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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 17:24

« Veux-tu qu’on s’assoye su’ un banc,

Ou veux-tu qu’on balade ensemble… »

 

Jehan Rictus a écrit « les Soliloques du pauvre » en 1897. Une partie de ce recueil de poèmes nous est conté ici par Serge Dekramer. Assis sur un banc ou faisant les cent pas avec sa queue-de-pie et son haut-de-forme.

 

rictus-web.jpgDes chorégraphies de Michèle Lazès, accompagnées par des airs d’accordéon, viennent ponctuer les textes. La mise en scène est simple. Ce qu’ils viennent nous dire aussi. C’est l’histoire des miséreux du début du xxe siècle. C’est l’histoire des pauvres face aux puissants. C’est encore et toujours l’histoire.

 

Malgré l’argot parisien, on ne peut qu’être sensible à la langue du poète, simple et imagée, servie par une touchante interprétation. Dans le Revenant, en imaginant le retour de Jésus-Christ sur terre, l’auteur voit comment celui-ci pourrait être accueilli.

Es-tu v’nu sercher du cravail ?

(Ben… t’ as pas d’ vein’, car en c’ moment,

Mon vieux, rien n’ va dans l’ bâtiment) ;

(Pis, tu sauras qu’ su’ nos chantiers

On veut pus voir les étrangers !)

Il nous parle aussi du commerce fait autour de la misère,

Plaind’ les pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes

C’est un vrai commerce, un méquier !

Et faut ben qu’ ceux d’ la politique

Y s’ gagn’nt eun’ popularité !

Or, pour ça, l’ moyen l’ pus pratique

C’est d’ chialer su’ la pauvreté.

Et pis contemplons les artisses,

Peint’s, poèt’s ou écrivains,

Car ceuss qui font des sujets trisses

Nag’nt dans la gloire et les bons vins !

 

Comme le fera Pierre Desproges, quatre-vingt-dix ans plus tard, dans le texte les Restaurants du foie : « Infoutus d’aboutir, les pontifes d’Esculape tendent la sébile aux carrefours : SOS métastases, médecins sans scanner, “Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant”, partout les alarmés du salut nous poissent de leurs déjections sucrées. »

 

C’est donc un texte très fort, qui décrit, malheureusement, aussi notre époque. On ne sort pas de cette pièce triste. On est content de pouvoir encore entendre ces paroles, et puis l’envie nous vient de dire, plus de vingt lustres après qu’elle fut écrite, la prière de Gabriel Randon (dit Jehan Rictus) :

(C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

Donnez-nous tous les jours l’ brich’ton régulier

(Autrement nous tâch’rons d’ le prendre) ;

Fait’s qu’un gas qui meurt de misère

Soye pus qu’un cas très singulier.

… 

 

Célio-Noël Ménard

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Soliloques du pauvre, de Jehan Rictus

Le Théâtr’on • Ass Yetsira • 21, allée de Fontainebleau • 75019 Paris

01 42 45 97 31 | 06 03 21 27 08

dekramer@club-internet.fr

Mise en scène : Michèle Lazès

Interprètes : Serge Dekramer, Michèle Lazès

Le Vieux Balancier • 2, rue d’Amphoux • Avignon

Réservations : 04 90 82 41 91

Du 6 au 28 juillet 2007 à 23 heures

Durée : 1 heure

15 € | 13 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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