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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Chaleur et plaisir
Dans le cadre du festival Hommage à l’âge au Théâtre des Bouffes-du-Nord, Jean-Claude Carrière et Nahal Tajadod livrent une traduction de l’œuvre de l’un des plus grands poètes persans du xiiie siècle. Secondés par un flûtiste et un percussionniste, ils proposent dans les « Chants d’amour de Roumi » un dialogue à quatre voix d’une rare intensité.
Roumi est considéré comme l’un des plus grands poètes de l’islam. Soufi apparenté à l’ordre des derviches tourneurs, il a eu une influence considérable sur la spiritualité musulmane. Au départ professeur prisé de sciences religieuses, il est initié à la voie mystique lors de sa rencontre avec Chams de Tabriz, un derviche errant. Il devient alors épris au plus profond de lui-même d’un Dieu amour, qu’il ne cessera de célébrer à travers la danse et la poésie. C’est sa métamorphose qu’ont choisie de nous présenté Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière à partir d’une traduction commune de cent poèmes.
Les morceaux choisis retracent ainsi la transformation du poète dans cet amour universel qui n’a de terrestre que l’apparence. Lus tour à tour en persan (par Nahal Tajadod) et en français (par Jean-Claude Carrière), tantôt présentés dans leur intégralité, tantôt sous forme de passages choisis, les poèmes sont livrés en toute simplicité. Ces lectures sont sans aucun doute le fruit d’un travail sensible. Instantanément, les interprètes transportent leurs spectateurs dans une atmosphère douce et paisible. Les poèmes s’enchaînent doucement, avec chaleur et plaisir. Et les vers ainsi lus, doublés de leur interprétation musicale, guident peu à peu vers l’implicite, vers la poésie de Roumi.
Jean-Claude Carrière © X. D.R.
Car la musique, loin d’être un simple accompagnement, prend une place de choix dans ce spectacle. Tout aussi essentielle que les mots, elle relaie et pénètre les poèmes. Certains diront peut-être un peu trop. Qu’elle étouffe parfois la voix des lecteurs. Mais, selon moi, les improvisations de ces deux musiciens de talent permettent au contraire d’augmenter la force des lectures. Ainsi, en se répondant avec subtilité, alternativement ou de concert, les interprétations musicales habillent les poèmes d’une douce rêverie contemplative. Cela aurait pu être risqué, cela aurait pu être superflu. Au contraire, le dialogue à quatre voix qui se tisse entre les musiciens et les lecteurs donne à ses chants d’amour une dimension personnelle et envoûtante.
Il n’y a donc aucun ajout superflu dans ce spectacle. Avec modestie, chacun des interprètes semble extraire de lui-même toute la ferveur contenue dans les poèmes de Roumi. Ils nous les livrent parfois avec force, parfois avec émotion, mais toujours avec un plaisir non dissimulé. En conséquence, on savoure. On se laisse porter par ce cadeau. C’est bon, c’est beau cette rencontre qui nous est offerte avec générosité. ¶
Maud Dubief
Les Trois Coups
Chants d’amour de Roumi, de Roumi
Extraits du Livre de Chams de Tabriz, de Mahin Tajadod, Nahal Tajadod, et Jean-Claude Carrière, éditions Gallimard, collection « Connaissance de l’Orient »
Conception et interprétation : Jean-Claude Carrière et Nahal Tajadod
Flûte : Kudsi Erguner
Percussions : Pierre Rigopoulos
Théâtre des Bouffes-du-Nord • 37 bis, boulevard de la Chapelle • 75010 Paris
Réservations : 01 46 07 34 50
Le mardi 13 octobre 2009 à 20 h 30
Durée : 1 h 30 environ
26 € | 22 € | 18 € | 15 € | 12 € | 10 €
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