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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 23:37

Un texte d’une rare densité


Par Camille Vivante

Les Trois Coups.com


Bernard-Marie Koltès, né en 1948 meurt à 41 ans. Il ne s’intéresse qu’assez tard au théâtre. « La Nuit juste avant les forêts » est écrit en 1977. C’est une longue phrase sans point, même pas le point final. Ce texte peut être dit en moins de cinquante minutes.

La-nuit-de-koltes-web.jpgDans cette version, mise en scène par Bruno Dairou, elle dure une heure et dix minutes environ. Non pas que le texte soit dit plus lentement, c’est un cri de désespoir-espoir du début à la fin, mais il est marqué par des pauses : projections de films ou de diapositives, musique, noirs. Pendant ces pauses, l’acteur change de place sur le plateau, créant des lieux différents dans l’imaginaire du spectateur. D’abord très proche du public, en bordure de plateau, il s’adresse à celui qu’il vient de rencontrer, dans la rue, sous la pluie. Puis, juché sur un haut tabouret sous une lumière bleutée, on l’imagine dans un bar. Le même tabouret déplacé dans une lumière jaune, c’est encore un autre endroit, un carrefour peut-être, dans ce parcours nocturne. Pour finir, on le retrouve allongé, effondré après avoir été maltraité par des loubards dans le métro.

Bien entendu, le texte de Koltès ne donne aucune didascalie, n’ayant pas été écrit pour le théâtre. Ces respirations données par la mise en scène permettent de mieux suivre un texte d’une rare densité, d’une rare violence, d’une rare tendresse.

Le comédien, Arthur Marraud des Grottes, donne ce qu’il faut d’énergie et de sensibilité pour incarner ce personnage déchiré par un trop-plein d’amour, qu’il ne sait à qui donner, étranger en France, marginal et pauvre. Il donne une description sociologique féroce de la France d’alors, qui peut encore s’appliquer à la France d’aujourd’hui, avec son cortège de délocalisations, chasses à l’étranger, inégalités, petite délinquance, prostitution et proxénétisme… Le personnage rejette les solutions politiques proposées et milite ardemment en faveur d’un syndicat international… Mais sa véritable quête est la paix, l’amour, la liberté, la beauté, la pureté, la nature, le corps libre de marcher, de courir, de jouir, de vivre…

Bruno Dairou prend le parti que son personnage s’adresse à un enfant, et lui parle comme à un enfant. Il l’explique au public avant la représentation. Ce parti pris est peu visible, et ne s’appuie que sur une phrase du texte de Koltès. Pour étayer ce parti pris, il nous projette une image et des voix d’enfants au début du spectacle. Mais on ne peut pas croire un instant à cette hypothèse : quel enfant supporterait la proximité physique presque violente d’un homme dégoulinant de pluie, lui criant au visage qu’il veut une chambre pour y passer une partie de la nuit ? En outre, c’est un texte construit de manière énigmatique, il est important de ne pas savoir à qui il s’adresse.

À voir pour découvrir ou réentendre le texte de Koltès. 

Camille Vivante


La Nuit juste avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès

Compagnie Pourquoi ? • 3, rue de la Fontaine-Bénite • 95280 Jouy-le-Moutier

01 34 22 10 37 | 06 61 19 96 86

compagnie.pourquoi@caramail.com

www.compagniepourquoi.com

Mise en scène : Bruno Dairou

Interprète : Arthur Marraud des Grottes

Théâtre du Vieux-Balancier • 2, rue d’Amphoux • Avignon

04 90 82 41 91

Du 6 au 28 juillet 2007 à 18 h

Durée : 1 h 10

15 € | 10 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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