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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 17:49

Chorégraphie habitée, haletante, animale


Par Benoît Lahoz

Les Trois Coups.com


Un spectacle total qui bouleverse les sens et remue l’esprit. De l’art de mettre la technique et la précision au service de l’humain. Puissamment vivant !

Quand l’on cherche à se figurer l’Espagne, quels stéréotypes nous viennent immédiatement à l’esprit ? Le flamenco et la corrida bien sûr ! Et si l’un et l’autre appellent, de prime abord, des réactions épidermiques, passionnelles plus que sensées, c’est qu’il doit falloir plonger dans ce qu’il y a d’archaïque, de fondamental en nous pour en comprendre le véritable sens. Ce n’est toutefois pas l’Espagne qui est à l’origine de ce spectacle, qui nous fait plonger loin en nous-mêmes, mais le texte Rhône saga du poète suisse, et nîmois d’adoption, Pierre Imhasly.

De ce poème fleuve, André Pignat – le metteur en scène et compositeur de Teruel – et sa troupe valaisanne Interface ont choisi de garder la corrida, mais en évitant tout espagnolisme et en dépassant les clichés, préférant approfondir le rapport fusionnel entre l’homme et le taureau pour aboutir à une forme aussi généreuse que rigoureuse, aussi bouleversante qu’inhabituelle, qui mène le spectateur vers la catharsis.

Pour cela, Interface a, comme son nom l’indique, exploré la rencontre entre plusieurs médias pour construire son spectacle : théâtre, danse, musique, vidéo. Et, ici, chaque élément a sa juste place pour la réussite de l’ensemble : la chorégraphie, que signent les deux danseuses Géraldine Lonfat et Stéphanie Boll, est habitée, haletante, animale, d’une précision époustouflante, tandis que la symphonie électro-lyrique d’André Pignat se révèle à nous tantôt calme et limpide, tantôt puissante et quasi infernale.

« Teruel »

C’est dire si le texte rythmé de Pierre Imhasly est bien entouré. Scandé par Thomas Laubacher, parfois robuste et planté tel le taureau Islero face à Manolete, parfois gracieux et presque fragile, il n’est toutefois qu’un des principes qui participent de cette audacieuse alchimie, au même titre que la scénographie – simplissime et essentielle – et les lumières très étudiées, qui sont autant de moteurs de ce rituel esthétique et éclairé.

Et si les mots du poète paraissent une ode à la femme, le spectacle les fait résonner plus fort encore, pour en faire un chant humaniste. Ici l’on vit. Intensément. La femme et l’homme sont tout à la fois masculin et féminin, taureau et matador, pour ne paraître au final qu’un seul et même être réuni. Humain.

Ainsi l’on ne peut dire, au bout du compte, ce qu’est précisément Teruel. À la fois théâtre et danse, ni théâtre ni danse, affiné à l’extrême, Teruel relève du sacré, d’un sacré païen, tragique, qui respire en nous depuis la nuit des temps. Ici l’on risque sa vie, on s’aime et on meurt : Teruel est un spectacle total, c’est une affirmation, c’est une lame de Tolède qui nous donne l’estocade. Et cette lame-là est aiguisée par une compagnie hors du commun. 

Benoît Lahoz


Teruel

Compagnie Interface • route de Riddes 87 – CH-1950 Sion

+41 (0)27 203 55 50

admin@teruel.ch

http://www.teruel.ch

Mise en scène et musique originale : André Pignat

Chorégraphie et danse : Géraldine Lonfat, Stéphanie Boll

Comédien : Thomas Laubacher

Costumes : Gerda Pignat

Scénographie : Patrick Jacquérioz

Vidéo : David Gaudin

Presse et diffusion : Marion Noël

Le Gilgamesh Théâtre • 33, rue Carreterie • Avignon

Réservations : 04 90 25 63 48

Du 6 au 27 juillet 2007 à 22 h 30

(relâche le 16 juillet)

Durée : 1 heure

14 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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