Vendredi 29 décembre 2006

 

« Die Zauberflöte » (Mozart)

 

À l’occasion du 250e anniversaire de la naissance du compositeur
Vendredi 29 décembre 2006 à 20 h 30
Dimanche 31 décembre 2006 à 20 h 30
Vendredi 5 janvier 2007 à 20 h 30
Dimanche 7 janvier 2007 à 14 h 30

 

Opéra en deux actes

Livret d’Emmanuel Schikaneder

Musique de Wolfgang-Amadeus Mozart

(Éditions musicales Peters)

 

 

Direction musicale : Tomas Netopil

Mise en scène : Robert Fortune

Assistant :Pierre Ziadé

Décors et costumes : Françoise Chevalier

Lumières : Jean-Michel Bauer

Chef de chœur : Stefano Visconti

Études musicales : Hélène Blanic

 

 

Pamina : Karen Vourc’h

Königin der Nacht : Aline Kutan

Papagena : Teuta Koço

Erste Dame : Ghylaine Girard

Zweite Dame : Julie Boulianne

Dritte Dame : Clémentine Margaine

 

 

Tamino : Gilles Ragon

Sarastro : Wojtek Smilek

Papageno : Thomas Dolié

Monostatos : Vincent de Rooster

Der Sprecher | Erster Priester : Nicolas Courjal

Zweiter Priester | Erster Geharnischter : Philippe Do

Zweiter Geharnischter : Frédéric Bourreau

Dritter Priester : Alain Charles

 

 

Orchestre lyrique de région Avignon-Provence

Chœurs de l’Opéra-Théâtre d’Avignon

Avec la participation du Conservatoire national de danse du Grand-Avignon

 

 

Production de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse

 

 

De 90 € à 10 € ¶

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse

B.P. 111 • 84007 Avignon cedex 01

Location : 04 90 82 81 40

www.avignon.fr/fr/culture/opera/saison.php

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Jeudi 28 décembre 2006

 

Pourquoi le choix de « Prologue » ?

 

Le travail autour de Prologue ne se résume pas à monter un spectacle, il s’agit d’une longue préparation, d’un long compagnonnage avec l’auteur. Voilà plus de cinq ans que l’envie de monter ce récit est enfouie dans la conscience de Muriel Pascal (metteuse en scène). Cinq années de maturité nécessaire. Cinq années de communion avec le texte de Bernard-Marie Koltès, et toujours ce désir latent qui raisonne dans la tête. Ce désir que l’on sent, que l’on ne peut pas ignorer, car sans cesse resurgissant. Un désir qui de lecture en lecture se décuple, grandit avec force et rage jusqu’à ce que l’esprit n’en puisse plus tant il est présent, tant il est submergé par cette envie, cette volonté et ce besoin de créer. Jusqu’à ce que cette envie finisse par déborder de soi, s’évacuer après avoir été lentement apprivoisée, nourrie et convoitée pour enfin oser timidement s’annoncer.

 

« Les motivations qui me poussèrent à écrire cette pièce étaient si nombreuses qu’elles finirent par constituer la principale difficulté à l’écrire. »

 

Cette citation de Koltès évoque au plus haut point l’émotion que l’on peut ressentir à la création d’un travail qui tient à cœur. Comme le dit Baudelaire, il y a des correspondances, des odeurs, des couleurs qui ramènent complètement à une sensation pouvant être brusquement concrétisée par une parole. Cette parole s’avère être celle de B.-M. Koltès. Une manière de dire qui expose une blessure intime. Une solitude profonde de l’être qui trouve son écho dans l’Autre, à qui il dévoile ses secrets. L’Autre les entend et lui en donne de nouveaux à entendre.

 

Pareil à l’assemblage d’un miroir brisé, les multiples fragments éclatés se réunissent sous les témoignages de deux personnages : un homme et une femme. Deux milieux opposés : un ethnologue, une prostituée. Deux histoires indépendantes dites par deux voix qui racontent, témoignent des divers aspects de la vie d’un personnage : Mann.

