplomb des acteurs captent en plongée du plan large au plan serré les images reproduites et dimensionnées sur écran. En deuxième partie, les images suggèrent le grand parvis des ombres sur fond gris métal.

 

La mise en scène relève de la performance, de la profusion d’images et de sens. La distribution est puissante. Pour son interprétation de Kurt Köpler, Dirk Roofthooft a été sélectionné pour le Louis d’or – le prix de théâtre le plus prestigieux des Pays-Bas. Le discours de Goëbbels gagne en violence à mesure que son visage démultiplié envahit le fond de scène. En surimpression, est projetée par intermittence la scène jouée par les deux comédiennes exilées.

 

Le spectacle est un formidable manifeste d’un collectif d’artistes, où le jeu est en parfaite adéquation avec la technologie – le son, l’image, le graphisme –, au service d’une belle écriture scénique. La pièce s’achève sur l’incapacité de l’acteur à prononcer le moindre mot, dans le silence du théâtre. 

 

Manuel Touraille

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mefisto for ever, de Tom Lanoye

librement adapté de Mephisto, de Klaus Mann

Mise en scène : Guy Cassiers

Avec : Gilda De Bal, Josse De Pauw, Vic De Wachter, Abke Haring, Dirk Roofthooft, Stefan Perceval, ArianeVan Vliet, Katelijne Verbeke

Dramaturgie : Erwin Jans

Scénographie : Marc Warning

Lumières : Enrico Bagnoli

Décor sonore : Diederik De Cock

Vidéo : Arjen Klerkx

Costumes : Tim Van Steenbergen

Théâtre municipal • Avignon

Du 17 juillet 2007 au 24 juillet 2007 à 21 h 30

Relâche le 21 juillet

Durée : 3 heures, entracte compris

Spectacle en néerlandais surtitré en français

25 €, 20 €, 16 € et 13 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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