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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Théâtre des justes
Dans le bruit et la fureur de la guerre, Louis Jouvet fait travailler jusqu’à maturité les scènes de Phèdre et
d’Hippolyte à deux jeunes acteurs du Conservatoire. Exercice de style périlleux pour Sophie Neveu et Marc Vittecoq, anciens élèves du Cons’ : bien jouer les défauts du jeu,
peaufiner l’intention, rectifier la façon de dire le vers, trouver la bonne respiration sous l’œil sévère du maître, dont les paroles sont sténographiées par sa secrétaire et assistante
Charlotte Delbo.
En 1940, Jouvet part en tournée avec sa troupe en Amérique du Sud. Charlotte Delbo reviendra en 1942 pour s’engager dans la Résistance. Arrêtée avec son mari, Georges Dudach – fusillé au mont Valérien, le 23 mai 1942, elle sera déportée à Auschwitz.
Le metteur en scène et comédien Jacques Kraemer – qui interprète le rôle de Jouvet – s’appuie sur un corpus de textes qu’il rassemble, croise, adapte pour questionner la relation du théâtre à l’histoire.
Au début du spectacle un homme (Jean-Philippe Lucas Rubio), qui vient de la salle, explore à la lampe de poche la scène vide. Il s’agit du cinéaste Max Ophüls, réalisateur allemand naturalisé français en 1938, dont la carrière est interrompue par l’arrivée des Allemands. Il passe en Suisse, grâce à Jouvet, durant le tournage de l’École des femmes, qui restera à l’état d’ébauche.
Toutes les séquences se construisent autour d’évènements vécus sans omettre les plaisirs du quotidien. À la sortie d’un cinéma, après les cours, les deux jeunes acteurs du Conservatoire jouent en play-back, s’appropriant les voix d’un lieutenant et de sa fiancée, extraites du film Une histoire d’amour, version française de Liebelei (1933) de Max Ophüls. Une scène très touchante, qui restitue avec finesse la dramaturgie d’une époque. En contrechamp, Charlotte Delbo (Clémentine Bernard) fait le récit poignant d’un collectif de déportés, qui cherchent à retrouver la trame du Malade imaginaire en fouillant dans leur mémoire.
Cette mise en faisceau de trois existences réelles (Louis Jouvet, Max Ophüls et Charlotte Delbo) nous atteint par son intensité à partir d’actes simples : rapporter des paroles, transmettre un art (dramatique), témoigner d’une mémoire (tragique). Le sujet est traité sobrement avec un tel respect des êtres incarnés que l’imaginaire n’arrive pas toujours à trouver sa place dans ce théâtre des justes. ¶
Manuel Touraille
Les Trois Coups
Phèdre/Jouvert/Delbo.39/45, de Louis Jouvet, Charlotte Delbo et Jacques Kraemer
Cie Jacques-Kraemer • 6, place des Épars • 28000 Chartres
02 37 28 28 20 | 06 77 82 80 75
compagnie.jacques.kraemer@wanadoo.fr
Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • Avignon
Du 6 au 28 juillet 2007 à 14 h 15,
relâche le 23 juillet
Réservations : 04 90 85 00 80
Durée : 1 h 15
16 € | 11 € | 5 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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