 

Bernard Marie Koltès est un personnage que l’on ne présente plus tant sa renommée fait l’unanimité. Ses pièces sont montées et remontées. Les différentes mises en scène proposent en permanence de nouvelles lectures de ses œuvres dévoilant ainsi la richesse de son écriture. Une parole insatiable, sans arrêt manipulée où les mots éclatent en des sens qui varient selon qui l’interprète, faisant naître de nouveaux horizons. Un terrain de jeu aux accès multiples, arpenté de toute part par les grands enfants de ce monde, qui est le théâtre. Des textes connus et reconnus tels que la Nuit juste avant les forêts, Quai ouest, Dans la solitude des champs de coton, Retour au désert, Combats de nègre et de chiens, Roberto Zucco… font ainsi l’objet de représentations sans qu’aucun ne s’en lasse jamais, et pour cause. Cependant, il en est un qui semble n’avoir jamais suscité l’attention sur son univers. Sans doute est-ce parce qu’il s’agit d’un roman.

 

 

Qu’est-ce que Prologue ?

 

Prologue n’est pas une pièce de théâtre. Son auteur ne l’a pas mentionné comme telle. Et pourtant ! Sa construction dans le récit, le soliloque, n’est pas sans rappeler le locuteur de la Nuit juste avant les forêts ou encore cette absence de véritable dialogue où l’autre ne répond pas comme dans Quai ouest, ainsi que Dans la solitude des champs de coton, qui est une succession d’échanges sans réponses comme un dialogue où la parole de chacun est une parole d’attente. Prologue a une structure qui ressemble le plus à ce dernier exemple.

 

Ce récit semble avoir été écrit pour être joué. Il est une mélopée universelle à deux voix, un dialogue qui se chevauche… Une variation sur un même thème : l’humanité.

 

Prologue : un faux roman ? Ce texte nous touche car il incite au respect envers l’Autre, à la tolérance, à l’écoute de la différence. Il en dégage une émotivité, un hymne à l’acceptation et à la protection de l’Autre.

 

Prologue est la première création de la Cie L’Estaminet, fondée en octobre 2005 à Montpellier. 

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Théâtre du Hangar, centre d’art et de recherche • rue Nozéran • 34000 Montpellier

04 67 41 32 71

Compagnie L’Estaminet • 12, rue Eugène-Lisbonne • 34000 Montpellier

06 63 57 37 57

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Jeudi 28 décembre 2006

 

« Prologue »

 

De Bernard-Marie Koltès

 

Avec : Babacar M’Baye Fall, Évelyne Torroglosa, Muriel Pascal et la voix de Denis Lavant

Adaptation et mise en scène : Muriel Pascal

Coproduction Cie L’Estaminet | Théâtre du Hangar

Scénographie : Olivier Laffont

Lumière : Mustapha Touil

Bande-son : Tony Bruneau

Genre : théâtre-récit

Costumes : Amandine Tilaï Pascal

 

« Mann sortit dans le monde comme la plupart, la tête la première, ouvrit les yeux plus vite que la plupart ;

et ce qu’il vit – ou plutôt qu’il entrevit dans l’obscurité de la salle noire du hammam –, il l’appela papa, comme chacun ;

plus exactement, il appela les mains qui le tiraient de là : papa, et la bouche qui commença sur-le-champ, avant même qu’il soit complètement sorti, à lui expliquer la vie, les hommes, l’histoire, Dieu et l’enfer, et le sens dans lequel il convient d’avancer : papa ;

ou du moins eût-il le désir de le faire, et son désir résonna dans la salle comme ces affreux premiers cris des bébés.

