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16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 16:28

Ça veut dire quoi au juste ?


Par Margot D.

Les Trois Coups.com


Dans la cour d’honneur du palais des Papes, la création de Valère Novarina pour le Festival d’Avignon 2007, « l’Acte inconnu », se présente comme un conte fantastique livré sans clés de lecture.

acte-inconnu-web.jpg« L’Acte inconnu » est un texte peu intelligible. À la lecture, il paraît sans queue ni tête, drôle et poétique. Il ne semble pas exister de lien direct entre les phrases. Il est question de la mort, du vide, du rien, du trou, de l’anus… Le spectacle a cependant beaucoup de charme, du point de vue de l’esthétique et des couleurs, mais aussi du point de vue de l’ingéniosité et du mystère de sa scénographie.

Deux pyramides se font face aux deux extrémités du plateau : à jardin, une pyramide au fond noir, couverte de figures vives et de traits de peinture ; à cour, une pyramide dorée. Entre elles, un tapis rouge s’étire et délimite différents espaces de jeu. Face au public, en fond de scène, une autre pyramide, plus petite, noire.

Ces trois volumes sont des bouches, qui s’engouffrent dans le sol et facilitent les entrées des acteurs. Les défauts de la cour d’honneur sont ici palliés par la scénographie, qui prévient toute dilution de la tension dramatique. Les bouches d’accès au plateau rendent les distances moins grandes et permettent des surgissements, que n’autorisent pas des entrées par le fond de scène.

Parallèlement, la cour d’honneur offre à l’Acte inconnu le gigantisme nécessaire à ce texte étrange, métaphorique et charnu, qui ne demande qu’à occuper l’espace du vaste plateau.

Le spectacle compte quatre moments, qui sont les mouvements d’une métamorphose : « L’Ordre rythmique », « Comédie circulaire », « Le Rocher d’ombre », et « Pastorale égarée ». Ô notre anus dont nous avons toujours oublié la multitude du nombre tant ton unicité était grande, protège-nous de l’oubli ! Ne nous tiens pas rigueur de notre faible mémoire… Immense est ta singularité, dont nous avons toujours voulu combler le gouffre. Protège-nous de toutes nos formes doubles, triples, quadruples ! Ô notre anus, tu as raison de fermer toujours l’œil sur nous-même ! (Partie intitulée “Solitude”, in « le Rocher d’ombre »).

Ça veut dire quoi au juste ? Est-ce une métaphore ? Il est question du théâtre à n’en pas douter. Y a-t-il un « anus théâtral » sur le plateau ? Le texte laisse parfois place à des passages au contenu plus clair. L’exemple de la partie intitulée “Le Peuple” dans « Comédie circulaire » est assez emblématique. Le candidat vermillon déclare : « Faut que ça bouge : osez-moi » ; le candidat fuchsia poursuit : « Le juste milieu. Le mélange des deux. Ouvrir les portes fermées. Lutter paisible. ».

Chercher à tout comprendre de l’Acte inconnu est une aberration. L’absence de fiction linéaire n’est cependant pas un obstacle à l’attention du spectateur qui se maintient, tant bien que mal, et contre toute attente, pendant les deux heures vingt du spectacle.

L’humour y est pour beaucoup. Il y a des moments de plaisir véritable. Le spectacle a quelque chose de l’esprit circassien. Les numéros d’acteurs se succèdent sans lien apparent entre eux, et le plateau est en constante mutation.

La vérité surgit, les acteurs maîtrisent leur partition à la note près. Ils sont là, comme chez eux. Ils s’adressent directement au public, individuellement, en duo, collectivement et les dialogues entre les protagonistes du jeu sont plutôt rares.

On sent bien que le texte a été ingéré, digéré, ré-avalé dans tous les sens. Il sort clair et droit, pris en charge par tout le corps. La musique du spectacle est belle, les chants, l’accordéon, surprennent. La fin paraît malgré tout un peu longue.

Écrire et porter à la scène une œuvre aussi peu intelligible pour un esprit non familier relève de l’audace et témoigne d’une grande ambition artistique. Fumisterie ou génie ?

L’Acte inconnu est un spectacle qui ne laisse pas indifférent et suscite le débat. Ce n’est pas rien. Il pose des questions sur le théâtre contemporain, sur son rôle, son avenir, la faculté des auteurs et des metteurs en scène à le réinventer.

La dernière adresse de la pièce est particulièrement belle : « Seigneur, pardonne aux acteurs qui n’ont pas agi. ». Cela vaut pour les auteurs et les metteurs en scène. 

Margot D.


L’Acte inconnu, de Valère Novarina

Texte, mise en scène et peintures : Valère Novarina

Avec : Michel Baudinat, Manuel Le Lièvre, Olivier Martin-Salvan, Jean-Yves Michaux, Dominique Parent, Dominique Pinon, Myrto Procopiou, Agnès Sourdillon, Véronique Vella (sociétaire de la Comédie-Française), Léopold von Verschuer, Valérie Vinci, Christian Paccoud, Richard Pierre

Scénographie : Philippe Marioge

Collaboration artistique : Céline Schaeffer

Lumière : Joël Hourbeigt

Costumes : Renato Bianchi

Musique : Christian Paccoud, Pinault et Vastano pour le Tango corse, Doret pour le Petit Chevrier

Maquillage : Suzanne Pisteur

Festival d’Avignon

Cour d’honneur du palais des Papes • Avignon

04 90 14 14 60

www.festival-avignon.com

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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