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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un rire coupable ?
« T’occupe, tais-toi, obéis, fais semblant, ne doute pas, frappe, ris ! » Voilà un bon condensé des nombreuses injonctions qu’égrène « Pour rire pour passer le temps ». La pièce cherche à provoquer l’inconfort chez un spectateur pourtant bien enfoncé dans son fauteuil.
Lorsque le public entre dans la salle, des projecteurs placés sous la scène sont dirigés vers les rangées de fauteuils. C’est éblouissant. Il n’y a pas de rideau et un décor minimaliste se détache vaguement. Ce décor est constitué en tout et pour tout d’une piscine peu profonde derrière laquelle s’élève un mur noir. Quand la lumière baisse pour marquer la succession des séquences, de jolis reflets ondulent sur la scène.
Pourtant la ressemblance avec de paisibles vacances au bord de la piscine s’arrête là. Un jeu absurde et délétère s’instaure dès les premiers instants. Sur l’ordre de deux personnages inquiétants, un homme doit en frapper un autre. Ce n’est pas grave. Ils font juste ça « pour rire, pour passer le temps ». Le jeu est truqué. Les règles changent sans cesse. Les réactions sont imprévisibles. Les deux personnages dominateurs tournent autour du bassin. L’un est vêtu d’un costume gris perle bien ajusté et l’autre porte un T-shirt à l’effigie du groupe Iron Maiden. Ils font l’effet de deux diables irascibles, un sur chaque épaule. Ils ne sont pas avares de mauvais conseils, de malice et de manipulation. Et il n’y a pas le moindre angelot à l’horizon pour contrecarrer l’arbitraire.
« Pour rire pour passer le temps » | © Caroline Ablain
Le malaise monte
La principale victime collatérale est le public lui-même. Il est autant observé qu’il observe. De coups mats en chatouilles, face à une violence répétée et insensée, le malaise monte. Il est impossible de se laisser aller au rire sans avoir l’air complaisant vis-à-vis de ce qui se passe sur scène. Le public est remis à sa place de voyeur inconséquent, d’observateur dénué de scrupules. Le passe-temps cesse d’être un loisir innocent et devient une remise en question de son statut de spectateur. Les personnages font-ils ça seulement pour nous distraire, nous faire passer un bon moment ? S’appliquent-ils à nous proposer une catharsis dans les règles de l’art ?
En conséquence, même si quelques situations, quelques répliques font mouche, le rire ne peut plus se permettre d’être naturel. L’inconfort des spectateurs est prolongé par les tirs qui vrillent les tympans et serrent le ventre. La simulation d’électrocution provoque une crispation similaire à celle qui étreint les spectateurs lorsque les personnages entrent dans l’eau (pourvu qu’elle soit chauffée !). Le texte de Sylvain Levey cherche à être irrévérencieux. Pourtant, il ne produit pas d’étincelles. La mise en scène de Guillaume Doucet est plutôt juste, mais elle ne marque pas. Après tout, les hiérarchies ne sont jamais renversées et les personnages ne font que tourner en rond ! Le point de départ de Pour rire pour passer le temps est intéressant. Pourtant, le concept ne suffit pas à convaincre. Au final, la sensation est étrange, presque désagréable. La volonté de mettre le public mal à l’aise est courageuse, mais on n’apprécie pas toujours d’être remis à sa place. ¶
Myriam Lemétayer
Les Trois Coups
Pour rire pour passer le temps, de Sylvain Levey
Mise en scène : Guillaume Doucet
Collaboratrice artistique : Faye Atanassova-Gatteau
Avec : Olivier Dupuy, Dimitri Koundourakis, Laurent Sauvage, Boris Sirdey
Lumières et régie technique : Arnaud Godest
Corégie technique : Gweltaz Chauviré
Chargée de production : Maude Gallon
Stagiaire technique : Maxime Poubanne
Regard : Liza Blanchard
Photographe : Caroline Ablain
La Paillette • 6, rue Louis-Guilloux • 35000 Rennes
Réservations : 02 99 59 88 86 ou 02 99 31 12 31
Du 10 au 14 novembre 2009 à 19 heures, 19 h 30 ou 21 heures
Durée : 1 heure
12 € | 9 € | 8 €
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