C’est pendant ces quatre minutes silencieuses, totalement, que dura la chute (par d’autres aspects si mystérieuse) de Mann dans le monde, dans un coin de la troisième salle du hammam de la rue de Tombouctou, à la tombée du jour, entre le temps réservé aux femmes (quatorze heures-dix huit heures) et le temps réservé aux clients de la nuit (vingt heures-cinq heures du matin) que Mann se greffa par les mains et la bouche et les cheveux d’Ali penché sur lui, à Ali, corps, âme, passé, rancunes, sang et couleur et les malédictions, comme un liseron à l’arbre, et ne s’en détacha plus. »

 

Dates des 11 représentations :

– 30 janvier 2007 à 20 h 45

– 31 janvier à 19 heures

– 1er février 2007 à 19 heures

– 2 février 2007 à 20 h 45

– 3 février 2007 à 20 h 45

– 4 février 2007 à 17 heures

– 6 février 2007 à 20 h 45

– 7 février 2007 à 19 heures

– 8 février 2007 à 19 heures

– 9 février 2007 à 20 h 45

– 10 février 2007 à 20 h 45

 

Durée : 1 h 45

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Théâtre du Hangar, centre d’art et de recherche

3, rue Nozéran • 34000 Montpellier

04 67 41 32 71

Compagnie L’Estaminet

12, rue Eugène-Lisbonne •  34000 Montpellier

06 63 57 37 57

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Mercredi 27 décembre 2006

 

Lettre aux amis, aux spectateurs,

aux professionnels, aux experts,

aux tutelles…

 

Montpellier, le 11 décembre 2006

 

Au mois de septembre, j’ai décidé de mettre un terme aux activités de la Cie Labyrinthes. En période de création alors, j’ai tenu cette décision secrète pendant quelques semaines, n’en informant que nos principaux partenaires : le Théâtre d’O à Montpellier et le conseiller pour le théâtre de la DRAC Languedoc-Roussillon. Puis la nouvelle a circulé, de manière informelle ; je ne pense pas qu’aujourd’hui beaucoup de monde l’ignore ; mais il me reste à l’expliquer ; je le dois à beaucoup d’entre vous.

 

Diriger une compagnie signifie la plupart du temps construire sa vie autour d’un outil par soi-même forgé, faire de sa vie et de cet outil en quelque sorte une seule et même chose. Ranger cet outil n’est donc pas une décision légère à prendre. J’aimerais que ni l’idée d’une saute d’humeur ni celle d’un passage dépressif ne constituent une explication suffisante pour personne.

 

Fermer Labyrinthes représente, objectivement, un échec. Mais échec de quoi ? de qui ? Il faut, si l’on pense que cela peut avoir un intérêt, pour soi, pour d’autres, creuser, fouiller dans la mémoire, comprendre ce qu’on a fait, bien ou mal. Ce que les autres ont fait, ou pas.

 

Je ne suis pas sûr de parvenir en quelques lignes à tout dire des raisons qui me poussent, encore moins à bien les dire. Depuis près de trois mois que ma décision est prise, il m’a fallu du temps pour la comprendre, la formuler, et d’abord à moi-même. Les raisons se sont succédé, parfois contradictoires ; j’ai tenté de ne pas accuser le monde entier de tous les maux ; j’ai surtout au bout du compte, par les raisons que je me donnais, voulu me donner le maximum de chance de me tourner vers ce qui adviendra demain, sachant pertinemment que l’abandon de la compagnie signifie d’abord et avant tout le risque de perdre très rapidement le seul métier que je sache faire.

 

J’aborderai en premier lieu les raisons ; puis les modalités de cette cessation d’activités.

 

Raison 1 – L’échec de l’idée de lieu

D’abord, en quelques lignes, je rappelle ce que voulait être le projet de Labyrinthes : l’invention d’un lieu où serait rendue possible la rencontre des écritures contemporaines et du plateau, lieu de résidences, de travail, et d’ouverture au public.

