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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 10:50

Rêve éveillé, théâtre de rêve

 

« La jeunesse n’est qu’insouciance ! » Qui a osé porter ce jugement ? Ni Georg Büchner ni Elsa Rozenknop ne se retrouvent dans cette affirmation lapidaire. Georg Büchner, philosophe allemand, professeur de médecine, révolutionnaire épris de liberté, a vécu sa courte vie (il est mort du typhus à l’âge de 23 ans) au xixe siècle. Elsa Rozenknop, annecienne, joue la comédie et met en scène en ce début du xxie. Deux cents ans séparent ces êtres unis par une même communauté d’âme. Deux personnes partagent la même humanité à travers le texte de « Léonce et Léna ».

 

L--once-et-L--na-web.jpgLéonce, prince héritier du royaume de Popo, souffre. Compter le nombre de grains dans une poignée de sable, se regarder le dessus de la tête, aimer Rosetta, sont bien des idéaux auxquels il se consacrerait afin de donner un sens à sa vie. Mais rien n’y fait. Il s’ennuie. Une issue se profile pourtant via une rencontre. Cette mélancolie atavique pourrait prendre fin s’il s’opposait à son roi de père et refusait le mariage et le trône qui lui est associé. L’union de Léonce à la princesse Léna, du royaume de Pipi, doit se faire avant même que les jeunes gens ne se soient rencontrés, tant le roi est pressé de se décharger de ses responsabilités.

 

Loin de là, la princesse Léna, résignée, voit en ce sacrement forcé la fin d’une enfance, où liberté et joie de vivre ne cessaient de s’entrelacer, portées par l’amour de sa gouvernante.

 

Des cubes noirs évidés sur scène, dés évidés dans la main d’un homme en noir, une ambiance médiévale inquiétante accueille le spectateur. Le bruit de ces dés lui rappelle que la vie n’est que temps qui passe. Une carte de tarot est jetée. L’existence d’un homme est en branle. Un personnage entre. Par ces cartes, Elsa Rozenknop nous permet d’entrer de plein pied dans le monde onirique de Georg Büchner. L’ingéniosité de la mise en scène nous invite à faire l’expérience de cet univers, où la philosophie fréquente la gaillardise, où la frivolité est teintée d’obsession mortifère, où le cuir rêche de godillots se frotte à la soie d’une robe, où la mélancolie est entrecoupée de rires.

 

Ce rêve éveillé que nous propose la compagnie de théâtre Les Yeux grands ouverts ne pourrait se prolonger sans l’énergie distillée par l’ensemble de ses comédiens. Sans la justesse des émotions de Léna (Julie Pierron), les ruptures de rythme de Valério (Tristan Le Goff), le pouvoir d’évocation de Léonce (Johann Abiola), la présence scénique empreinte de commedia dell’arte de la gouvernante (Émilie Chertier), ou la bonhomie assumée du roi (Bruno Galibert), le voyage s’arrêterait. Ainsi, le jeu des comédiens nous porte sans à-coup à destination : le pays des spectateurs ravis. 

 

Franck Lavigne

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Léonce et Léna, de Georg Büchner

Compagnie Les Yeux grand ouverts • 61, avenue des Romains • 74000 Annecy

06 87 41 11 08 | 06 73 74 43 03

lesyeuxgrandouvertselsa@gmail.com

Mise en scène : Elsa Rozenknop

Assistante mise en scène et chorégraphe : Malvina Morisseau

Comédiens : Johann Abiola, Adrien Biry, Émilie Chertier, Bruno Galibert, Tristan Le Goff, Julien Lemore, Thomas Mallen, Alexis Menard, Stéphane Otero, Julie Pierron, Nina Paloma Polly

Musique : Fred Parker

Dramaturgie : Thomas Mallen

Scénographie et graphisme : Alex Men

Costumes : Helen Allain, Noémie Gomarin, Catherine Rozenknop

Création maquillage : Bullaby

Création lumière : Stef O’Tyro

Communication : Louise Régent

Théâtre du Funambule • 16/18, rue Joseph-Vernet • Avignon

Réservations : 04 90 14 69 29

Du 6 au 28 juillet 2007 à minuit

Durée : 1 h 30

5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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