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3 juillet 2007 2 03 /07 /juillet /2007 01:10

Les veilleurs à Avignon

 

Du 6 juillet au 28 juillet 2007

parvis du palais des Papes

 

Introduction :

Cette action symbolique et non violente s’adresse à toutes les personnes qui sont sensibles à l’existence de la culture et de l’art. Vous pouvez si vous le désirez vous inscrire sur le planning pour donner 2 heures de votre temps ou de votre existence pour y participer activement.

 

« Les professionnels du spectacle et les spect’acteurs veillent à la survie de la culture »

 

Qu’est ce que la veille ? :

Durant 507 heures, les professionnels du spectacle ainsi que d’autres professionnels se relayent pour protéger une flamme. Et ce, 24 heures/24 heures à raison de tranches de deux heures et de deux personnes.

 

507 h c’est 21 jours + 3 heures, le Festival d’Avignon dure vingt-deux jours.

 

La performance est pacifiste, un veilleur distribue des tracts, prend le temps de discuter avec les passants pendant que le deuxième veilleur reste muet assis sur un haut tabouret, une servante à la main. Chacun fait cela à tour de rôle pendant une heure.

 

Toutes les heures sont annoncées au son d’une cloche et on affiche à la craie sur un tableau le nombre d’heures effectuées.

 

« … x… heures de veille » et sur ce tableau est écrit la phrase : « Les professionnels du spectacle et les spect’acteurs veillent à la survie de la culture .»

 

Les veilleurs de Bordeaux sont artistes, techniciens, étudiants, enseignants, artisans… syndiqués ou non.

 

Historique de la veille

Les professionnels du spectacle d’Aquitaine se sont réunis plusieurs fois en assemblée générale avant les élections présidentielles de 2007 pour mettre en place des actions en direction d’un large public pour :

– Alerter l’opinion publique de la disparition progressive et invisible des actions artistiques et culturelles, comme en milieu rural, dans les centres sociaux, les quartiers, les associations de proximité, etc. par manque de moyens tant financiers, qu’en termes de politique culturelle et de volonté.

– Informer des dangers qu’encourent nos métiers depuis plusieurs années, 2003 n’étant que la partie émergée de l’iceberg.

 

Notre souci était de proposer une action pacifiste, marquante, en un acte de performance artistique, s’inscrivant dans la durée, en dehors des sempiternelles manifestations devant les institutions comme la DRAC ou les Assedic.

 

L’idée qui s’imposa fut de prendre des symboles :

– Une bougie, petite lumière-flamme dans une servante, objet désuet à notre époque, mais symbolique du théâtre.

– Se situer dans un endroit visible, et à Bordeaux le plus pertinent est le Grand Théâtre, situé en plein cœur de ville, dont les marches extérieures sont du domaine public accessible à tous.

– Faire une chaîne, symbole de solidarité, de soutien, d’engagement mutuel.

– 507 h symbole des heures permettant d’accéder au régime spécifique d’assurance-chômage des annexes VIII et X de l’Assedic, communément appelé « intermittence du spectacle ».

 

De fil en aiguille la veille est apparue. Les personnes présentes à l’AG se sont inscrites pour un tour de veille. Une personne référente s’est chargée d’organiser le planning des veilles pour la première semaine 24 h/24 h, à raison de deux personnes par tranche de veille. Sur les trois semaines, trois personnes se sont occupées des plannings, chose ardue, les téléphones appelant tous azimuts pour coopter, remplacer afin de tenir ce pari un peu fou.

 

L’action a débuté le 31 mars 2007 jour de manifestation interprofessionnelle et intersyndicale à Bordeaux, dont voici l’appel : « Samedi 31 mars 2007 à 10 h, place de la République, rassemblement interprofessionnel et intersyndical CGT, Solidaires, FSU, FO, UNSA, CFTC, “contre la casse de l’emploi industriel, pour le plein emploi, les salaires, les services publics”. Les professionnels du spectacle se joignent à ce rassemblement pour la survie de la culture. »

 

À 12 h, le cortège passait devant le Grand Théâtre. Se sont alors installés deux veilleurs avec le tableau, le tabouret, la servante, les tracts (à remettre en main propre aux passants, car en dehors des manifestations il est désormais interdit sur Bordeaux de faire de la distribution de tracts, prospectus, etc.).

 

La veille commençait et toutes les deux heures pendant 507 h, les veilleurs se sont relayés. Tous les samedis, nous invitions les personnes rencontrées à venir pique-niquer avec nous sur les marches du Grand Théâtre. Nous avons même organisé un vote à la veille du scrutin du 1er tour sur la question suivante : « Qu’attendez-vous de la culture ? ».

 

La presse régionale a fait le relais, un article dans le Sud-Ouest dimanche du 1er avril, une info au journal de M6 Bordeaux (pas de date en tête), TV7…

 

Cette performance nous a permis de sensibiliser et de rencontrer un nombre important de personnes de tous âges. L’accueil était chaleureux, les discussions s’enchaînaient.

 

Je me permets ici de relater une anecdote. J’étais en veille, un jeudi de 18 à 20 h et me mettais à parler avec une personne qui était intriguée par le dispositif. Cette personne très vite m’affirma qu’elle nous soutenait, comprenait notre démarche, car elle-même travaille régulièrement avec les monuments historiques. Son métier, tourneur sur bois doré, un vieux métier de l’artisanat artistique, qui malheureusement est en voie de disparition. Les commandes sont de plus en plus rares pour la restauration, non pas que tout soit restauré, mais les budgets dans les « DRAC » diminuent, et la transmission du savoir-faire coûte cher. Des frissons me parcouraient en entendant ce monsieur d’une cinquantaine d’années voir son métier disparaître. Nous nous comprenions, car être artiste, technicien du spectacle vivant ou de l’audiovisuel, c’est aussi cela, transmettre « des savoir-faire à faire savoir ».

 

Il nous est apparu évident que la flamme ne devait pas s’éteindre, elle devait continuer son chemin symbolique, et quoi de plus symbolique que le Festival d’Avignon. Nous nous connaissons entre collègues de région à région, le bouche à oreille et les engagements de chacun ont fait le reste pour que la veille s’installe à Avignon pendant le Festival.

 

Pour d’autres infos complémentaires et quelques photos :

http://www.veilleurs.info

 

Un avocat devra être sollicité et son numéro de portable transmis à chaque veilleur ; chaque veilleur doit avoir 2 € en poche pour non-vagabondage sur la voie publique, une pièce d’identité.

 

À vous de jouer…

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Contact : Claude Attia

06 89 30 74 90

claude.attia@no-log.org

Sud culture Vaucluse

04 90 14 00 47

Permanence tous les vendredi de 9 h à 12 h

au 6, impasse Pétrarque • 84000 Avignon

sudculture84@no-log.org

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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