Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 20:16

Un air de famille
à la Caserne des pompiers


Par Manuel Touraille

Les Trois Coups.com


Unité de temps, de lieu et d’action pour la région Champagne-Ardenne, qui présente depuis 1995 une sélection de spectacles (six, cette année, les créations théâtre, danse et musique de la saison) à la Caserne des pompiers. Les artistes et les techniciens sont choyés par leur Région qui assume toutes les dépenses de l’opération.

ma-famille-web.jpgComédie familiale

Paradoxe que cette pièce intitulée Mi familia – « Ma famille ». Une famille très particulière, où les enfants sont oubliés dans les arbres, où les vieux sont conduits au dépôt-vente. Un pays très spécial, où les enfants sont vendus et rachetés plusieurs fois, pour survivre. « Toucher à ce qui constitue la famille, c’est se plonger dans l’irrationnel, dans ce que la société considère comme presque sacré », écrit Carlos Liscano, né en Uruguay, où il est emprisonné treize ans (à l’âge de 23 ans) en tant qu’opposant politique. « Je voudrais dire maintenant, en peu de mots et avec beaucoup de modestie, que c’est en prison que je suis devenu un adulte. Et aussi un écrivain. Et je sens que quelque chose de ce voyage aux limites de la langue est ancré au plus profond et au plus intime de tout ce que j’ai écrit. » Le narrateur raconte son parcours, du petit garçon que ses parents ne mettaient pas sur le marché parce qu’il n’était pas beau, à l’homme qu’il est devenu et qui tout naturellement s’est mis à vendre son père. La fable corrosive, jamais anecdotique, bien rythmée, bouscule nos jugements de valeurs. « La famille est le lieu où se fait le commerce des sentiments. » Le raisonnement est poussé à l’extrême par un écrivain qui décrypte l’absurde de nos vies et relève la contradiction des faits vus à la loupe. L’ironie flirte avec la démence, l’humour avec la dénonciation. Il y a du bon sens, du respect filial dans cette vision des choses. La virtuosité de l’écriture nous fait passer du récit au théâtre, de la cruauté à la tendresse.

Le complot familial se trame à quatre (dans plusieurs rôles de Père, de Fils, de Mère, de Sœur…). Vincent Parrot atteint une ironie essentielle, qui donne le ton à ce quatuor cocasse (Catherine Krajewski, Catherine Lafont, Henri Payet). Les comédiens mêlent allègrement l’absurde au réalisme, la naïveté à la rage. Un jeu limpide, souple, mesuré, une émotion qui tombe juste, sans aucun artifice, comme le texte.

Intimes parcelles de vie

Changement de style avec John a disparu, d’Israël Horovitz. Dramaturge américain, acteur, metteur en scène et nouvelliste, Israël Horovitz est auteur d’une cinquantaine de pièces jouées sur toutes les scènes du monde. Valeur sûre du théâtre « off » de Broadway, son style varie entre le polar, l’absurde et le réalisme. « Après les attaques du 11-Septembre, explique Horovitz, j’ai été frappé par la facilité que nous avons, nous les vivants, à idéaliser les morts. »

John (Loïc Brabant, un jeu nuancé tout en délicatesse) est mort dans l’attentat du World Trade Center quelques jours après avoir annoncé à sa fille (Lucie Boscher, spontanéité aiguisée, lucide et tendre) et à sa femme (Gisèle Torterolo, radieuse et sombre à la fois) qu’il allait quitter le foyer familial. Aucune des deux ne sait qu’il a parlé à l’autre, elles ne vont pas arriver à s’avouer la vérité au sujet de John, dont le fantôme hante la maison. C’est la base d’un drame réaliste, que le metteur en scène Jean-Philippe Vidal opère à cœur ouvert. La qualité d’interprétation et la scénographie mise en œuvre (un simple canapé blanc, du ruban de chantier, un contre-jour évocateur) déréalisent l’aspect quasi cinématographique de la pièce en l’approchant du fantasme, en questionnant l’énigmatique circulation des sentiments mère-père-fille. La musique originale (intenses et douces vibrations électroniques) d’Aleksandra Plavsic balaye les cendres d’où renaissent d’intimes parcelles de vie. 

Manuel Touraille


Champagne-Ardenne au Off d’Avignon 2007

Caserne des pompiers • 116, rue de la Carreterie • Avignon

Réservations : 04 90 85 03 78

Ma famille, de Carlos Liscano

15 h 30

Par l’Alliage Théâtre • 245 bis, avenue de Laon • B.P. 14 • 51871 Reims cedex 3

03 26 09 57 77 | 06 08 34 15 67

cie.alliagetheatre@free.fr

Traduction : Françoise Thanas

Mise en scène : José Renault

Avec : Catherine Krajewski, Catherine Lafont, Vincent Parrot, Henri Payet

Lumières : Thierry Robert

Costumes, maquillages : Nathalie Charbaut

Régie plateau : Philippe Coutin

Du 6 au 26 juillet 2007 (relâche 13, 22 juillet)

Durée : 1 h 10

13 € | 9 €

John a disparu, d’Israël Horovitz

19 h 30

Compagnie Sentinelle 0205 • chez Mme Fabienne Nomine • 25, rue Camille-Lenoir • 51100 Reims

03 26 83 07 56 | 06 83 09 26 49

jph.vidal@wanadoo.fr

Traduction : Nathalie Gouillon

Mise en scène : Jean Philippe Vidal

Avec : Loïc Brabant, Lucie Boscher, Gisèle Torterolo

Du 6 au 26 juillet 2007 (relâche 13, 22 juillet)

Durée : 1 h 20

13 € | 9 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher