Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /Juil /2007 20:28

« Vienne 1913 » : un « rhapsodie-opéra »

fragile et grinçant

 

Présenté au Théâtre des Halles dans la salle du Chapitre jusqu’au 28 juillet, « Vienne 1913 » dresse un tableau subtil et grinçant de l’effervescence viennoise à la veille de la Première Guerre mondiale, engage une réflexion sur les ferments de l’Histoire.

 

Vienne-1913-web.jpg À peine entré dans la salle, l’on est saisi par ce lustre rougeoyant, nœud de barbelés évoquant autant la structure d’un neurone, une formation cérébrale qu’un piège acéré, un méandre tortueux, une torture peut-être… L’atmosphère est sombre et raffinée. Des stalactites de verre suspendus par des chaînes parsèment le plateau. Même ambivalence entre la fragile pureté de la transparence – louée par les romantiques allemands sous la forme de « l’œil de verre » visionnaire (1) – et le risque de fracas, l’explosion attendue des bris de verre, débris de guerre.

 

Les comédiens en costume Belle Époque, queues de pie et robes noires, jouent avec brio leur partition dans cette symphonie viennoise d’avant guerre. Une estrade, au fond, supporte un immense glass harmonica joué magnifiquement par Jean-Claude Chapuis et deux mezzo-sopranos. Tout trois entonnent sonorités et chants inquiétants qui, entre kiosque à musique, tonalités romantiques, oniriques et célestes et musique sérielle, concourent à cette « inquiétante étrangeté » chère à Freud. L’harmonie de cette ligne mélodique ténue et tendue manque à chaque instant de se briser.

 

De fait, dans cette Vienne d’avant guerre, se côtoient les figures les plus éminentes d’alors : Marx, Freud, Jung, Klimt… mais aussi les plus contradictoires, les plus sombres. Parmi elles, le jeune Hitler, homme ordinaire et autodidacte curieux. Loin d’en faire une brute perverse, Alain Didier-Weill lui rend en effet, son humanité, tout en laissant paraître en filigrane la figure que l’on connaît.

 

Grâce à la force d’un style qui allie les échanges, les correspondances, les tableaux et les lieux, Alain-Didier Weill parvient à saisir l’« esprit » de Vienne et la fragilité d’une époque confuse, dans la lignée d’un Stefan Zweig et de son Monde d’hier.

 

L’interprétation d’une grande intensité sert brillamment le texte. La seule réserve concerne un Hitler un peu trop hargneux dans un jeu qui fait perdre la justesse d’un texte bien plus nuancé quant à la complexité des personnages ; un texte qui se montre aussi, a contrario, parfois un peu démonstratif et didactique (notamment concernant des moments de psychanalyse) et, de ce fait, en deçà d’une magistrale mise en scène.

 

Brillant spectacle, fin, subtil et parfaitement mené, plastiquement sophistiqué et remarquablement chorégraphié, porté par une musique envoûtante, Vienne 1913 affiche certes de grandes ambitions, mais les relève avec brio. 

 

Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


(1) « L’œil de verre » est un thème récurrent dans la mystique romantique. Goethe bien sûr, mais aussi et surtout des auteurs comme Novalis (voir les Disciples à Saïs) emploient l’expression pour signifier trois idées au moins : le globe cristallin fait de l’homme romantique un réceptacle qui recueille les impressions du monde ; lui seul le comprend, il est donc visionnaire ; mais il est aussi sensible et fragile.


Vienne 1913, d’Alain Didier-Weill

Influenscènes • le Prétexte • 62, rue Roublot • 94120 Fontenay-sous-Bois

01 48 77 94 33 | 06 14 79 31 38

info@influenscenes.com

www.influenscenes.com

Mise en scène : Jean-Luc Paliès

Assistant : Alain Guillo

Interprètes : Miguel-Ange Sarmiento, Philippe Beheydt, Bagheera Poulin, Jean-Luc Paliès, Alain Guillo, Jean-Pierre Hutinet, Katia Dimitrova, Claudine Fiévet, Pascal Parsat, Isabelle Starkier

Décors : Alain Clément

Création plastique : Odile O

Lumières : Jean-François Saliéri

Création musique : Jean-Claude Chapuis

Les chanteuses et musiciennes : Magali Paliès, Stéphanie Boré, Yana Boukoff, Séverine Maquaire

Théâtre des Halles, salle du Chapitre • rue du Roi-René • Avignon

Réservations : 04 32 76 24 51

theatredeshalles.rp@wanadoo.fr

www.theatredeshalles.com

Du 6 au 28 juillet 2007 à 11 heures

Durée : 1 h 40

20 € | 14 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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