 

Ce projet, nous l’avons plus largement expliqué les années précédentes ; grâce à nos résidences successives au Théâtre des Treize-Vents-CDN de Montpellier et à l’Hôtel de Lunas-Centre des Monuments nationaux à Montpellier, nous avons pu en aborder de nombreux aspects : résidences d’auteurs, commandes et laboratoires d’écriture, chantiers, éditions, rencontres et débats littéraires… et créations.

 

Ce projet artistique, dans son contenu, a existé ; a trouvé un public ; petit à petit, nous l’avons bâti. Il lui manquait un outil approprié, le lieu pour l’accueillir et le développer.

 

Refondée en 1998, Labyrinthes a pendant plus de trois ans été en résidence au Théâtre des Treize-Vents. L’ampleur de cette résidence et les moyens financiers qui l’accompagnaient ont eu une double conséquence : d’une part, la structuration immédiate de la compagnie (postes permanents) pour faire face à l’abondance du projet artistique (deux créations par an, « animation littéraire » durant toute l’année, et création d’espaces de recherche autour des écritures théâtrales contemporaines) ; mais, d’autre part, la difficulté immédiate à poursuivre ce projet après l’arrêt de la résidence, en 2002.

 

La première usure vient de là : pendant plusieurs années encore, m’être acharné à croire en la concrétisation de ce projet ; avoir maintenu des activités en trop grand nombre, alors que personne ne l’exigeait de nous, pour ne pas penser que nous baissions les bras.

 

De plus le nouveau lieu d’accueil de Labyrinthes, l’Hôtel de Lunas, s’est très vite révélé être une impasse, à cause du changement brutal de politique culturelle des Monuments nationaux (retour au patrimoine, arrêt du soutien à la création). Nous avons dû quitter les lieux au début de l’année 2005.

 

Ainsi Labyrinthes a fait progressivement le deuil de ce projet de lieu d’écriture et de plateau. Ni les services de l’État, ni ceux des collectivités locales, quelles qu’elles soient, n’ayant les moyens, ou la volonté, de construire avec nous ce projet.

 

Labyrinthes en tant que compagnie n’a pas à se plaindre du soutien qu’elle reçoit : les subventions sont réelles ; les spectacles sont créés dans de bonnes conditions ; les coproductions ne font pas défaut ; le Théâtre d’O, au long des trois dernières saisons, était devenu un partenaire amical, généreux, et exigeant. Mais Labyrinthes c’était (ça a toujours été) plus que la création et la diffusion des spectacles de la compagnie. L’échec de ce projet plus large est sans doute la première raison de l’arrêt de Labyrinthes.

 

Raison 2 – Le repli régional

Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, je me suis installé dans la région. Fondant alors une autre compagnie, j’éprouvais la sensation que manquaient, outre des équipements professionnels en nombre suffisant, des espaces de croisement, de confrontation, d’échange, bref les conditions essentielles pour pouvoir travailler dans un esprit véritablement « critique ». Cette idée de lieu au travail, où se construit la pensée artistique, où se bâtissent les conditions de ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler « l’excellence » (et que personnellement je préfère appeler « l’exigence ») artistique, dans le côtoiement des pratiques et des regards, malheureusement n’intéresse pas grand monde, hier comme aujourd’hui.

 

Nous avions alors modestement, dans un village, tenté l’expérience d’un tel lieu ; puis j’ai essayé dans l’espace offert par le Théâtre des Treize-Vents d’en ouvrir d’autres ; mais il faut constater aujourd’hui que les problématiques de diffusion et de programmation l’emportent de loin sur ce type de questionnement. Et que le problème des compagnies est toujours le même, accentué maintenant par les ravages d’un protocole récent : parvenir à subsister, dans une solitude grandissante, face à des interlocuteurs dont le souci premier est de faire tourner leur boutique.

 

Le souci de la plupart des lieux (de diffusion, rarement de production) est de se maintenir (voire de s’agrandir) sur un territoire donné, et que l’élu soit content (ou se tienne tranquille) ; ainsi se font les programmations. Chacun pour soi, l’avenir du théâtre pour chaque théâtre, ne va pas au-delà des frontières de son canton (ou de son agglo…).

