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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’attente
Le Théâtre du Barouf propose une suite de neuf saynètes de Rémi De Vos sur l’exclusion et la société du travail : un spectacle qui colle au texte et qui finalement n’atteint pas ses ambitions.
Les modes passent, paraît-il, mais le montage de courtes saynètes caustiques – dans le meilleur des cas – à l’égard des hommes, de la société, de leurs petites et grandes lâchetés, des perversités du système semble, lui, devenir un genre à part entière. De Ribes à Chiacchiari en passant, bien sûr, par ce Débrayage de Rémi De Vos, elles ont envahi, ces dernières années, le paysage théâtral avec plus ou moins de bonheur. Du coup, on finit par s’attacher moins à ce qu’elles racontent qu’à la manière dont elles sont représentées.
Et là… c’est raté. On n’y croit pas. Malgré la jolie palette de comédiens confirmés qui tâchent tant bien que mal de faire vivre leurs personnages la sauce ne prend pas : ça manque de rythme, ça se traîne.
Pourtant, ça avait bien commencé : sept personnages arrivent dans une salle d’attente, tour à tour, et dans leurs déplacements incessants d’une chaise à l’autre le metteur en scène – Gilles Guillot – pose très justement la gêne que ressent l’homme moderne vis-à-vis de ses congénères, la compétition pour l’emploi : on sent bien qu’un subtil équilibre est en train de se jouer sous nos yeux, un jeu de distances et de territoires, où l’on maintient l’autre à sa juste place, pour mieux lui marcher dessus parfois.
Mais dès que la suite de saynètes s’embraye, le spectacle entre dans un train-train, où la mise en scène finit par se résumer elle-même à un système, que l’on comprend dès les premières minutes et qui n’apporte plus de surprises. Les changements sont longs, les jolis soliloques de Rémy Darcy trop prévisibles et les comédiens trop pris dans l’engrenage pour qu’on ne les sente eux-mêmes fatigués d’avance.
Alors, finalement, dans cette salle d’attente, c’est nous qui attendons, qui espérons que ça décolle. Las, le spectacle finira sans surprises. Pourtant le texte touche juste, les comédiens aussi, s’il n’y avait cette apparente lassitude, mais la trop grande simplicité de la scénographie et la mise en scène systématique plombent le tout.
Peut-être était-ce la volonté du metteur en scène que de nous faire ressentir cette attente, cette vulnérabilité, cette lassitude, mais ce serait aller au bout du genre.
C’est à se demander, au bout du compte, s’il n’est pas déjà passé à autre chose le théâtre, si nous ne sommes pas sortis de cette époque, nécessaire sans aucun doute, de regard critique sur notre quotidien, pour entrer dans une période où le théâtre aurait à reprendre son rôle d’inventeur de l’avenir, de générateur de turbulences et de changements, pour proposer aussi – un autre regard, par exemple – plutôt que de seulement dénoncer. Ce n’est pas le cas ici. Dommage. ¶
Benoît Lahoz
Les Trois Coups
Débrayage, de Rémi De Vos
Théâtre du Barouf • 23, rue René-Lefebvre • 77760 Villiers-sous-Grez
http://www.theatre-du-barouf.com
Mise en scène : Gilles Guillot
Comédiens : Élisabeth Catroux, Rémy Darcy, Hervé Falloux, Philippe Le Mercier, Isa Mercure, Jean-Pierre Moulin, Marie Réache
Scénographie : Jean-Michel Adam
Lumières : Grégory Clin
Son : Théotime Pardon
Régie : Gérard Monin
Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • Avignon
Réservations : 04 90 85 25 87
Du 6 au 28 juillet 2007 à 14 h 15
Durée : 1 h 15
16 € | 11 €
Reprise du 25 au 27 octobre 2007 au Théâtre de Fontainebleau (77)
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