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21 juillet 2007 6 21 /07 /juillet /2007 19:57

Lutter pour que la mémoire ne meure pas

 

laboue-web.jpgLa pièce est décrite par l’auteur comme du théâtre documentaire, dans le but de témoigner, ou du moins de relayer le témoignage des survivants des camps nazis de concentration. Le témoin (une femme) raconte les épreuves qu’elle a dû endurer pour survivre, les étapes par lesquelles elle a dû passer, de l’être humain à l’animal, préoccupée uniquement par l’exigence de se nourrir… jusqu’à l’acte de suprême inhumanité auquel elle a été poussée par le désir de vivre, acte par lequel elle comprend que les nazis ont gagné… Mais n’en disons pas davantage, car ce moment est un des plus forts du spectacle.

 

Le désir de savoir de quoi on l’accuse, de quoi elle est coupable, le désir de comprendre l’autre, la kapo qui la maltraite, tout ça va peu à peu disparaître devant les gestes d’immédiate survie au milieu de la boue, du froid, du travail harassant et des tortures physiques. Ce qui disparaît aussi, c’est sa foi : ne plus prier, mais lutter. Lutter alors pour survivre, lutter encore aujourd’hui pour que la mémoire ne meure pas.

 

Seule en scène, la comédienne s’adresse au public comme à des gens venus lui rendre visite chez elle pour l’écouter. On passe successivement dans trois espaces-temps : 1º. Le temps d’ici, aujourd’hui, entre nous, où nous partageons avec elle le thé, l’attente d’un mari qui est en retard, son temps quotidien. 2º. Le passé proche, celui de sa sortie du camp, le temps des mots si difficiles à dire pour les survivants de l’horreur, sa rencontre avec l’homme qui deviendra son mari. 3º. Le passé lointain, le temps du camp de concentration.

 

On peut regretter que la mise en scène ne marque pas suffisamment ces trois espaces-temps : la lumière paraît prendre un parti au début du spectacle, celui d’isoler la comédienne dans un rond de lumière blafarde, debout, au centre du plateau, à son arrivée au camp, parti qu’elle abandonne par la suite. Seul le retour à la table marque ensuite le passage d’un espace-temps à l’autre. De même, une bande-son introduit le spectacle, puis n’est plus jamais utilisée.

 

Le style du texte de Manuel Pratt reste le même, très littéraire, presque trop bien écrit, et ne permet pas à la comédienne de changer vraiment de registre, entre récit objectif et jeu émouvant. Le problème, c’est que nous sommes moins émus qu’elle !…

 

Ce travail documentaire, pour avoir de louables intentions, n’est pas complètement convaincant du point de vue théâtral. 

 

Camille Vivante

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Boue, de Manuel Pratt

Compagnie aaat • 21, avenue Gazan • 06600 Antibes

04 93 34 59 56 | 06 03 81 26 24

info@aaatheatre.net

www.aaatheatre.net

Mise en scène : Manuel Pratt

Avec : Corinne Casabo

Photo : © Santini

L’Albatros • 29, rue des Teinturiers • Avignon

Réservations : 04 90 86 11 33

Du 6 au 28 juillet 2007 à 16 h 45

Durée : 1 h 15

13 € | 10 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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