Certes…
Du 10 mai au 10 juin 2007, La Criée de Marseille présente la dernière création du « patron » de la maison, Jean-Louis Benoit, « Du malheur d’avoir de l’esprit », d’Alexandre Griboïedov. Mais que diable le metteur en scène allait-il faire dans cette galère ?
Tchatski (Philippe Torreton) revient à Moscou, après une absence de trois ans. Il est toujours
amoureux de son amie d’enfance, Sophie (Ninon Brétécher), la fille du haut fonctionnaire Famoussov (Roland Bertin). À sa grande surprise, il est accueilli plutôt froidement, tant par le père
que par la fille. Celle-ci l’aurait-elle déjà remplacé dans son cœur ? Et, dans ce cas, qui est son rival ? Skalozoub ? Moltchaline ?…
Je me demande bien pourquoi Jean-Louis Benoit est allé sortir de son linceul une pièce vieillotte qui, à mon humble avis, ne demandait qu’à y rester. Certes, Du malheur d’avoir de l’esprit (1824) a été un grand succès dans la Russie du xixe siècle. Certes, la pièce a eu la « chance » d’être interdite dès le mois de mai 1825. Certes, cette œuvre aborde des sujets intéressants, tels que la présence dérangeante d’un esprit libre dans une société – pour ne pas dire une caste – boursouflée de conventions et de préjugés rances. Certes, la scène du bal est enlevée et révèle les courtisans dans toute leur médiocrité, leur mesquinerie, leur stupidité, voire leur abrutissement.
Certes, le décor (assez écrasant tout de même), les costumes et les lumières sont jolis. Certes, aucun comédien n’est vraiment mauvais. Certes, la mise en scène de Jean-Louis Benoit est simple et fluide.
Mais le problème de fond, c’est que la pièce ne m’intéresse pas. Je me fous donc du reste. Je ne me sens pas concerné par les états d’âme de ces gens-là, qui appartiennent en outre à un milieu et à une culture qui me restent étrangers. Mais la traduction d’André Markowicz, qui a tendance à commettre des vers de mirliton, accroît mon ennui. Mais la mise en scène comme les comédiens ne prennent pas de risques et exécutent leur travail proprement, sans plus. Mais Philippe Torreton souligne très souvent son jeu par des gestes superfétatoires. Mais Roland Bertin, fatigué, assure le minimum syndical… Les seuls qui me paraissent sortir du lot sont Chloé Réjon (Liza) et Jean-Paul Farré (Répétilov).
Finalement, en lieu et place de ce Du malheur d’avoir de l’esprit, j’eusse préféré de loin un bon Misanthrope de derrière les fagots. ¶
Vincent Cambier
Les Trois Coups
Du malheur d’avoir de l’esprit, d’Alexandre Griboïedov
Traduction : André Markowicz
Mise en scène : Jean-Louis Benoit
Assisté de Raphaëlle Spencer
Avec : Philippe Torreton, Roland Bertin, Jean-Paul Farré, Ninon Brétécher, Chloé Réjon, Louis-Do de Lencquesaing, François Cottrelle, Jean-Marc Roulot, Émilie Lafarge, Martine Bertrand, Suzy Rambaud, Jean-Marie Frin, Louis Merino, Catherine Herold, Jézabel d’Alexis, Véronique Dossetto, Dominique Oacitti, Stéphane Bientz, Léon Kolasa, Marie Albe, Marius Cavallini, Jean Duvert, Louis Franco, Denise Giullo, Catherine Manent
Décors : Alain Chambon
Costumes : Marie Sartoux et Alain Chambon
Lumières : Joël Hourbeigt
Son : Jérémie Tison
Perruques et maquillages : Cécile Kretschmar
Durée : 2 h 25
Théâtre national La Criée • 30, quai de Rive-Neuve • 13007 Marseille
Réservations : 04 91 54 70 54
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