 

On compte ses abonnés, on en est fier, on les brandit. On a rempli à 75 %, à 95 %, à 105 %. On fait du surbooking, c’est dire ! On affiche les résidences, les compagnonnages, en fin de plaquette, pour montrer la capacité d’ouverture, de générosité ; on ne donne pas les chiffres qui vont avec. On est très content de l’intermittence, elle permet d’afficher des coproductions qui n’hésitent pas à dépasser, soyons grands seigneurs, les 3 000 €. Et on vient défiler, quand il ne pleut pas, par solidarité. On est producteur délégué dès qu’un spectacle marche, on oublie assez vite les autres.

 

D’autres lieux ferment : le Théâtre de Lattes, Le Chai du Terral, La Coopérative, Changement de propriétaire, Le Quaternaire, abandonnés les uns après les autres par des pouvoirs publics indifférents autant qu’impuissants. Qui s’engagent publiquement, et médiatiquement, la main sur le cœur, à sauver une situation qu’ils savent d’avance condamnée.

 

Les collectivités quant à elles aiment la culture : elles entretiennent le culte de l’évènement et du grandiose, le règne du divertissement-roi. La culture affiche haut et fort son logo, elle se porte à la boutonnière. Festivals et patrimoines sont les deux mamelles de nos élus. Ou bien on anime les quartiers, on fait de l’art pour tous. Parfois même, on fait venir les artistes dans les tramways. On se soucie, on se donne du mal, on démocratise à tour de bras.

 

Et cætera…

 

Les petits artistes que nous sommes sont donc tenus de faire dans le créneau qu’on leur assigne, et de rendre le lieu dans l’état où ils l’ont trouvé en entrant. Après avoir dit merci.

 

Je rêvais d’un théâtre dont la première tâche aurait été de susciter l’inquiétude non la satisfaction ; qui n’ait pas été coûte que coûte le lieu de l’intégration, de l’assimilation, de la consommation, mais celui aussi du refus, du questionnement ; et surtout pas le lieu unique de la représentation, pour l’artiste comme pour le public, mais celui d’une véritable critique commune.

 

Raison 3 – Être compagnie

On fonde une compagnie, à tort ou à raison, pour développer un langage, celui du plateau de théâtre. Celui-ci, en ce qui me concerne, se structure autour de la langue d’un écrivain. De la langue nous faisons forme ; forme des corps, forme de l’espace, forme du temps théâtral. Tout vient de là, c’est ma pratique, mon approche, ma sensibilité, comme on voudra. Je tente, bien ou mal, avec succès ou non, de mettre l’espace théâtral en résonance avec les mots employés, d’adapter la forme du spectacle, de l’objet théâtral, au souffle d’un auteur, partant du postulat que tout écrivain réinvente une forme, que l’idée même de représentation est à réinterroger à chaque texte.

 

Voilà pourquoi j’ai, il y a très longtemps maintenant, fondé la Cie Labyrinthes ; voilà ce qu’au fil des ans j’ai tenté de creuser, ce rapport du théâtre à la langue. Tenter d’explorer ça, de comprendre ça, l’outil Labyrinthes s’y est consacré, a été conçu pour.

 

Cette forme bizarre qu’est légalement une compagnie (« association à but non lucratif ») ne se justifie qu’en raison des enjeux artistiques qui la fondent.

 

Or les enjeux premiers d’une compagnie ne sont pas artistiques aujourd’hui. Les craintes et les contraintes sont trop nombreuses. Et le regard posé sur le travail par toutes les formes d’experts (tutelles, comités d’experts, programmateurs…) n’interroge que très exceptionnellement et très superficiellement le mouvement même de la création.

