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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« On croit qu’on vit parce qu’on s’agite »
Un voile blanc, suspendu, envahit l’espace : porte fragile entre deux êtres, un père et son fils. Un rectangle de mousse compacte blanche émerge du plateau. Un homme, aux cheveux parsemés de gris, en costume et cravate, lit le journal de son fils, absent de la scène. L’incompréhension réciproque, omniprésente, se fait l’écho de ces deux générations si différentes. Entre ces deux personnages, une lancinante confrontation, assez brutale, s’installe sans pour autant que le fils ne soit présent.
Ainsi, le père, lui-même en crise, face à l’adolescence de son fils, se questionne sur sa vie, sur son passé, sur ses erreurs, sur ce qu’il est devenu et celui qu’il désirait être. En devenant père, c’est le temps qui fait son œuvre, car le quotidien prends toujours le pas sur les rêves d’adolescent. Le père le sait, le fils l’ignore encore. De même que la crise post adolescente de ce quadragénaire l’entraîne vers l’« absence totale du sens des responsabilités ».
De son cri perçant, il hurle son désespoir. Il court, il tape, tape sur cette porte qui ne s’ouvre toujours pas. « On croit qu’on vit parce qu’on s’agite. » Il énonce l’horreur du conformisme et du quotidien. Le décor se disloque. La famille se déchire. Seul, le père reste, s’expliquant avec lui-même. « Le monde est un grand foutoir. »
Le texte, Made in dignity, de Brigitte Jacobs, est d’une forte originalité et d’une grande puissance. L’écriture féminine décrit, avec finesse, les troubles des hommes de la quarantaine. Made in dignity offre des moments jubilatoires notamment lorsque le père se moque des vêtements, du langage et de la musique de son fils, de cette « génération Pampers ». La scénographie, d’une étonnante sobriété, soutient, à merveille, le texte. Néanmoins, on peut regretter que le volume sonore de la voix du comédien soit un peu trop élévé, la colère à l’intérieur du texte se suffisant à elle-même. En revanche, la fragilité et les doutes du personnage sont beaucoup plus intéressants, me semble-t-il.
C’est, sans aucun doute, une belle réflexion sur les soixante-huitards, les hommes et l’éducation. ¶
Anaïs André-Acquier
Les Trois Coups
Made in dignity, de Brigitte Jacobs
Compagnie Euphoric Mouvance • maison des associations
rue Jean-Macé • 03700 Bellerive-sur-Allier
04 70 32 27 38 | 06 84 83 17 19
www.athena.asso.fr/compagnies/euphoric
Mise en scène : Hervé Haggaï
Interprète : Bruno Bonjean
Scénographie : Sylvain Desplagnes
Musique : Pierre-Marie Trilloux, Dalton Crew
Costume : Denis Charlemagne
Théâtre des Lucioles • 10, rue du Rempart-Saint-Lazare • Avignon
Réservations : 04 90 14 05 51
Du 6 au 28 juillet 2007 à 16 h 35
Durée : 1 h 30
9 € et 13 €
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