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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 13:17

Commencer par nous écouter

 

Le spectacle se déroule dans un décor constitué d’un simple lit d’hôpital sur sol blanc. En fond de scène, l’image grand format du visage de la personne couchée, prise depuis les cintres. Ce cadrage astucieux permet, en plus de la scène globale, de voir en arrière-plan la patiente, ce qui crée des images intéressantes. Côté cour, une banquette blanche. Voilà pour le cadre.

 

Car l’essentiel, me semble-t-il, est dans la pièce elle-même. Le texte de Pietro Pizzuti est précis et incisif. Il nous entraîne, l’air de rien, vers la complexité des relations mère-fille. Au départ de l’action, la fille entre en clinique pour une affection, qu’elle tente de minimiser face à sa mère qui la noie sous un bavardage convenu. La mère se laisse prendre par le stratagème, mais la fille semble morte d’inquiétude, comme quelqu’un qui craint le pire de sa maladie. La mère reproche vivement à sa fille sa séparation avec le père de ses petits-enfants. Elle raconte sa vie avec son mari, et son regret sur leur sexualité peu épanouissante. Tout s’installe et la tension n’est pas encore là.

 

La scène suivante place les deux personnages dans une situation inverse. La mère couchée, la fille à son chevet. Progressivement, des éléments sur la vie, sur la famille, nous sont dévoilés. On fait connaissance. Les changements à vue, à la fin des scènes, ne sont pas gênants, bien au contraire. Ils contribuent à notre réflexion sur la vie des personnages. La voix magnifique de Farida Boujraf, qui est constamment présente sur le plateau comme un témoin, semble là pour apporter, par instants, un apaisement à certains de leurs tourments.

 

le-silence-des-meres-web.jpg

 

Le centre du spectacle se situe, pour moi, dans ce passage magnifique où la fille s’adresse à sa mère sans savoir que celle-ci dort. Elle parle alors de guérison et ses propos tendent à l’universalité : « Commencer par soigner nos petites vies estropiées… Se soigner l’un l’autre, tout doucement, sans douleur. Commencer par nous écouter. » Ses mots parlent de sa famille. Ils peuvent être entendus comme un plaidoyer pour une vie commune à reconstruire entre chacun d’entre nous. C’est assez formidable.

 

Au milieu de cette construction habile et de cette émotion grandissante, j’avoue ne pas avoir été complètement convaincu par l’installation vidéo. Pour être sincère, la double image m’a même un peu gêné. Je passais trop de temps à chercher à l’écran des détails invisibles à l’œil nu. Il en est peut-être autrement des spectateurs situés assez loin du plateau. Par la suite, j’ai recentré mon attention sur la vision directe, et l’image vidéo m’est apparue plus acceptable, un peu comme un fond mouvant qui correspond assez bien à l’action.

 

Ce détail de scénographie est sans importance face à la qualité du texte et au travail des actrices. Nicole Valberg est impériale en mère bourgeoise, dont la profondeur cachée n’apparaît que plus tard. Valérie Bauchau est magnifique en fille tourmentée, ballottée par la vie et par le destin. Quant à l’apparition de Suzy Falk, elle est sensationnelle. Maniant avec aisance le parler de Bruxelles, elle incarne avec bonheur une femme du peuple truculente, qui nous permettra de dénouer le fil de l’intrigue et de comprendre la complexité de l’histoire familiale.

 

Un beau moment de théâtre, porté par cinq femmes. 

 

Gille Crépin

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Silence des mères, de Pietro Pizzuti

Compagnie Biloxi 48 • place des Martyrs, 22 • 1000 – Bruxelles

Biloxi_48@yahoo.fr

Mise en scène : Christine Delmotte

Interprètes : Nicole Valberg, Valérie Bauchau, Suzy Falk, Farida Boujraf, Ana Rodriguez

Assistanat général : Gabrielle Dailly

Costumes : Cathy Peraux

Images : Sara Tant

Lumières : Nathalie Borlée

Musique : Manuel Fernandez Vasquez

Régie : Julie Petit-Étienne

Scénographie : Nathalie Borlée, Christine Delmotte

Son : Laurent Beumier

Théâtre des Doms • 1 bis, rue des Escaliers-Sainte-Anne • Avignon

Du 6 au 27 juillet 2007 à 20 h 15

Relâche le 16 juillet

Durée : 1 h 30

14 € | 10 € | 6 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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