 

Il est donc assez normal que les compagnies en viennent elles-mêmes à perdre de vue ce pour quoi pourtant toutes ou presque ont été créées : l’interrogation artistique.

 

Car ce qu’on attend d’une compagnie, c’est qu’elle fasse les preuves de sa capacité d’adaptation aux cadres qu’on lui impose. Et tout d’abord qu’elle se transforme en structure de production (ou de recherche de production). Ce qui devait, me semble-t-il, revenir aux théâtres : produire des spectacles, prendre en charge l’ensemble du processus économique d’une création, est désormais le lot quasi exclusif des compagnies.

 

Les structures de création (compagnies) sont devenues structures de production et de diffusion d’abord et avant tout ; les structures normales de production (théâtres) sont vouées à l’accueil de produits qui circulent, magasins qui repensent chaque année l’organisation de leur vitrine, à la recherche d’une clientèle toujours plus large (mais rien à dire : c’est au nom de la démocratisation de la culture).

 

La question du langage progressivement s’éloigne, rognée par les devoirs et obligations multiples, et la peur permanente de ne pas durer. Une compagnie, c’est, à de rares exceptions près, une obligation de fournir de la visibilité ; une recherche permanente de moyens de production ; la dépendance totale, vu le peu de porosité interrégionale, vis à vis des rares coproducteurs possibles, qui jouent avec délices de ce surcroît de pouvoir ; et, peu à peu, l’édification dans sa propre tête des critères d’autrui ; la soumission à la pensée ambiante et l’acceptation d’une servitude volontaire.

 

Prétention ou pas, ce n’est pas à moi d’en juger, un metteur en scène est d’abord un artiste, pas un chef d’entreprise. Qu’il puisse cumuler les qualités est sans doute possible, ce n’est manifestement pas mon cas ; l’énergie que je dépense dans un domaine me manque quand j’aborde le suivant.

 

Encore une chose au sujet des compagnies : l’été 2003 nous a usés, tous. La fragilité des situations individuelles n’est plus à démontrer, cela tombe de partout. En ce qui concerne Labyrinthes, et malgré un budget en forte baisse à la sortie de résidence au Théâtre des Treize-Vents, nous avons continué d’augmenter régulièrement les salaires artistiques au fil des ans (de 1 675 €/mois en 2000 à 2 400 €/mois en 2006), ne voulant pas céder devant la généralisation de la précarité de nos métiers, et refusant le recours systématique et maximum aux ASSEDIC pour suppléer les insuffisances de production.

 

Nous avons bien évidemment maintenu les emplois administratifs permanents, sur la base de la convention collective. Nous n’avons jamais eu recours à l’intermittence, astuce habituelle, pour payer ces postes.

 

Tout cela supposait de faire des choix budgétaires. Nous les avons toujours faits. Pour autant, et malgré les directives données au niveau ministériel (ou ce qui m’en a été rapporté), je ne sache pas que nous en ayons été récompensés. Nous ne le faisions pas pour cela ; le droit du travail, la reconnaissance salariale ont toujours été des obligations que nous nous sommes données à nous-mêmes ; constatons seulement que de petits arrangements avec la légalité, comme cela se pratique partout, nous auraient permis d’améliorer nos budgets de production. Je regrette que parmi les critères nombreux pour l’affectation des subventions celui-ci n’ait jamais été pris en compte, par qui que ce soit.

 

Être compagnie, d’un écueil l’autre, le sens véritable s’en est perdu dans l’éparpillement de nos solitudes.

 

Raison 4 – Les limites artistiques

Petit à petit, au fil des ans et des spectacles, mon insatisfaction a grandi. J’en suis venu à penser que quelque chose du véritable temps du travail artistique m’échappait, non pas seulement le temps des répétitions, lié obligatoirement aux limites de la production, mais aussi et surtout celui de la gestation, du mûrissement, ce fameux temps invisible de « l’artiste » (n’ayons pas peur des mots, mais mettons quand même les guillemets, par modestie), toujours à l’œuvre, quoi qu’on fasse. Et que ni le savoir-faire ni l’art de retomber sur ses pattes ne suffisent à remplacer ce manque.

