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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Une « Rita » à fuir
Un couple, une armoire. Thomas Walch présente au Funambule de Montmartre une pièce au sujet prometteur, mais qui s’enlise dans le convenu. Les amoureux d’un théâtre plus subtil passeront leur chemin.
L’idée était bonne : le montage d’une armoire Ikéa est le révélateur des tensions d’un couple. Comment un évènement aussi bénin peut-il aboutir à un drame ? Si, pour Jean et Rita, « vivre à deux, c’est avoir une grande armoire », le montage de la leur signera le démontage de leur couple. Entre eux deux intervient Suzie, la confidente de Rita, pour qui Jean éprouve une passionnelle antipathie.
La Compagnie En route Simone !, créée en juillet 2009, présente avec Rita, on l’aime ou on la quitte sa première création. Thomas Walch, qui a fondé la compagnie, en a écrit le texte et interprète sur scène le personnage de Jean. Ses dialogues tentent d’exprimer les différences entre les deux partenaires, tant dans leur représentation du couple que dans leurs attentes. Las, il aligne des poncifs, d’un point de vue désespérément masculin. Bien que Rita soit en tête d’affiche, bien que les deux femmes (la naïve et la désabusée) assurent une bonne part des dialogues, le personnage central, le moteur de l’action, demeure Jean, une caricature de macho bourrin et violent.
L’idée, astucieuse, de cristalliser autour du montage de l’armoire les difficultés qu’a un couple à se construire est bien mal exploitée. Elle donne lieu à une première partie à la narration trop linéaire, ponctuée de digressions fastidieuses : la nécessité pour ces femmes de se défendre à coups d’arts martiaux, les difficultés d’élocution de Suzie dépassées par la rencontre providentielle avec un orthophoniste, le caractère sexué du bricolage… Le propos est convenu, tout en se voulant moderne par son langage comme par ses marqueurs d’un quotidien populaire, de Kill Bill au site Meetic en passant par la bière Corona.
« Rita, on l’aime ou on la quitte » | © Jonathan Lefèvre
La direction des comédiens laisse aussi à désirer. Inès Guiollot (Suzie) débite de longues tirades de manière statique, les bras le long du corps. Caroline Anglade (Rita), au jeu plus énergique et investissant plus amplement la (petite) scène, trébuche à plusieurs reprises sur son texte. Enfin, Thomas Walch déploie un jeu excessif, sans nuances. L’ensemble n’est guère rehaussé par la bande-son psychédélique et les accords improbables d’Olivier Lasson, qui surgit sur scène de manière impromptue.
La seconde partie du spectacle, qui plonge dans les souvenirs de Jean, est plus créative tant par le décor que la scénographie. Le fond de plateau laisse place à un mur dont les fenêtres s’ouvrent sur les différents moments de l’histoire passée du couple. Mais rien ne laisse penser que le spectateur, lassé de la fastidieuse première partie, saura l’apprécier. Manifestement, le théâtre de Thomas Walch, mis en scène par Samuel Forst-Lefevre, n’a pas encore trouvé la notice qui le rendrait convaincant. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Rita, on l’aime ou on la quitte, de Thomas Walch
Compagnie En route Simone ! • 80, rue Julien-Lacroix • 75020 Paris
Mise en scène : Samuel Forst-Lefevre
Avec : Caroline Anglade (Rita), Inès Guiollot (Suzie), Thomas Walch (Jean)
Décors : Magali Lefoul
Musique : Olivier Lasson
Lumières : Thomas Jacquemart
Le Funambule • 53, rue des Saules • 75018 Paris
Réservations : 01 42 23 88 83 ou www.funambule-montmartre.com
Du 12 novembre 2009 au 31 janvier 2010, du jeudi au samedi à 20 heures, le dimanche à 18 heures, relâche du lundi au mercredi
Durée : 1 h 15
22 € | 14 € | 10 €
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