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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 15:37

Un long voyage sans histoire

 

Périple au cœur des obsessions, des rêves et des fantômes d’un monument du cinéma et du théâtre. Accrochez-vous !

 

orson-or-not-orson-web.jpgUn vrai voyage commence dès le départ, et, en ce sens, la distance entre la billetterie et la salle de « l’E.S.A.T. Cécilia 84 » où se joue la pièce, accroît encore l’impatience du spectateur pour l’exploration promise. Chacun, muni du bagage plus ou moins lourd de sa culture cinématographique, embarque donc dans la navette de La Manufacture, yeux et oreilles grand ouverts.

 

Avant l’image et le son attendus, c’est une odeur qui accueille le spectateur à l’arrivée. Un effluve âcre et miellé qui, par la magie des associations, fait renaître dans les mémoires l’imposante silhouette d’Orson Welles, son éternel cigare à la bouche. Puis les lumières s’allument, et l’Orson de Filip Forgeau nous apparaît, allongé sur son lit, la respiration sifflante, enveloppé d’un peignoir moiré, les chaussettes trouées. Face à lui, une caméra ; derrière, un écran blanc ; le bureau d’une dactylo dans le fond, et tout autour un rail de travelling circulaire. Le décor est posé, le monde va tourner autour du génie solitaire, prêt à nous en offrir une dernière fois sa vision. Et, en cet instant, nous ne demandons pas mieux que de lui emboîter le pas.

 

Hélas, rien ne nous préparait à la difficulté du périple, et seuls les mieux armés sauront se repérer dans le flot de paroles qui va suivre. Pour ceux-ci, les allusions aux obsessions de l’artiste visionnaire, son amour des plafonds, des miroirs et de la contre-plongée suffiront peut-être à égayer le voyage. Pour les autres, les non-initiés, dont j’ai le malheur de faire partie, elles ne feront que souligner l’inanité de leur présence dans la salle. Certes, il serait injuste de rendre Filip Forgeau responsable de notre ignorance, et le texte comme la mise en scène ont sans conteste le mérite de refléter le sentiment d’un visionnaire incompris, qui, à Hollywood, se percevait comme un « géant dans un monde de nains. »

 

Néanmoins, on souhaiterait avoir accès à d’autres aspects du personnage. On aimerait le sentir vibrer d’émotions différentes face à ses visiteurs – son père, l’un de ses producteurs, Rita Hayworth, Ophelia, sa maquilleuse, etc. On aimerait déceler la nature de ses relations avec chacun d’eux à travers de subtils changements d’intonations, de regards ou d’attitudes. Surtout, on aimerait que ses cris et ses emportements soient moins en force, plus nuancés. Alors, il serait-il peut-être plus facile d’accepter de se perdre dans les méandres d’un voyage sans histoire, au cœur d’un monde dont les codes nous échappent. 

 

Patricia Lavigne

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Orson or not Orson, de Filip Forgeau

Compagnie du Désordre • 30, rue du Consulat • 87000 Limoges

05 55 32 58 90 | 06 17 19 51 41

desordre@wanadoo.fr

Mise en scène : Filip Forgeau

Interprètes : Julien Defaye, Soisic Gourvil, Hervé Herpe

Lumières : François Chaffin

Scénographie : Christophe Delaugeas

Son : Fabrice Chaumeil

Vidéo : Filip Forgeau

La Manufacture – Scènes contemporaines • 2, rue des Écoles • Avignon

Réservations : 04 90 85 12 71

Du 6 au 25 juillet 2007 à 16 h 45

Relâche le 16 juillet

Durée : 1 h 20

15 € | 11 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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