 

On fait, on produit ses petits spectacles là où l’on peut, bon an mal an, et le résultat n’est pas forcément infamant. Mais ça ne suffit pas. En réfléchissant, on se rend bien compte que le rêve de ne présenter un objet aux yeux de tous que lorsqu’on le sait achevé est une utopie, que la réalité du théâtre et d’une certaine manière sa qualité réside justement dans un certain inachèvement permanent ; mais il n’empêche que l’exigence de recherche des formes est tout le temps battue en brèche, dans l’urgence et l’approximation permanente qui sont les nôtres.

 

Il existe (on les cite suffisamment en exemple) certains lieux qui ont su s’octroyer cette exigence, ce luxe. Questions de moyens, sans doute. Mais à un moment je sais qu’attendre les moyens est une mauvaise réponse. D’une part, parce qu’on ne peut connaître la durée de l’attente ; d’autre part, parce que le luxe, cette exigence, personne d’autre que moi-même ne pourra me l’octroyer, éventuellement.

 

En me dégageant des responsabilités qui incombent aux compagnies, j’espère en endosser une autre, plus lourde d’une certaine manière, celle de retrouver en moi ce que je n’y sentais plus, le sentiment très artisanal, très subjectif, du travail bien fait.

 

C’est dire qu’en arrêtant Labyrinthes, je ne m’arrête pas. J’aimerais même réapprendre à marcher. La seule question qui se pose aujourd’hui est de savoir où.

 

Chronique à venir

Les activités d’une compagnie ne s’arrêtent pas du jour au lendemain. Des contrats nous lient avec des lieux, nous nous sommes engagés. Labyrinthes existera donc encore artistiquement pendant quelques mois, avec la création en janvier de le Mardi à Monoprix d’Emmanuel Darley, au Théâtre d’O ; et de janvier à juin, à l’occasion des tournées régionale, nationale et internationale des deux spectacles Ici et Une phrase pour ma mère.

 

Même si aujourd’hui l’équipe de Labyrinthes, amis comme salariés, assume collectivement la fin de cette histoire, il me faut reconnaître que j’ai pris ma décision sans consulter personne, que celles et ceux qui de manière permanente ou occasionnelle travaillaient au sein de Labyrinthes ont été mis devant le fait. La violence qui m’oppressait est retombée sur d’autres.

 

Il y a au sein de Labyrinthes des emplois permanents (CDI et CDD). Pour l’un, il y aura licenciement ; pour l’autre, non-renouvellement du contrat.

 

Après le mois de juin, les activités s’arrêteront définitivement, puisque les résidences ou compagnonnages de la compagnie prévus tant à l’espace Apollo de Mazamet qu’au Théâtre d’O ont été de fait annulés.

 

L’association Labyrinthes sera liquidée et dissoute.

 

Une phrase pour ma mère continuera de tourner à l’automne, mais le spectacle appartiendra désormais à une autre structure, hors région. Je voulais continuer à le jouer ; cette structure, avec qui nous collaborons depuis plusieurs années est prête à le défendre ; une certaine forme de solidarité, et d’amitié, s’exprime ainsi.

 

Le fonctionnement de la compagnie existera donc jusqu’au mois de juin ; les seules recettes de nos tournées ne pouvant évidemment pourvoir à ce fonctionnement, nous demandons à l’ensemble des tutelles qui nous soutiennent de nous accorder la moitié de la subvention prévue ou envisagée pour l’année 2007.

 

Nous renonçons bien évidemment à demander la poursuite et le renouvellement des conventionnements de l’État et du conseil général de l’Hérault.

 

Conclusion ?

Labyrinthes a vécu.

