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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Sans fausse note
L’opéra, c’est un peu comme la messe : à moins d’avoir la foi, on a de grandes chances de s’y ennuyer. Mais, heureusement, les voies de la grâce, qu’elle soit divine ou musicale, sont multiples, et ce serait un péché de rester sourd quand ses messagers viennent chanter à nos oreilles.
Même les plus récalcitrants, ceux pour qui l’art lyrique se réduit à la voix suraiguë d’une Castafiore sortie
d’un album de bande dessinée, changeront d’avis face au talent des trois chanteurs de ce Récital parodique, dont les timbres profonds et sensuels caressent les tympans. Ils
succomberont sans même en avoir conscience, emportés par la drôlerie des textes, le burlesque des situations, et le combat incessant entre la diva, le ténor, le baryton et le pianiste pour se
voler la vedette.
Car c’est bien d’un combat qu’il est question. Une lutte acharnée pour conquérir le public, lui prouver qu’on est le musicien le plus génial, la diva la plus sublime, le chanteur à l’organe le plus puissant, le plus charmeur. Et cette bataille se livre avec les armes de la musique : une note qu’on dérobe à l’autre pour transformer un air d’opéra en chanson de variété, un accompagnement au piano qui vire au bœuf musical, un chef-d’œuvre de Bach ou de Mozart qui se métamorphose en samba… Rien n’est trop sacré ni tabou quand il s’agit de s’affirmer comme le meilleur.
Cependant, ne vous y trompez pas : ce n’est pas parce qu’on fait le clown qu’on n’a pas de talent. Au contraire. Seule une maîtrise musicale et vocale hors du commun, alliée à une interprétation théâtrale magistralement orchestrée, autorise autant de liberté, d’originalité, de délire et d’autodérision. Et c’est un autre plaisir du spectateur que de sentir constamment les interprètes au bord de la fausse note, de les voir prendre des risques, trébucher presque, avant de se redresser avec brio. Même l’humour semble parfois prêt à basculer, flirtant avec le grivois, pour mieux s’en échapper par une pirouette au dernier instant. Et de ce déséquilibre constant naît une succession d’instants magiques, de trouvailles hilarantes, qui prennent sans cesse le public à contre-pied.
Alors, ne boudez pas votre plaisir : courez voir et écouter les élucubrations géniales des quatre illuminés d’Acide lyrique. Amateurs d’opéra, vous vivrez un moment de pure jubilation. Réfractaires, vous sortirez peut-être – qui sait ? – avec une nouvelle foi. ¶
Patricia Lavigne
Les Trois Coups
Récital parodique, d’Acide lyrique
Acide lyrique • 18, rue de la Digue • appt 220 • 31300 Toulouse
05 61 42 66 85
Mise en scène : Stéphanie Barreau, avec l’aimable participation de Patrick Abéjean
Arrangements musicaux : Stéphane Delincak
Chanteurs : Stéphanie Barreau, Omar Benallal, Benoît Duc
Pianiste : Stéphane Delincak
Création lumière : Josselin Roche et Hugo Oudin
Costumes : Sabine Barreau et Fabien Jolle
Photo : © J.-Y. Bozon
Théâtre des Béliers • 53, rue du Portail-Magnanen • Avignon
Réservations : 04 90 82 21 07
Du 6 au 28 juillet 2007 à 12 h 30
Durée : 1 h 10
16 € et 11 €
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