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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 19:34

Tout donne du sens

 

Molière revisité, revigoré, revivifié par un travail exemplaire alliant la musique, le chant et le texte presque intégral… Un vrai bonheur !

 

avare-musical-gaspards.jpgChacun connaît l’Avare de Molière, inutile d’en raconter la trame. Ce qui est original dans le travail des Gaspards, c’est d’avoir remplacé certains passages, qui peuvent sembler aujourd’hui lourds et longs, par des chansons, des chœurs parlés, ou même parfois des grommelos.

 

Dans la première scène entre Cléante (magnifique Gilles Favreau) et sa sœur Élise (Nadine Béchade), le metteur en scène utilise le leitmotiv « Alors dites-moi quel est son nom ? » dans la bouche d’Élise, que son frère, emporté par son discours, muselle aussitôt. Leitmotiv, lapsus révélateur d’Élise, « Alors dites-moi quel est mon nom ? », tout est cohérent pour camper le personnage de la fille sacrifiée, qui n’a pas son mot à dire et qui ignore même qui elle est…

 

Ici la liberté que le metteur en scène prend avec le texte ne fait que le servir davantage.

 

Le travail corporel des comédiens, fait de tensions extrêmes, de relâchements jusqu’à l’effondrement, les traversées sur le plateau incliné, dont l’équilibre est si justement travaillé, tout donne du sens.

 

Non seulement ils jouent, mais en plus ils chantent, accompagnés par trois musiciens : Geneviève Cabannes à la contrebasse, Fabien Roux à la clarinette et Christophe Dupuis à l’accordéon), trois compères intégrés au jeu, dont les instruments deviennent parfois des objets détournés, accessoires insolites (la clarinette se déguste tandis que maître Jacques décrit le festin qu’il se propose de préparer, l’accordéon devient machine à écrire dans la scène des commissaires).

 

Le raccourci bienvenu de la tractation financière, qui échoue entre emprunteur (Cléante) et usurier (Harpagon) qui ignoraient à qui ils avaient réellement affaire, donne du rythme et de la bonne humeur. Mais surtout la scène met en relief la question que pose Cléante à son père : « Qui est le plus criminel de celui qui achète un argent dont il a besoin, ou de celui qui vole un argent dont il n’a que faire ? » On n’est pas loin du problème éthique que pose le surendettement de nos jours…

 

La rivalité amoureuse, qui oppose père et fils, et l’intervention de maître Jacques (Philippe Reilhac), sur l’embonpoint duquel ils rebondissent sans pouvoir s’atteindre, est un moment hilarant.

 

Et que dire de la prestation magnifique du comédien Claude Gélébart, qui joue Harpagon, de la belle Marianne (Florence Kolski, qui interprète aussi la Flèche), de l’extraordinaire Frosine-Butterfly (Cécile Karaquillo, qui interprète également Anselme), qui s’introduit chez Harpagon avec son décor de lupanar asiatique ! Valère, personnage ambigu par le choix qu’il a fait de se ranger toujours du côté de son maître, est interprété par Jules Lagrafeuil, qui apporte ce qu’il faut de fragilité et de légèreté pour rendre son personnage attachant.

 

Enfin le final « Deus ex machina » est subtilement annoncé dans l’antichambre par une conversation téléphonique sur le portable de la Flèche (au diable les conventions !).

 

Anselme, le vieillard riche à qui Élise était promise, arrive avec ce qu’il faut d’emphase et de ridicule pour débrouiller toute l’histoire. Le décor n’y résiste pas et se déglingue. On peut y voir un clin d’œil du metteur en scène, qui n’a pas pu faire autrement, mais qui n’est pas complètement convaincu de la faiblesse (il faut bien l’avouer !) du dénouement. Comédie oblige, il fallait que cela se terminât bien !

 

Ce spectacle est une véritable réussite, le public enthousiaste ne s’y est pas trompé. 

 

Camille Vivante

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Avare, (d’après Molière)

Cie La Java des gaspards • 28, allée de la Briance • 87220 Boisseuil

05 55 32 07 61

lajavadesgaspards@chello.fr

www.lesgaspards.fr

Mise en scène et scénographie : Lionel Parlier

Composition et arrangements : Antoine Rosset

Création lumière et régie : Franck Roncière

Costumes : Josette Rocheron

Décor : Claude Durand et Alain Pinochet

Théâtre des Lucioles • 10, rue du Rempart-Saint-Lazare • Avignon

04 90 14 05 51

Du 6 au 28 juillet 2007à 10 h 15

Durée : 1 h 50

15 € et 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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