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29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 20:49

Un témoignage bouleversant

 

La compagnie Le Rugissement de la libellule (on garde en mémoire leur dernier spectacle « le Théâtre ambulant Chopalovitch ») est partie en 2005 de Nanterre, leur port d’attache, pour s’établir en résidence d’hiver à Novgorod, au cœur de la Russie d’aujourd’hui. De ce voyage, de cet échange culturel, de ces rencontres avec les habitants, de cette fascination pour la rapidité des métamorphoses politiques et sociales de l’ex-URSS, six comédiens confirmés ont réalisé une création collective, qu’ils présentent à l’espace Roseau à Avignon, où ils se sont ancrés en résidence (d’été !).

 

novgorod-web2.jpgLe thermomètre affiche 34° quand les portes du théâtre se ferment. La climatisation nous jette un froid sibérien mais bienvenu sur les épaules, les comédiens s’habillent, tournés vers l’extérieur de la scène, assis devant leur portant de costumes comme dans une loge. À l’école d’Ariane Mnouchkine, Farid Bentoumi, le metteur en scène, ne nous fera jamais oublier durant tout le spectacle, comme pour nuancer le pessimisme du propos, la frontière entre le personnage et le comédien, la représentation et la réalité.

 

Les chuchotements du public laissent la place au brouhaha d’une rue, d’où s’échappent quelques interpellations en russe. Un vieux monsieur, avec dans ses mains, pour toute richesse, ses médailles militaires fièrement arborées, nous conte l’histoire de sa jeunesse, de ses souffrances, mais aussi de ses amours et de ses joies partagées. Comment ne pas penser à Blaise Cendrars et sa Légende de Novgorod si ancienne et pourtant si vivante – à lire ces derniers jours la polémique lancée contre le poète dans les colonnes du Figaro littéraire… (Il est vrai que ce n’est pas d’hier que l’on reproche au poète de n’avoir fait que des voyages livresques !)

 

Ici, point de vers et de poésie du Transsibérien, des mots et des images qui respirent le vrai sans contradicteurs, de l’authentique à en frémir quand les thèmes des libertés sont abordées. Et déambulent successivement les hommes de l’ombre du KGB, les soldats embrigadés et corrompus, et – plus inquiétante – la vie quotidienne avec ses petits caïds des rues, son marché noir et ses dealers, ses trafics en tous genres, prostitution banalisée, vodka frelatée… Et puis encore les grands mafieux, promoteurs véreux, ceux que la presse nomme pègre internationale, qui sont non seulement respectés mais respectables puisqu’ils s’assoient à la table des représentants de nos pays occidentaux, capitalistes et démocratiques, libres, égaux et fraternels !

 

Qu’elles sont oppressantes ces scènes de foule, d’autobus bondés, de priorité des limousines sur les piétons ! Qu’elle est troublante la séquence du culte orthodoxe dans laquelle un prêtre, sous le prétexte honorable de préserver l’homme de l’individualisme, sert le pouvoir en place et développe le message patriotique de « l’âme russe » ! Qu’il est émouvant l’enfant prodigue, revenant de Paris, avec pour seul trésor et pour tout avenir une bouteille de champagne, et dans les yeux de ses congénères, jamais dupes, l’espoir d’une vie meilleure vers un autre ailleurs !

 

« À Moscou ! » Moscou, l’eldorado, mirage, illusion perdue des Trois Sœurs d’Anton Tchekhov. Ici ce n’est pas Moscou mais « À Saint-Petersbourg ! » que crie un personnage, même si dans son regard interrogateur l’espoir s’est assombri, le rêve s’estompe et « on ne se révolte pas parce que c’était le combat de nos parents et on a vu ce que nous a laissé la révolution »… Et Novgorod symboliserait alors le terminus de toute attente.

 

« Qu’est-ce que tu cherches ? » répètent en écho les comédiens à la fin de la pièce. Voilà une question qui interpelle les spectateurs quand les lumières de la salle se rallument. Public, qu’es-tu venu chercher dans cette grande fresque de la Russie d’aujourd’hui ? De quoi voyager, de quoi te faire peur, de quoi te consoler ?

 

Cette remarquable création, portée par de grands comédiens, formant un collectif homogène, nous éclaire sur bien des aspects de la vie de ce bout de continent à la dérive. Qu’avons-nous vu ? Un documentaire fouillé, une vision de l’Ouest, tant elle tend à stigmatiser tous les malheurs de ce peuple ? Une improvisation aboutie, un témoignage bouleversant sans aucun doute. Une pièce de théâtre… c’est beaucoup moins sûr.

 

Mais qu’importe puisque le spectacle est beau, et émouvant. Si vous désirez assister à une authentique création riche et engagée, ne vous posez pas de questions, laissez-vous emporter par les chants russes, et allez découvrir Novgorod-sortie est

 

Jean-Claude Delalondre

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Création 2007

Novgorod-sortie est

Création collective de la compagnie

Le Rugissement de la libellule • 1 bis, rue de Pongerville • 92000 Nanterre

01 42 78 29 32 | 06 74 53 45 15

contact@lerugissementdelalibellule.fr

www.lerugissementdelalibellule.fr

Mise en scène : Farid Bentoumi

Avec : Lorène Ehrmann, Laurent Labruyère, Héloïse Levain, Anaïs Maro, Nicolas Saint-Georges, Joséphine Serre

Lumières : Sergio Fernandes

Musique : Laurent Labruyère

Régie : Sergio Fernandes

Scénographie : Marion Rivolier

Son : Antoine Duris

Chargée de communication : Natacha Bernstein

Espace Roseau • 8, rue Pétramale • Avignon

Réservations : 04 90 25 96 05

Du 6 au 28 juillet 2007 à 15 h 45

Durée : 1 h 10

16 €, 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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