 

Résumer ce qu’aura été cette histoire est ici un peu hors de propos. Beaucoup d’entre vous la connaissent, et puis la page se tourne. Et l’histoire s’efface.

 

En prenant la décision d’arrêter, mon souhait n’est pas de provoquer une réaction ; ni d’attirer l’attention ; d’espérer qu’on me retienne par la manche. Je ne veux interpeller personne, ni obtenir quoi que ce soit. Encore moins donner (ou croire donner) une leçon.

 

Je veux juste arrêter, me retirer du jeu, essoufflé et ne comprenant plus, ou n’admettant plus, les règles.

 

Pour terminer cette lettre, qu’elle ne ressemble pas totalement à un faire-part, et pour faire passer le goût d’amertume qui forcément me reste, je veux juste redire l’espoir que j’ai de continuer, sans structure, et donc sans certitude, à construire des objets de théâtre, et que comédien, ou metteur en scène, nous serons amenés à nous revoir.

 

 

Jean-Marc Bourg ¶

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Labyrinthes • 5, rue de la Raffinerie • 34000 Montpellier

Tél. 04 67 60 88 93

Télécopie 04 67 54 25 31

labyrinthes@wanadoo.fr

Direction artistique : Jean-Marc Bourg

Comédienne : Fabienne Bargelli

Administration : Sabine Armand

Diffusion : Sergio Diaz

Auteurs associés : Michaël Glück, Emmanuel Darley

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Mardi 26 décembre 2006

 

Soirée cabaret contes et musique

 

Le dimanche 14 janvier 2007 à 19 heures précises, à Samba Résille 38, rue Roquelaine • 31300 Toulouse

 

Depuis un an les apéro-contes et musique organisés chez l’habitant dans divers quartiers de Toulouse attirent un public toujours plus nombreux et enthousiaste (même les flics ont fini par s’y intéresser sur le coup des 3 h 30 du matin, en novembre – on peut voir là, matraque au flanc mise à part, un signe positif de leur intérêt pour la culture populaire).

 

Donc l’idée est venue de prolonger ces soirées (qui se poursuivront en janvier – merci de proposer votre appart si vous avez envie d’en accueillir une) par un rendez-vous tous les deux mois dans les locaux associatifs de Samba Résille, qui, plus grands qu’un appart, permettront néanmoins de garder le côté convivial (tapis, canaps, bouffe à partager, etc.) et l’idée de rencontre humaine et artistique. Le Petit London serait peut-être un lieu possible en alternance.

 

Comme il faut bien un début à tout, merci de noter la date de cette « première » et de diffuser l’info autour de vous à vos réseaux amicaux et artistiques :

Soirée cabaret contes et musique (etc.), le dimanche 14 janvier 2007 à 19 heures précises, à Samba Résille 38, rue Roquelaine • 31300 Toulouse

 

Petite P.A.F. : 2 euros (ils seront répartis entre les artistes de la soirée parce que bon) + participation gourmande chaude ou froide

 

La soirée se déroulera en deux temps :

1. Plusieurs artistes (ou amateurs qui veulent se lancer) de diverses disciplines (conte, chanson, clown, théâtre, musique acoustique) présenteront un quart d’heure environ d’un travail en cours, ou de ce qu’ils ont envie de proposer.

2. La soirée se terminera par un « tout est possible »… bal, bœuf musical, impros, etc.

 

Les personnes qui souhaiteraient participer pour montrer quelque chose sont invitées à contacter dès que possible Philippe Sizaire au 06 76 31 65 44.

 

On essaiera de varier les disciplines et de se rencontrer le dimanche vers 16 heures (ou avant dans la semaine) pour mettre au point l’ordre de la soirée, etc., sans trop s’enfermer quand même, mais pour permettre un rythme d’écoute varié.

 

Voilà, bonnes fêtes à toutes et tous.

 

Philippe Sizaire

 

Recueilli par

Les Trois Coups


www.philippesizaire.com

06 76 31 65 44

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